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Apprendre Mieux

Apprendre Mieux  (57 articles)

Apprendre Mieux est une traduction française de l’expression anglophone ‘accelerative learning’. Il s’agit d’un ensemble de techniques, modèles et méthodes permettant à chacun d’apprend mieux, plus efficacement, plus rapidement et plus durablement… sans s’apercevoir qu’on apprend !



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Vous avez une mémoire extraordinaire !

Cet article (sur la mémoire) est le troisième paru dans le dossier « Apprendre mieux ? » publié sur ce blog. Pour un accès aux articles précédents, voir les liens ci-dessous :

Apprendre mieux ? (découverte de la grande galaxie du Mieux-Apprendre)
Apprendre mieux ? Épisode 2 : Les grands principes


Une mémoire extraordinaire qui se joue des obstacles...

 

"Notre peur la plus profonde n'est pas que nous ne soyons pas à la hauteur.
Notre peur la plus profonde est que nous sommes puissants au-delà de toute limite.
Nous nous posons la question "Qui suis-je moi, pour être brillant, radieux, talentueux et merveilleux ?". En fait, qui êtes-vous pour ne pas l'être ?"

Marianne Williamson, écrivaine américaine
(paroles reprises par Nelson Mandela lors de son célèbre discours d'investiture. Texte complet ici)

Bonjour,

Les capacités d’apprentissage

Dans un article précédent, je vous faisais part des principes et préceptes du mieux-apprendre. En tout premier lieu, celui-ci : « Les capacités d'un être humain sont bien supérieures à ce que l'on considère habituellement comme normales. Ceci est particulièrement vérifiable pour ce qui concerne nos capacités à apprendre ».

Cependant, loin de moi l’idée de trancher ici le débat sur la question des capacités. Sont-elles égales pour tous ou différentes d’un individu à l’autre? En fait, cette question fait depuis longtemps l’objet de « querelles d’experts » qui ne feront pas nécessairement progresser nos pratiques d’un pouce.

En revanche, il y a un point sur lequel j’aimerais aujourd’hui retenir votre attention: Il s’agit du passage qui stipule « […] bien supérieures à ce que l'on considère habituellement comme normales ».

Les croyances limitantes : rappel

Lire plus

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Accelerative learning épisode 2 : Les grands principes

balayeur de blablas

  • Le mental vit dans un cercle vicieux. Il créé lui-même les problèmes et essaie ensuite de les résoudre

(Swami Prajnanpad)

Bonjour,

Dans un article précédent, je vous ai présenté le phénomène de l'accelerative learning. Je vais tenter aujourd'hui de vous donner une description plus détaillée de ce dont il s'agit.

Rappelons simplement que le but visé part de l'idée toute simple qu’on n’apprend jamais aussi bien que lorsqu’on ne s’aperçoit pas qu’on apprend.

Qu'il me soit permis de citer d'emblée le rôle essentiel joué par Bruno Hourst, sans qui je n'aurais jamais pu prendre connaissance de toutes ces choses-là (...et encore moins les appliquer !).

Bruno Hourst : une histoire étonnante

J’ai découvert (un peu par hasard, en 1998) que cet auteur avait une biographie étonnante : il s’engage tout d’abord dans la marine, et enseigne la navigation astronomique à l'École Navale, où il se passionne pour la pédagogie. Il est ensuite détaché auprès de l’Éducation Nationale en tant que professeur de mathématiques dans un lycée. Reprenant du service, il voyage sur de nombreux navires, puis devient pilote d’avion et d’hélicoptère tout en enseignant l'astronomie (une de ses nombreuses passions).

Après bien des péripéties (chacun sait que le meilleur des romans n’est qu’une pâle imitation de la vraie vie, pour peu qu’on sache la débusquer), il se met en tête de faire un tour du monde des pratiques pédagogiques innovantes (…rien de moins !). Il se lance donc dans des recherches sur des modes d'apprentissages originaux, à l'efficacité parfois inimaginable (réclamez-moi des exemples !), qui l'emmènent successivement en Australie, aux États-Unis, au Québec, au Tchad et dans plusieurs autres pays.

En collectant toutes ces informations, il a ainsi fait œuvre de « passeur » en permettant par exemple à un concept connu outre-Atlantique sous le nom d’Accelerative learning de traverser l’océan, puis d'être largement diffusé en Europe. Après y avoir apporté des aménagements et enrichissements de son cru, il lui donnera le nom de « mieux-apprendre » (ainsi l’idée de qualité prend le pas sur celle de rapidité, manière peut-être plus « européenne » de mettre en avant ce qui est efficace ? Toujours est-il que le point commun est qu'on fait plus, mieux, et en moins de temps. À chacun de déterminer l'expression qu'il préférera 🙂

Il publie pour la première fois les résultats de ses recherches dans un ouvrage désormais célèbre, intitulé Au bon plaisir d'apprendre en 1998, ouvrage qui donne un aperçu de nombreuses techniques et de leurs incontestables bénéfices. Aujourd'hui cet ouvrage reste un incontournable de la question. Après plus de 10 000 exemplaires vendus au total, "Au bon plaisir d'apprendre" (4ème édition) a en effet vu le jour en 2015.

Euh... j'ai droit à une touche personnelle ?

Permettez-moi ici de glisser une touche plus personnelle, en précisant que la découverte de ce livre (réédité de nombreuses fois depuis lors) a radicalement changé ma vie de formateur. Le fait de trouver dans un livre, publié chez un éditeur reconnu, les principes sur lesquels j'appuyais ma pratique pédagogique (qui, à l’époque, s’était construite  100% « à l’instinct ») m'a libéré de l’île déserte que j’avais l’impression d’habiter (...comme beaucoup d'entre nous, apparemment, si l'on en juge par exemple d'après le mouvement suscité récemment par l'annonce du MOOC ITyPA...).

En effet, je me suis complètement reconnu dans cette manière de voir et de fonctionner, à tel point que je n’ai eu de cesse que de rencontrer ce personnage si surprenant... Ce que Bruno Hourst a non seulement accepté très simplement et très gentiment, mais il a fait bien plus que cela, en me faisant l’amitié de me faire partager en grande partie le fruit de ses recherches, et en acceptant spontanément de me venir en aide (je pataugeais à l’époque dans la préparation laborieuse d’une séquence de formation de formateurs), alors que c’est paré du seul titre de simple « soutier » de la formation que je m’étais permis de prendre contact avec lui.

Non seulement il m'a très favorablement accueilli, mais il m’a fait l’honneur de me transmettre une grande partie de ses connaissances, allant jusqu’à m’inviter à suivre plusieurs de ses séminaires en tant qu’auditeur libre, tout ceci sans jamais me demander la moindre contrepartie que ce soit ! Par la suite j’ai même animé moi-même plusieurs de ces séminaires-là, toujours sous la houlette débonnaire de ce monsieur hors du commun dont j’apprécie aujourd’hui encore la compétence, la gentillesse et surtout la simplicité. De son côté, Bruno a publié depuis de nombreux autres ouvrages :

Bibliographie de Bruno Hourst

  • Au bon plaisir d'apprendre. Bruno Hourst. InterEditions, 1997-2008. ISBN 978-2729609382
  • Former sans ennuyer : Concevoir et réaliser des projets de formation et d'enseignement. Bruno Hourst. Editions d'Organisation, (2007). ISBN 978-2-212-53937-0
  • Modèles de jeux de formation : Les jeux-cadres de Thiagi. Bruno Hourst et S.Thiagarajan. Editions d'Organisation, (2007). ISBN 978-2-212-53937-0
  • À l'école des intelligences multiples. Bruno Hourst. Hachette Education, juillet 2006. ISBN 978-2-01-170898-4
  • J'aide mon enfant à mieux apprendre. Bruno Hourst. Eyrolles, janvier 2008. ISBN 978-2-212-54038-3
  • Management et intelligences multiples : La théorie de Gardner appliquée à l'entreprise. Bruno Hourst et Denis Plan. Dunod, octobre 2008. ISBN 978-2-10-052158-6

Il serait dommage de refermer cette notice bibliographique sans souligner un paradoxe qui, bien que j'y sois habitué, n'en reste pas moins curieux : Tous ces ouvrages sont largement diffusés dans toutes le bonnes librairies, et font de Bruno Hourst un auteur qui a aujourd'hui bien plus qu'un succès d'estime. Ce succès (largement mérité à mes yeux) fait de lui un auteur incontournable pour des milliers de lecteurs, qu'ils soient simples curieux, ou encore issus du monde de l'entreprise, de la formation professionnelle, de l'éducation...

...En revanche, ces mêmes ouvrages sont totalement négligés par la plupart de ceux qui disent habituellement la messe en matière de pédagogie ! Pour en avoir une illustration, recherchez l'expression "littérature grise" (qui m'avait fait – qui me fait toujours – bondir) dans mon article précédent.

Les grands principes (ou idées force) de l'accelerative learning

Ah, tout de même, ces fameux principes, en quoi consistent-ils donc, va-t-il encore nous faire languir longtemps, celui-là ? ... vous entend-je piaffer  🙂

Précisons tout d'abord qu'ils ne doivent en aucun cas être considérés comme je ne sais quel dogme, catéchisme, bible, ou que sais-je encore... Il ne s'agit que d'idées générales, mais toujours en prise avec le concret, agrégées au fil du temps (...et toujours avec le sourire) par toute une galaxie de personnes séduites par l'idée que le concept d'open source ne devait pas être réservé au seul monde du logiciel (...des connectivistes avant l'heure, si on voudra 🙂 ).

Autre précision importante : tous ces principes traversent chaque jour l'épreuve des faits ! Si jamais en lisant ceci vous éprouvez un ressenti de l'ordre de "Cela ne pourrait jamais s'appliquer à mon domaine d'enseignement" ou encore "C'est toujours pareil, ils sont marrants, eux, ils ne connaissent pas l'enfer de ma situation de travail", dites-vous bien que je vous comprends, que vous n'êtes pas le premier ou la première à réagir ainsi. En pareil cas, n'hésitez pas à me faire connaître vos éventuels agacements dans vos commentaires, je serai heureux d'y répondre dans la mesure de mes compétences.

Il n'en reste pas moins que ces principes-là (injustement méconnus, pour beaucoup d'entre eux, même si la "bonne parole" 🙂 a tendance à se répandre, lentement mais sûrement) sont en effet appliqués quotidiennement, avec succès, que ce soit dans des stages en entreprise, ou dans l'enseignement dit "initial", de l'école maternelle à l'université, un peu partout dans le monde. Ils ne font certes pas de miracle, mais sont en général plus que bénéfiques pour quiconque ose franchir le pas, et tout en étant diablement efficaces, rendent de surcroît la vie beaucoup plus agréable à tous, enseignants/formateurs, mais aussi apprenants ! Les voici en résumé :

  • Nous avons tous des capacités spectaculaires
    Les capacités d'un être humain sont bien supérieures à ce que l'on considère habituellement comme normales. Ceci est particulièrement vérifiable pour ce qui concerne nos « capacités à apprendre ». Tout apprentissage doit tenir compte des opinions restrictives des apprenants sur leurs propres capacités, et aussi de celles des enseignants/formateurs sur les capacités de leurs apprenants
  • Tout ce qui ne fait pas sens « ressort par l’autre oreille »
    On apprend mieux lorsque ce que l'on apprend a un sens pour nous, et encore mieux lorsque l'on prend plaisir à apprendre.
  • Attention, la question des « efforts » doit être manipulée avec de longues pincettes !
    Il est très important de distinguer l’effort volontaire (parce que justement porteur de sens, voir ci-dessus) de l’effort imposé par des contingences extérieures. La célèbre sentence « Doit faire des efforts » n’en tient en général aucun compte, et ne fait qu’accroître les inégalités (nous y reviendrons).
  • Il faut remettre le bon sens au centre de la pédagogie 🙂
    Ce n'est pas en se "réfugiant dans l'analyse" que pédagogues et formateurs trouveront des solutions concrètes aux problèmes qu'ils rencontrent tous les jours dans l'exercice de leur profession. Et ce n'est pas en non plus appliquant à la lettre les méthodes assénées par des professeurs Diafoirus (qui ne sont plus allés "au charbon" depuis des lustres… voire qui ont fui ledit charbon… ou ne l'ont même jamais connu) que nous avancerons d'un pouce. Certes, la théorie a droit de cité, mais il est grand temps de la remettre à sa juste place. Les principes du Mieux Apprendre, quant à eux, relèvent pour la plupart d'un simple bon sens trop souvent oublié. Vous voulez un exemple de ce que j'appelle le bon sens en pédagogie ? Allez donc lire ce passionnant article de Thiagi (le génial concepteur des "Jeux-Cadres"...
  • Les « croyances limitantes » empêchent tout le reste de fonctionner correctement
    Si je ne suis pas persuadé d’avoir « tout ce qu’il faut en stock », dans ma p’tite tête, pour apprendre, je n’apprendrai rien. Vous pouvez investir dans le meilleur équipement de plomberie, installé par les meilleurs spécialistes, il n’en reste pas moins vrai que si un caillou bouche le tuyau, l’eau ne coulera pas ! Remarque : dans une énorme proportion, ce « tout ce qu’il faut » tourne autour des croyances limitantes que l’apprenant a sur ce qu’il appelle « son intelligence » et « sa mémoire » (enfants et adultes, tous dans le même bateau, ces croyances-là ont la vie dure, croyez-moi !).
  • Quand on va apprendre quelque-chose, on ne laisse pas notre personnalité à l’extérieur, sur un porte-manteau
    Apprendre est un processus qui met en œuvre l'ensemble de la personne, en particulier le conscient et l'inconscient, le corps, les émotions. Ainsi, l'environnement d'apprentissage (Remarque : il ne s’agit pas ici du grand totem d’Environnement Personnel d’Apprentissage qui a fait couler beaucoup « d’encre à clavier 🙂 , si l’on peut dire» ces derniers temps, mais plus largement d’environnement physique, émotionnel, social, mental). Cet environnement-là  joue un rôle important dans la qualité de l'apprentissage ; et ceci quels que soient les moyens utilisés pour mesurer ladite qualité.
  • Le Q.I. c’est de l’arnaque !
    Il n'y a pas d'intelligence absolue qui serve d’étalon ou de référence (à travers des tests) pour mesurer l'intelligence d'un être humain ; on peut considérer l'intelligence de chaque personne comme formée d'un faisceau d'intelligences qui lui est propre (Cf. les travaux d’Howard Garner sur les intelligences multiples).
  • Le « rendement » d’un apprentissage est souvent comparable à celui d’un bon jeu vidéo.
    On apprend mieux lorsque l'on est dans un état de détente concentrée ; ce "juste milieu" entre les deux extrêmes que sont stress d'un côté, et ennui de l'autre. Les concepteurs de jeux vidéo appellent ça le « flow ».
  • Merci les neurosciences !
    Une meilleure connaissance du fonctionnement du cerveau permet d'améliorer la qualité d'un apprentissage. Ainsi, les neurologues défrichent de jour en jour des pans entiers de la manière dont fonctionne le cerveau humain en situation d’apprentissage. Ils nous (ré)apprennent notamment que les émotions (notamment l'humour), le travail en coopération, le mouvement (en particulier les mouvements croisés), les arts (et tout particulièrement la musique) jouent un rôle essentiel dans tout apprentissage, comme source d'énergie et de motivation , et – qui plus est – favorisent la mémoire à long terme.
  • Apprendre, c’est pour tout le monde...
    Tout le monde peut avoir accès au savoir, quel que soit son âge, son origine, son milieu social... Les choses qui comptent avant tout sont la motivation, la curiosité, un climat favorable et un minimum de confiance en soi de la part de l’apprenant… mais aussi de l’enseignant/formateur !
  • …Mais « tout le monde est différent 🙂 »
    Chaque personne a un mode préférentiel d'apprentissage, qu'il est important de prendre en compte (…mais si, c’est possible !). Ainsi, dans les situations d'apprentissage, tout ce qui permet de "faire mouche" à tous les coups en "balayant large" au niveau des perceptions sensorielles et neurologiques est bon à prendre. Un excellent exemple : le mind mapping.

Bien entendu, je développerai plusieurs des paragraphes exposés ci-dessus dans les prochains articles à paraître sur ce blog.

Voilà. Comme vous avez pu le constater, il n'y a là rien de bien méchant, et tout ceci n'est après tout qu'une question de bon sens (...je vous avais prévenus ! :-)). Si d'aventure vous vous exclamez "C'est tout ? ...Ils n'ont rien inventé, moi je fais ça couramment !", eh bien tant mieux pour vous, j'en suis très sincèrement heureux ! En même temps, il faut bien voir que tout cela suppose un grand coup de balai sur pas mal d'idées reçues qui ont aujourd'hui encore la vie dure. Avec, pour commencer, celle selon laquelle les êtres humains seraient faits non seulement pour enfanter dans la douleur (?!), mais aussi pour apprendre dans la douleur, voire d'atroces souffrances (...re-!?). Autre idée reçue à laquelle je me fais un plaisir de tordre le coup à chaque fois que l'occasion s'en fait ressentir : Ce qui fonctionne (ce qui fait ses preuves, si on veut) doit nécessairement être complexe... Ben voyons ! 🙂

Un exemple concret

J'avais promis de donner ici des exemples concrets de séquences utilisant les principes de l'accelerative learning, directement exploitables en situation d'apprentissage. Commençons dès aujourd'hui, si vous voulez bien. Il s'agit d'un jeu pédagogique  que j'appelle "Cinq questions pour des champions". Il est issu d'un "Jeu -Cadre" de Thiagi (j'y reviendrai). Je vous assure que je l'ai utilisé (et vu utiliser) dans des tas de circonstances d'apprentissage très différentes les unes des autres. Pour que cela fonctionne, il suffit d'un chose... cette petite chose, c'est beaucoup et c'est bien peu, comme disait le chanteur. Et cette chose c'est...

...O-ser ! 🙂

Voilà. Le lien se trouve ici, dans un article que j'avais publié il y a quelque temps. Soyez rassurés, je ne compte pas m'en tenir là, il y aura d'autres ressources à l'avenir. Lesquelles ? Eh bien cela dépendra pour une large part de la teneur de vos commentaires ! A vos claviers, donc... Ma souris et moi vous attendons de pied ferme, avec plaisir.

Bien à vous,

Bernard

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Construire et animer une session de formation


Cet article a été par la suite repris sous une forme légèrement différente dans un livre de conseils aux formateurs intitulé  « Construire et animer une session de formation » paru en juillet 2014 aux éditions DUNOD.

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Découverte de la grande galaxie de l’accelerative learning

Que sait-il de l'amour, ton cerveau, pauvre Luis ? Rien. Il sait, par ouï-dire, que l'amour existe mais il ne sait pas le goûter. Que sait-il d'une pomme ? Son poids, sa couleur, sa chimie. La formule chimique d'une pomme nourrit-elle ? Non, mais le cerveau s'en moque. Il ne se nourrit pas de pommes, il se nourrit d'informations. Il les stocke, il les accumule, il les empile, il les interprète, il s'en bâtit des systèmes, des romans, des euphories et des angoisses. Il ne vit pas, il fonctionne. (Henri GOUGAUD : "Les sept plumes de l'aigle".)

Bonjour,

Cet article est le tout premier d'une série consacrée au phénomène de l'accelerative learning, également connu sous le vocable de mieux-apprendre.

Quand on s’intéresse aux grands courants de la pédagogie, on a coutume de citer le cognitivisme, constructivisme, le socio constructivisme, le behaviorisme... que sais-je encore ?

Ces différents courants sont dûment répertoriés, homologués, labellisés et étiquetés… mais par qui ?

…Eh bien, c'est simple : par de doctes personnes dont la principale mission consiste à répertorier, homologuer, labelliser et étiqueter des choses. Or, pendant ce temps-là, le monde bouge, évolue, et tout un pan de la réalité de situations d’apprentissage se développe, croît et existe tout tranquillement en parallèle, à côté du reste. Dans un certain nombre de cas, cela se produit sans que nos chers répertorieurs-homologueurs-labelliseurs-étiqueteurs ne paraissent le moins du monde concernés !

Littérature grise...

Lorsqu’il m’est arrivé d’en croiser (essentiellement à la fac) et de leur montrer des ouvrages portant sur ces sujets-là et expliquant ce qui s’y passe, la très grande majorité  de mes professeurs m’opposaient en général une fin de non-recevoir, sans même daigner jeter le moindre regard là-dessus, au motif que cela appartenait à ce qu’ils appelaient très joliment de la « littérature grise » !

Pour les non-initiés, je précise que la littérature grise, dans la bouche des répertorieurs-homologueurs-labelliseurs-étiqueteurs, désigne tout ce qui se publie en-dehors des revues universitaires. Voilà en effet une manière plutôt cavalière, mais fort commode, de laisser dans l’ombre une bonne part du réel, tout en permettant de rester dans l’entre-soi de tous ceux qui – certes – ont compris tout l’intérêt qu’il peut y avoir à se réfugier dans la réflexion… parfois même jusqu’à aller se retrancher le plus loin possible de l’action.

De bien tristes prestidigitateurs

Bien entendu, je ne parle pas ici de l'ensemble des professeurs d'université, loin s'en faut, mais tout de même d'une bonne partie d'entre eux qui (hélas) tient le plus souvent "le haut du pavé", comme on dit. Ces personnes-là ont une fâcheuse tendance à repousser d'un revers de main, et sans aucun état d'âme, tous les faits qui ne concordent pas avec leur sacro-sainte "validité scientifique" du moment. Le fameux classement de Shanghaï (sur les universités dans le monde) les place-t-il dans une position délicate, au motif que notre pays - pourtant inventeur de l'université ! - est en train de tomber en chute libre dans ce classement  ? Que nenni, il suffit de déclarer que les critères de ce classement ne sont pas appropriés, et hop, le tour est joué !

Au procès de Galilée, ils étaient déjà là, pour déclarer sans rire "...que les météorites ne peuvent pas être des pierres qui tombent du ciel, puisqu'il n'y a pas de pierres dans le ciel".

Tous les jours, en pédagogie des adultes notamment (oui, je sais, il faudrait théoriquement que j’emploie le terme « andragogie », mais voyez-vous comme c’est bête, il est important pour moi de me faire comprendre du plus grand nombre, quitte à prendre le risque de chagriner tous les Diafoirus du moment…) Tous les jours, disais-je, ces concepts sont utilisés par des centaines de milliers de personnes. Pour vous en persuader, rendez-vous chez votre libraire préféré.. quittez le rayon "Pédagogie" et approchez-vous des rayons intitulés "Entreprise", "Vie pratique", voire "Développement personnel" (Remarque : si d'aventure un ou plusieurs de ces mots vous donne des boutons, aucun souci, retournez donc vous réfugier bien au chaud dans vos bonnes vieilles habitudes 🙂

Je vais vous confier une chose toute bête : Quand j’ouvre un livre traitant de pédagogie, et que ça jargonne du début à la fin (alors même qu’aujourd’hui j’ai assimilé une grande partie de ce jargon), je ne peux pas m’empêcher de me dire que – de l’auteur ou du lecteur – l’un des deux au moins a un gros problème. Et devinez pour qui je tranche, en général, mmmmh ?

Alors c’est vrai, le courant pédagogique dans lequel je me reconnais et m’épanouis le plus passe le plus souvent à la trappe et, du coup, se retrouve injustement ignoré des nombreuses personnes de bonne volonté désireuses de s’intéresser aux choses de la pédagogie, lesquelles passent nécessairement par le prisme quasi obligé de la doxa (mais oui, vous savez, les « milieux autorisés », comme disait Coluche, qui avait compris bien des choses) ! Fort heureusement, aujourd'hui internet est là, pour le meilleur et pour le pire, et il contribue dans bien des domaines à fissurer quelques édifices, et à faire parfois bouger les choses (Dieu merci, je ne suis certes pas le premier blogueur à parler de ces choses-là !).

Pour ma part, l'accelerative learning est ce qui m’anime et m’aide à faire de tous mes face-à-face pédagogiques de purs moments de bonheur, pour moi et (je l’espère !) pour mes apprenants.

Ce que, faute de mieux, nous appellerons "ce courant" part du principe tout bête qu’on n’apprend jamais aussi bien que lorsqu’on ne s’aperçoit pas qu’on apprend, et qu’à l’instar de Bergson, « Il n’y a pas d’idée (philosophique ou non), si profonde ou si subtile soit-elle, qui ne puisse et ne doive s’exprimer dans la langue de tout le monde. » Son plus grand ennemi est également celui de plein de générations d’enfants. Il s’appelle l’ennui.

Courant ou galaxie ?

L'accelerative learning est maintenant très largement utilisé dans le milieu des entreprises et de la formation personnelle (mais toujours plus ou moins marginalisé par l’université !).

Les fans de l'accelerative learning n’ont en général pas le sentiment de faire partie d’une école, d’une chapelle, et encore moins d’une approche théorique, et ceci pour une raison bien simple : ils s'intéressent bien plus à des notions telles que le bon sens ou l'humour (vecteurs d'apprentissage extrêmement puissants, comme on le verra dans le prochain article).

En général, ils préfèrent dire qu’ils font partie d’une « galaxie », vous savez, cette structure en spirale tournant autour d’un noyau dur, lequel n’est jamais plus qu’un objectif vers lequel on tend...

Ainsi, l'accelerative learning ne passe pas par les fourches caudines de notre belle Université, pour le simple motif que toute cette galaxie « pas vraiment orthodoxe » n’hésite pas à « picorer » ici et là de nombreuses techniques ou méthodes qui n’ont pas forcément droit de cité chez nos doctes chercheurs. Cela n’empêche pas toutes ces petites « planètes » d’être réutilisées avec succès un peu partout dans le monde, tout simplement par les millions de petites (et moins petites) mains qui vivent dans le cambouis du réel, aussi bien dans le milieu de l’entreprise (formation professionnelle, mais aussi brainstorming, techniques de résolution de problèmes, ou plus généralement ressources humaines), de l’enseignement, de l’éducation des jeunes enfants (allez donc voir du côté des pédagogies dites "décalées") … jusqu’aux nombreux parents qui de par le monde s’intéressent à la manière dont ils peuvent efficacement venir en aide à leurs enfants pour les devoirs à la maison !

L'exemple du Mind Mapping

Un exemple de ces galaxies ? Le Mind Mapping, mais oui, amis connectivistes, vous avez bien lu ! Le Mind Mapping popularisé par les ouvrages de Tony Buzan, est depuis de nombreuses années largement utilisé, promu, encouragé par les fans du mieux-apprendre. L'époque où il fut à son tour utilisé, repris, et même (...parfois exagérément)  encensé par les "pédagogues patentés" est beaucoup plus récente. Qu'importe, c'est avec bonheur que j'ai vu tant de personnes, blogs, méthodes pédagogiques s'approprier et diffuser cette technique (propriétaire de personne, faut-il le rappeler ?)... technique qui (pour ma part) m'a été enseignée il y a déjà fort longtemps !

Si le terme « Mind Mapping » ne vous dit rien, voici la liste des synonymes les plus couramment employés :

      • Arbre de connaissance
      • Carte Cognitive
      • Carte Conceptuelle
      • Carte euristique
      • Carte heuristique
      • Carte mentale
      • Carte sémantique
      • Constellation d'idées
      • FlowChart
      • Learning Map
      • Mind Map
      • Mind Mapping
      • MindChart
      • MindCluster
      • Mindmapping.
      • Mindscape
      • Schéma euristique
      • Schéma heuristique
      • Topogramme.

La longueur de cette liste vous surprend ? Eh bien, dites-vous bien que cela peut être aussi un signe de bonne santé pour le mind mapping, qui par nature a du mal à se laisser classifier, étiqueter, etc... La liberté est parfois à ce prix 🙂

Ressources sur l'accelerative learning : comment s'y retrouver dans cet univers "open source" ?

Je reparlerai plus en détail du mind mapping prochainement. Pour ce qui concerne l'accelerative learning, voici quelques premiers jalons, bons points de départ pour ceux qui seraient en recherche de ressources. Il suffit en effet de googler la plupart des noms apparaissant ci-dessous pour se faire une première idée, tout en gardant bien à l'esprit que les noms cités ici désignent parfois des contributeurs... bien involontaires ! En effet, non seulement l'accelerative learning est une galaxie, mais c'est aussi un gigantesque Lego dans lequel chacun peut venir puiser à sa guise, ce qui ne nuit aucunement à son efficacité, bien au contraire... tenez, pensez donc à ce qu'est Linux pour le monde des informaticiens 🙂

Quelques noms Commentaires, explications, champs de recherche ou d’application
Tony Buzan Né en 1942, c’est un psychologue anglais connu pour être le créateur du concept de carte heuristique, mas également plusieurs techniques dites de mémorisation totale (SEM3 et « Grand système »)
Georgi Lozanov Médecin et psychothérapeute bulgare (1926-2012). Considéré comme un des pères fondateurs, il est décédé depuis peu. Travaux sur la mémoire et les différents facteurs « facilitateurs » d’apprentissages. Voir http://dr-lozanov.com/
Roger Sperry, Paul Mc Lean et tous les spécialistes des neurosciences. Tout ce que les neurosciences peuvent nous apprendre sur la manière dont se font les acquisitions fait bien entendu le miel des fans de l'accelerative learning, qui s’efforcent d’utiliser toutes ces découvertes dans des applications bien concrètes.
Howard Gardner Né en 1943, Gardner  travaillait à l'origine sur les lésions cérébrales et leurs conséquences. il est aujourd’hui le père de la théorie des intelligences multiples. Il enseigne à l'université de Harvard
Edward de Bono né en1933 à Malte, psychologue et médecin spécialiste en sciences cognitives. Il est connu pour avoir promu la notion de « Pensée latérale ».
Bruno Fürst Bruno Fürst (1891-1965) fut le plus créatif, imaginatif, inventif et fabuleux des facilitateurs  mnémotechniques. Le mieux est d’aller voir cet exemple... (cherchez le titre "La ressource")
Sivasailam Thiagarajan, alias Thiagi Inventeur génial et pétillant du concept des « Jeux-Cadres » (qui, du moins à mes yeux, ont un lien de parenté criant avec les serious games), Thiagi est aujourd’hui mondialement reconnu.

Voilà. Dans un prochain billet, je me propose de vous parler de Bruno Hourst (qui est le meilleur vulgarisateur, au meilleur sens du terme, de toutes ces notions pour un public francophone). Je vous ferai également partager quelques principes et exemples de ce qu'est l'accelerative learning, très concrètement.

À bientôt !

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Non, l’ennui n’est pas une fatalité…

Ah là là, que d'émotions...

Dans mon dernier billet je vous faisais part de mes sentiments mitigés après trois séances MOOC ITyPA.

J’y évoquais ce qu’il faut bien appeler l’ennui que je ressentais de plus en plus lors du visionnage des dernières séances, après l’enthousiasme des débuts. Plusieurs personnes ont eu la gentillesse de me faire part de leurs propres réactions, sur ce blog ou ailleurs, en me suggérant parfois de mettre un peu d’eau dans mon vin, au motif que, bah, quand on assiste à un cours on s’ennuie forcément un peu, que si on s’ennuie il faut s’occuper utilement en prenant des notes, et qu’après tout il faut bien « faire avec » parce que… parce que c’est un peu la loi du genre.

Aussi j’aimerais aujourd’hui vous raconter une histoire... vraie .

 

Histoire d’un vieux monsieur

Un vieux monsieur s’installe à une table de conférence, face à un parterre de chercheurs en intelligence artificielle. Il parle pendant une heure. Il est filmé par une caméra fixe. Pas vraiment générateur d’engouement comme dispositif. Et pourtant…

…Pourtant un silence religieux se fait immédiatement, dans un climat d’attention bienveillante et détendue. Et le vieux monsieur parle toujours, très simplement, avec des mots de tous les jours, bien que s’adressant à un public averti. Et moi, pauvre clampin derrière son petit PC, je ne peux m’empêcher de penser à cette phrase amusante de l’écrivain norvégien Gunnar Staalesen : « Les tableaux aux murs, tous dans des cadres dorés, étaient dus à des peintres si renommés que même moi j`arrivais à les reconnaître. »

Mais revenons à notre vieux monsieur. Sans jamais se départir d’un sourire lumineux (parce qu’authentique), il nous donne de précieux éclairages sur un sujet qui le passionne, et qui me passionne également, à tel point que j’ai pris l’habitude de visionner régulièrement cette conférence, que je connais presque par cœur maintenant, et bénis ceux qui ont eu le bon goût de l’enregistrer, puis de la mettre à disposition sur YouTube.

Les premières fois j’étais tout simplement scotché à mon fauteuil par la poussée gravitationnelle. Space Mountain à côté, c’est de la bibine. C’est émouvant de se sentir ainsi tiré vers le haut. Émouvant parce qu’il est somme toute assez rare de ressentir avec une telle jubilation le plaisir d’apprendre et de comprendre.

Aucune envie de zapper sur d’autres onglets de mon navigateur… Aucune envie de prendre des notes non plus, enfin, la première fois du moins. Quelque-chose me dit que même ceux qui ont en général la bougeotte en pareil cas se comporteraient tout autrement ici… Allez, je prends le pari que même Christine Vaufrey, qui a eu la gentillesse de confier ici qu’elle était sujette à ce virus, ne bougerait pas un cil 😉

Le vieux monsieur continue de parler. Il présente simplement le plan de son intervention, chaque « chapitre » a droit à son introduction, son développement, sa conclusion en bonne et due forme, et même une petite phrase qui fait impeccablement le lien entre ce qui précède et ce qui va suivre. Il y a là un vrai souci de nous prendre par la main, en douceur, de ne jamais nous perdre, sans avoir l’air d’y toucher. Vous savez, un peu comme le si rassurant petit rond bleu « Vous êtes ici » qu’on voit parfois sur les plans de ville affichés dans la rue… Pourtant, pas une seule fois on ne voit le monsieur consulter ses notes !

Ah, les notes, parlons-en : les autres fois, en re-visionnant la conférence, je n’ai pas pu résister à la tentation d’en prendre, des notes, histoire de pouvoir m’en repasser quand même une petite couche pendant les moments où je dispose de moins de temps. À toutes fins utiles, j’ai mis ça dans un dossier public sur un bout de cloud, si ça vous intéresse servez-vous.

Voilà. C’est terminé. Le vieux monsieur a fini de parler. Toute la salle l’applaudit, longtemps, debout. Lui regarde tous ces gens avec émotion et gentillesse, un peu gêné, tout en dodelinant doucement de la tête pour les remercier de leur attention. À ce moment précis, ce n’est plus un vieux monsieur, c’est un tout jeune homme.

Cela se passe en décembre 2007, pour les 40 ans de l’INRIA. La conférence s’intitule « Les nouvelles technologies, révolution culturelle et cognitive ».

Le monsieur s’appelle Michel Serres.

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ITyPA sympa ce MOOC épisode 2….

Jeudi 11 octobre 2012 - Deuxième rendez-vous avec mes petits camarades (et profs) virtuels. Il paraît que cette fois-ci, l'audience de notre première rencontre  a été pulvérisée, et que ce sont plus de 1000 fonds de culottes (dont le mien 🙂 qui sont en train de s'user sur les e-bancs de ce machin bizarroïde... Cette fois-ci j'ai compté huit intervenants, toujours sous la houlette débonnaire de Christine Vaufrey.

Ce hangout public m'a laissé sur une bonne impression... On sent bien qu'l y a un fil conducteur, que les intervenants savent plus ou moins où ils veulent en venir... En même temps, je n'ai pas pu m'empêcher de comparer (plus ou moins consciemment) avec les émissions télé en multiplex, où des pros de la prise de parole la prennent au vol, se la rendent, se la réapproprient avec une maestria qui laisseraient pantois tous les ceussses qui veulent s'occuper de notre "temps de cerveau disponible" avec l'air de ne surtout pas y toucher 🙂

Là c'est tout à fait différent : On sent qu'on est en train de vivre un moment historique (rappelons que nous assistons en direct au premier mooc francophone, tout de même...) dont le seul fait qu'il ait lieu sous nos petites mirettes z-et oreilles ébahies ferait frémir d'émotion tout tout e-pédagogue (ou pas e- d'ailleurs, y'a pas d'raison) qui se respecte en ce bas monde. Plus tard nous dirons tous, la larme à l'oeil, à nos petits enfants "J'y étais !". Donc, c'est du vrai grand moment moulé à la louche, du vrai, du lourd, y'a pas à mégoter...

Et en même temps on n'est pas à la télé, mais alors pas du tout : d'où de charmantes petites hésitations proférées par une grande partie des intervenants, des "heu", des "eh bien", et autres "oui... en fait, c'est-à-dire" (sans parler des temps morts) qui ne sont pas sans nous rappeler l'époque héroïque des radios libres (...si ça se trouve, lors les premiers gazouillis des radio amateurs, ça devait être déjà de ce tonneau-là 🙂

Qu'importe, ne boudons surtout pas notre plaisir. Même les petits côtés brouillons dont je viens de parler m'émeuvent au plus haut point, parce que bien  au-delà (ou à cause) de tout ça, j'ai ressenti justement à fleur de peau la sincérité, l'envie de partager, d'être ensemble, et ma foi, j'ai trouvé que dans l'ensemble, ça l'fait !

D'autant plus que mine de rien des choses très sensées ont été dites pendant la "retransmission", notamment une torsion de cou en bon uniforme pour quelques idées reçues sur le net (du style "...il ne faut surtout pas que je me connecte sous mon vrai nom, sinon tout va pouvoir être retenu contre moi". Eh oui, il s'agit là d'une des multiples formes que revêt l'obscurantisme des temps modernes ! ).

Eh bien, du coup j'ose prétendre que même si cette joyeuse causerie brouillonne au coin d'un méga-feu de 1000 pékins ne servait qu'à ça aujourd'hui, eh bien ce serait toujours ça de pris. Et c'est beaucoup.

Et puis question organisation, nos amis... euh, organisateurs, donc, n'ont pas encore dit leur dernier mot, surtout qu'à ce que j'ai compris, la parole allait être donnée à nous autres (c'est-à-dire les 992 autres qui causent pas encore dans le poste 🙂  dans une approche résolument socio-constructiviste et assez révolutionnaire, à savoir que c'est nous-mêmes, apprenants de tout poil qui allions contribuer à construire le contenu du cours (voilà qui est des plus réjouissants !).

Ainsi je compte bien m'installer jeudi prochain devant mon petit ordi au fond de ma pinède, à l'heure habituelle (18 h heure légale française) pour assister au prochain épisode de ce show interactif, réjouissant, jubilatoire et roboratif, qu'on se le dise.

Bien entendu je ne manquerai pas de vous faire part de mes impressions !

Et au moins, pendant qu'on est là-devant, on n'est pas devant la télé... c'est toujours ça de pris !

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Pédagogie, je me marre…

bonhomme à cheveux d'herbe

Dans cet article, je vais tenter d'expliquer en quoi les spécialistes des sciences de l'éducation peuvent, avec les meilleures intentions du monde, taper parfois "à côté de la plaque", du moins à mes yeux.

Il se trouve qu'en 2008, après avoir traîné derrière moi une expérience de plus de 20 ans de formateur "autodidacte  baroudeur et tout-terrain" (...nous sommes très nombreux dans ce cas) j'ai éprouvé le besoin de suivre un parcours universitaire, pour plusieurs raisons, la principale tenant dans ma volonté de donner une base théorique à mon propre parcours tout en le "légitimant" aux yeux de ce qu'on appelle la doxa (ou, si l'on préfère, les milieux autorisés, comme disait le regretté humoriste).

Je menais alors une vie trépidante, dispensant pour le compte de mon employeur d'alors des séances de formation en "face-à-face" se tenant dans un rayon de 320 kilomètres, pour un public de cadres et employés, et ceci 3 semaines sur 4. Un travail pas précisément "de tout repos", donc.

Et très régulièrement, une semaine sur 4 donc, je quittais mes attributs de formateur pour aller changer d'activité en suivant les enseignements de l'université à laquelle je m'étais inscrit (j'ai même tenu un blog à cette époque, sorte de e-portfolio si on voudra). Le pauvre naïf que j'étais encore s'attendait (c'est le minimum) à y apprendre un certain nombre de choses en rapport avec le métier de formateur (grilles de lectures, méthodologies, outils exploitables en situation... que sais-je encore ?)

Certes, on m'avait prévenu mille fois que j'étais là pour trouver avant tout de quoi étayer ma démarche empirique en lui donnant une base théorique. Mais tout de même... Qu'ai-je appris au juste, au bout du compte ? Pour vous faire partager mon ressenti, tentons une métaphore :

Si un formateur montait des meubles...

Imaginez un jeune employé en période d'essai, fraîchement embauché chez IKEA pour installer des meubles, et à qui son nouvel entourage professionnel dit "Tu verras, c'est très simple, toutes nos notices sont accessibles partout : dans tous les magasins, dans nos usines, et même sur le net"...

À la suite de cela, voulant réaliser le montage de son tout premier meuble, notre employé se met à chercher, chercher, pour finir par tomber sur tout un tas de publications tournant autour du pourquoi et du comment de l'art de rédiger une notice de montage, ou encore sur les différentes typologies de notices, voire sur l'évolution du concept de notice à travers l'histoire... et tout à l'avenant.

Tout cela est bel et bon, se dirait l'impétrant, je vois bien qu’à l’évidence des tas de gens se sont doctement penchés sur le sujet en question, l’ont posé sur le billard, puis l'ont décortiqué dans ses moindres détails, si bien qu’à l'arrivée on voit bien qu'ils semblent tous surfer là-dedans avec aisance sans même se mouiller le maillot…

Hélas, tout cela ne résout absolument pas mon propre problème, qui est beaucoup plus basique : Je suis en effet aux prises avec une situation très concrète, et – qui plus est – sous la douce pression de mes nouveaux supérieurs, situation qui tient en quelques mots  : Comment dois-je m'y prendre pour monter ces foutus meubles ? Y a-t-il un mode d'emploi ? Une notice, toute simple, existe-t-elle, et si oui, où donc ? Au secours, y'a quelqu'un ?...

« Ceux qui savent font, ceux qui ne savent pas enseignent », disait George Bernard Shaw. C'est un peu court, un peu brutal, très irrévérencieux mais hélas parfois vrai ! Aujourd’hui encore, le Pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué ? se porte à merveille, notamment chez une certain nombre de ceux qui se donnent pour objectif d'explorer les pourquoi et les comment des situations d'apprentissage…

Il est parfois bien confortable de se réfugier dans l'analyse. Notamment lorsqu’au passage cela permet d'éviter de se mettre les mains dans le cambouis, ou d’éluder une question centrale, comme l'illustre la petite métaphore qui suit :

Histoire de l’homme tombé dans un trou

Un homme tomba dans un trou et se fit mal.

Un cartésien le vit et lui dit : « Vous n’êtes pas rationnel, vous auriez du voir ce trou ».

Un spiritualiste se pencha et dit  :« Vous avez du commettre quelque péché ».

Un scientifique calcula la profondeur du trou.

Un journaliste l’interviewa sur ses douleurs.

Un yogi lui dit : « Ce trou est seulement dans ta tête, comme ta douleur ».

Un médecin lui lança deux comprimés d’aspirine.

Une infirmière s’assit sur le bord et pleura avec lui.

Un thérapeute l’incita à trouver les raisons pour lesquelles ses parents le préparèrent à tomber dans ce trou.

Une pratiquante de la pensée positive l’exhorta : « Quand on veut, on peut ! »

Un optimiste lui dit :  « Vous auriez pu vous casser une jambe ».

Un pessimiste ajouta : « Et ça risque d’empirer ! »

Puis un enfant passa et lui tendit la main pour l’aider à sortir...

Voilà, j'espère vous avoir donné une idée de ce que j'ai appris, et surtout de ce que je n'ai pas appris à cette occasion-là. Depuis, à chaque fois que je rencontre une situation de ce type, cela a au moins (en creux) le mérite de me faire gagner un temps fou, en m'évitant de me fourvoyer dans des impasses, comme quoi, au bout du compte, d'une façon ou de l'autre on apprend toujours !  Quelque chose me dit que je suis loin d'être le seul dans ce cas. J'assume parfaitement la teneur de ces propos. De toute façon, comme le disait Marcel Gotlib, "Que celui qui me jette la première pierre vienne me le dire en face !".

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Qu’est ce qui est le plus efficace : un jeu de formation ou une vidéo d’instruction ?

Retranscription d'un article de Thiagi, le génial inventeur des jeux-cadres.
Traduction de Bruno Hourst ("Etes-vous pomme ou orange ?")

 

 

Une question récurrente

Qu’est ce qui est le plus efficace : un jeu de formation ou une vidéo d’instruction ? Beaucoup de gens m'écrivent pour me demander de donner des preuves (issues de la recherche scientifique) que les jeux de formation sont meilleurs que tout autre type de stratégie de formation. Cette question ressemble beaucoup à une autre question : Qu’est-ce qui est le meilleur, les pommes ou les oranges ? À l’évidence, la réponse dépend d'un certain nombre de facteurs.

  • De quelle variété de fruit parlons-nous ? J'aime les pommes Golden Delicious, mais je déteste la variété Granny Smith. J'aime les oranges maltaises, mais pas la variété à peau épaisse.
  • Quel est le but que nous recherchons ? Les oranges sont très appréciées en jus au petit déjeuner, mais beaucoup moins pour faire des tartes.
  • De qui sommes-nous en train de parler ? Certaines personnes préfèrent les oranges, et d’autres préfèrent les pommes. Et certaines autres personnes n'aiment ni l’un ni l’autre de ces fruits. Et d’autres encore sont allergiques à l'un ou à l'autre. La comparaison entre les jeux de formation et l’utilisation de vidéos (ou de conférences, ou de manuels, ou d’ateliers de thérapie comportementales ou de toute autre stratégie de formation) est tout aussi sensée que de comparer des pommes et des oranges.

De quel type de jeu parlons-nous ? 

Quand nous parlons de jeux de formation, qu’est-ce que cela signifie exactement ? À ce jour, j'ai travaillé sur plus de 60 stratégies interactives expérimentales, qui peuvent toutes s'inscrire dans la définition habituelle du jeu de la formation. À l’évidence, il y a une énorme différence entre un jeu de simulation qui reflète d’aussi près que possible des méthodes de travail réelles, et un ice-breaker de début de formation. De même, de quoi parlons-nous lorsque nous utilisons le terme de vidéo ? S’agit-il de la vidéo d’une conférence donnée par un expert, ou un documentaire primé sur les comportements créatifs, ou encore d’un extrait d'un long métrage utilisé pour illustrer un contenu pédagogique ? Que diriez-vous d'une vidéo qui présente différentes situations clé de la relation client, où l’on fait une pause après chaque situation, où des équipes analysent la situation et formulent des recommandations, puis marquent des points selon la similitude entre leurs recommandations et celles d’un panel d'experts ? Est-ce que nous classerons cette technique hybride en jeu de formation ou en vidéo d’instruction ?

Une méta-analyse des différentes techniques de formation

Il y a quelques années, mon ami Richard Clark, de l'Université de Californie du Sud, a fait une méta-analyse des recherches menées sur la comparaison entre différents supports de formation, tels que le film éducatif et l'enseignement en classe. Sans surprise, Clark est arrivé à la conclusion que les moyens utilisés ne font aucune différence. Ce qui fait la différence, ce sont les caractéristiques spécifiques du moyen utilisé. Par exemple, nous pouvons utiliser une approche de type « apprentissage par la découverte » avec un film éducatif ou par une leçon en classe. Le facteur essentiel n'est pas le moyen utilisé, mais une caractéristique spécifique du moyen utilisé. Si l'on extrapole les résultats de Clark à notre question initiale, nous en conclurons que ce n'est pas les jeux de formation qui sont importants par eux-mêmes, mais des caractéristiques des jeux (tels que la participation active, le fait de marquer des points, l'interaction entre les membres de l'équipe ou la compétition entre les équipes). Ce ne sont pas les vidéos en tant que telles qui feront la différence, mais des caractéristiques essentielles des vidéos (telles que le réalisme, le mouvement, ou la mise en œuvre des capacités audiovisuelles).

Quel but recherchons-nous ?

Qu’un jeu soit plus efficace qu'une vidéo dépend également du but pour lequel ce moyen est utilisé. Un jeu de simulation est efficace lorsqu'il est utilisé pour aider les participants à acquérir certaines compétences. Toutefois, il serait inefficace pour aider les participants à se connaître les uns les autres au début d'une session de formation. Un ice-breaker répondra à un vrai besoin pour faire entrer les participants dans le sujet de la formation, mais sera perçu comme complètement stupide s’il est utilisé au milieu d’une formation pour faire une analyse coûts-efficacité. Lorsque l'on compare un jeu de formation à une vidéo, ou un jeu de formation à un autre jeu de formation, ou une vidéo à une autre vidéo, il est important de préciser la raison pour laquelle telle ou telle technique de formation est utilisée.

De quels participants parlons-nous ?

Différentes personnes réagissent différemment au même jeu de formation. Par exemple, un jeu qui motive un groupe de jeunes cadres dynamiques français pourra être perçu comme gonflant et hors de propos par les employés d’une administration américaine, et carrément agressif pour un groupe de techniciens japonais. De même, une vidéo qui enthousiasme un groupe de jeunes adultes pourra plonger dans une grande perplexité un groupe de personnes âgées. L'inverse pourra également être vrai : une vidéo qui plaira aux babyboomers pourra définitivement tuer d’ennui des membres de la génération Nintendo.

Proposons une réponse

Comparer les jeux de formation avec d’autres techniques de formation n’a donc pas grand sens, à moins de préciser exactement :

  • Les caractéristiques particulières, du jeu de formation envisagé et de l'autre technique
  • Le but pour lequel on souhaite utiliser le jeu de formation ou telle autre technique de formation
  • Qui seront les participants du jeu de formation ou de telle autre technique de formation.

Nous pouvons donc reformuler ainsi notre question initiale, à travers un exemple : laquelle de ces deux techniques est plus efficace pour aider un groupe d'employés d'hôtel expérimentés à acquérir des compétences dans leur service à la clientèle : un jeu de simulation authentique, qui intègre des incidents représentatifs et comprend un long débriefing structuré par un animateur expert, ou une vidéo présentant différents cas, des graphiques et les explications, suivie d'une discussion en groupe ? Ainsi posée, la réponse à la question est évidente : les deux techniques pourront être tout aussi efficaces l’une et l’autre.


Sivasailam Thiagarajan (alias Thiagi) est indien, il vit au Etats-Unis. Maître incontesté des jeux pour l’entreprise et l’enseignement, il a particulièrement développé le concept de jeu-cadre et continue de concevoir de nombreux jeux dans tous les champs de la formation et de l’enseignement.

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