La formation en face-à-face et à distance

Les jeux psychologiques lorsqu’ils sont initiés par une Victime…

Ange qui pleure

Nous le savons tous : le monde entier est un théâtre…

Dès la fin du XVIe siècle, nombre d’auteurs de France, d’Italie et d’Espagne ont nourri sans cesse la notion baroque de « Grand Théâtre du Monde ». Même le grand Shakespeare s’y est mis :

« Le monde entier est un théâtre, Et tous, hommes et femmes, n’en sont que les acteurs. Et notre vie durant nous jouons plusieurs rôles… »

« Comme il vous plaira (As You Like it) », pièce de théâtre écrite vers 1599.

Il ressort de ce principe, en gros, que nous autres, êtres humains, jouons tous un rôle, que ce soit consciemment ou bien malgré nous, sur la grande scène du monde, et nous sommes tous des pantins… dont les ficelles seraient tirées par je ne sais quel grand horloger. Il d’agit là d’une lecture du monde à travers le prisme du théâtre et de la mise en scène. Le comédien et le personnage incarné par celui-ci reflètent l’image du spectateur « leurré »… qui n’est lui-même qu’un acteur de l’univers.

Au début du XXe siècle, Eric Berne (fondateur de l’analyse transactionnelle) a intégré cette notion à sa théorie, et a ainsi mis en évidence les trois fameux personnages du Triangle, « persécuteur, victime, sauveur » dont il a déjà été question ici.

Sens de la vie

Mais en quoi consiste un jeu psychologique, exactement ?

Comme chacun le sait, qui dit théâtre dit… coup de théâtre. Ce qu’Eric Berne appelle un jeu psychologique consiste le plus souvent en un mini coup de théâtre, initié par l’un des personnages en présence (persécuteur, victime, sauveur). Voilà comment cela se passe 1: Au début, deux personnes discutent. Pour commencer un jeu, chacun des protagonistes prend inconsciemment l’un des trois rôles du Triangle (en général celui qui a sa préférence). Elles poursuivent leur discussion, l’une comme Persécuteur, l’autre comme Victime par exemple. À un moment donné arrive… le coup de théâtre ! L’un des deux joueurs va « prendre ses bénéfices » : il va changer de rôle et, par exemple, s’il était Persécuteur, devenir une Victime. L’autre accuse le coup, puis « entre dans le jeu » (littéralement !) en changeant également de position, de façon quasi automatique, un peu comme si chaque changement de situation était de nature à nous « aimanter » vers tel ou tel rôle du Triangle dramatique… Les bénéfices dont il est ici question peuvent être variés : revivre un type de relation expérimenté dans l’enfance, obtenir un type de signes de reconnaissance, valider ses croyances sur soi ou sur les autres…

Impasse des pensées

Où trouver des exemples de jeux ?

La littérature, le théâtre, le cinéma en fourmillent ! Que ce soit dans l’œuvre de Shakespeare ou la célèbre série télé « Caméra Café », les jeux psychologiques sont une source incessante d’inspiration. Si vous avez encore en mémoire l’article précédent, vous vous souvenez peut-être que l’acteur Gérard Jugnot nous en a donnés quelques-uns à voir, sans toutefois les nommer précisément (soyez rassurés, vous serez bientôt à même de le faire). Mais il se trouve que notre vie de tous les jours est également une source incessante d’inspiration, et de taille (ne parle-t-on pas, par exemple, de « scènes de ménage » ?). Il suffit donc de regarder autour de soi… de se regarder soi-même, et d’être attentif, pour pouvoir observer les jeux psychologiques en action. En voici un exemple :

Un jeu décortiqué : le sketch « la scène »2

Rôles tournants : Persécuteur (P), Victime (V), Sauveteur (S).

Le père (P) à sa fille (V) : « Tu rentres à 4 heures du matin, à ton âge, tu n’as pas honte ? »

La fille (P) au père (V) « Eh bien justement, je n’ai pas ton âge, j’appartiens à la jeunesse ! »

Le père (P), en la giflant : « Je n’admets pas que l’on me parle sur ce ton ! File dans ta chambre immédiatement ! ».

La fille (V) : « Puisque c’est ainsi, demain je fais ma valise et je m’en vais ! ».

La fille part s’enfermer dans sa chambre, et la mère intervient pour la consoler (S) : « Ne t’inquiète pas, Carole, je vais parler à ton père. Il est parfois brutal et ne comprend pas toujours bien les jeunes, mais il t’aime, tu sais ? ».

Un peu plus tard, la mère (P) au père  : « Tu ne crois pas que tu exagères un peu ? Elle a 17 ans, ce n’est plus une enfant ! »

Le père (V) : « Parfait ! Vous vous liguez toutes les deux contre moi maintenant ! ».

Le lendemain, la fille (S) au père : « Je te propose un armistice papa, je t’aime bien, mais j’aimerais te parler à propos d’hier… »

Le père (V) : « J’ai exagéré, je ne voulais pas m’emporter. Excuse-moi, mais je suis énervé en ce moment. ».

D’après Eric Berne, ces trois personnages revêtent ici tour à tour les « masques » des personnages du Triangle Dramatique dans le but d’échapper à une communication véritable, qui les contraindrait à parler des véritables problèmes qui se présentent à eux (en l’occurrence, la fille qui grandit, qui n’est plus une enfant…), et qui est trop émotionnellement coûteuse pour chacun d’entre eux…

Le sketch précédent ayant été initié par un personnage en posture de persécuteur, il sera répertorié dans le « Répertoire des jeux de persécuteur », que nous publierons bientôt. Mais il a été suffisamment question de persécuteurs dans les articles récemment parus. Cette fois-ci, je vous propose de vous intéresser plutôt au…

Répertoire des jeux psychologiques initiés par une Victime (selon Eric Berne)

Pour chacun des jeux psychologiques qui vont suivre, vous trouverez des indications sur le (ou les) nom(s) sous le(s)quel(s) le jeu est connu, le plus souvent sa traduction en anglais (pour le retrouver dans l’œuvre d’Eric Berne, au besoin), une description sommaire, ainsi que le bénéfice (…même s’il peut être en apparence négatif) tiré par le joueur. Enfin, nous donnons quelques pistes pour éviter d’entrer dans ce jeu… à condition de le voir arriver !

 ✖ C’est impossible (« Jambe de bois »)

En anglais :  » Wooden leg »

Description : Justifier son incapacité, masquer ses difficultés en rejetant la responsabilité sur les autres ou sur les conditions de travail.

Bénéfice : Être lavé de toute responsabilité dans l’échec.

Comment l’éviter : Examiner sereinement les solutions possibles, et les capacités de l’autre à les mettre en œuvre: « Que comptes-tu faire? »

✖ Ce n’est pas moi, c’est lui! (« Regarde ce que tu m’as fait faire »)

En anglais : « See what you made me do.

Description : Rejeter sur l’autre la responsabilité de ses actes.

Bénéfice : Être innovant. Masquer sa peur.

Comment l’éviter : On est toujours un peu concerné ! … Parler clairement de ce qui dépend de soi, de l’autre…

✖ Ici, c’est marche ou crève…

Description : Se plaindre d’être obligé de se surmener parce qu’il est impossible de faire autrement.

Bénéfice : Fuir ses responsabilités: « C’est pas ma faute! » Justifier sa passivité.

Comment l’éviter : Ne pas en rajouter. En faire plus pour le plaisir, ou réduire son activité de façon réaliste.

✖ Et pourtant, j’ai tout fait (« Regarde comme j’ai essayé »)

En anglais : « Look how hard I’ve tried »

Description : Présenter ses échecs comme inévitables et pardonnables en faisant valoir que l’on a tout envisagé et essayé.

Bénéfice : Justifier sa passivité sans subir de blâme. Refuser toute aide, au motif que tout a déjà été fait et essayé.

Comment l’éviter : Il y a toujours quelque chose à tenter. Stimuler la partie « Adulte aux commandes » de la personne. Envisager toutes les possibilités, y compris celles qui ne l’ont pas été. Il y en a forcément…

✖ Fais à ma place, aide-moi! (« Fais quelque-chose »)

En anglais : « Do me something »

Description : Appeler l’autre à l’aide et chercher à lui faire faire notre travail ou résoudre les problèmes à notre place.

Bénéfice : Être satisfait de ne rien faire et d’être pris en charge.

Comment l’éviter : Se montrer autonome. Ne pas trop attendre des autres. Ne pas se laisser piéger.

✖ Engueulez-moi, merci (« Donnez-moi des coups »)

En anglais : « Rick me »

Description : Provoquer les autres en étant maladroit, agressif, désagréable, pour être rejeté. Courir des risques en contournant les lois établies, pour se faire prendre.

Bénéfice : Ressentir une excitation, puis de la tristesse. Se prouver que l’on est rejeté de tous et que c’est bien mérité. Après tout, un signe de reconnaissance négatif vaut toujours mieux que pas de signe du tout…

Comment l’éviter : Être moins dépendant des autres. Encourager les réussites.

✖ Sans les autres : (« Si seulement j’étais seul, sans le système!… »)

Description : Se plaindre de ne pas pouvoir réussir, en accusant les autres, sur le mode « Il y a toujours quelqu’un qui m’empêche … »

Bénéfice : Éviter les reproches éventuels, les situations qui font peur. Rester pur et innocent…

Comment l’éviter : Faire confiance aux autres. Savoir gérer ce qui dépend de soi.

✖ Gémissements (« C’est affreux! »)

En anglais : Ain’t it awful ! »

Description : Se plaindre de tout, de tous et de rien.

Bénéfice : Chercher le réconfort, attirer la sympathie et ne rien faire.

Comment l’éviter : Changer de sujet.

✖ C’est trop fort pour moi (« Je suis si stupide… »)

En anglais : « Stupid »

Description : Se prétendre incapable de faire ou de comprendre ce que l’on veut vous donner à faire.

Bénéfice : S’endormir dans la passivité, ne rien faire. Être pur et innocent, échapper à ses propres responsabilités: « Ce n’est pas ma faute, je suis incapable. »

Comment l’éviter : Faire son bilan personnel. Préciser ses capacités. Expérimenter pour éprouver et valider nos capacités sur le terrain.

✖ Débordé/Éreinté

En anglais : « Harried »

Description : Se plaindre d’être crevé, fatigué, débordé.

Bénéfice : Chercher la sympathie et le réconfort.

Comment l’éviter : Faire honnêtement le tri entre l’urgent, l’important, et ce qui peut attendre.

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Voilà. J’espère que cela aura été instructif et édifiant… La semaine prochaine, nous parlerons un peu des jeux de sauveur

Bien à vous,

Bernard

filet

1. Pour plus de précisions, voir http://analysetransactionnelle.fr/les-concepts-de-base/les-jeux-psychologiques/.
2. (Extrait de l’excellent « Que Sais-Je » sur l’Analyse Transactionnelle, de Gérard CHANDEZON et Antoine LANCESTRE ; PUF – 1982).

6 commentaires
  1. Super intéressant Bernard cet article ! je dirais presque qu’il est d’utilité publique au vu de la souffrance qui sévit dans le monde du travail et ailleurs …
    Reprendre sa vie en main, c’est faire le choix de ne plus être une victime .
    Cela fait partie du chemin de la révolution intérieure ……
    Bises et lumineuses pensées vers toi !!!!

    • Mille mercis, très chère Sandra. Tu as vu ? Depuis, j’ai reparlé des jeux lorsqu’ils sont initiés par un sauveur, et enfin par le persécuteur, roi de la manipulation… :-)

      Bises également, merci pour les lumineuses pensées, vous en êtes une autre :-)

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