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Développement personnel

Développement personnel  (66 articles)

Appelé ‘croissance personnelle’ par les canadiens francophones, le développement personnel peut être défini comme un ensemble de démarches visant à l’épanouissement de la personne vers ce qu’elle aspire à devenir. Développement s’oppose à « enveloppement ».



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Devinette : Quelle est la différence entre « concerné » et « impliqué » ?

Voiture Cochonou - distribution d'échantillons

Il m'est arrivé tout récemment d'entendre une de mes amies me dire "Oh là là, que ça m'embête ce qui vient de se produire dans ce projet dans lequel je suis si impliquée, pour y avoir participé activement ! Cela me chagrine, que dis-je, me mine littéralement que les choses aillent ce train-là !"

D'une manière générale, il est courant d'entendre parler d'implication quand on évoque les rapports au travail.

Cela m'a rappelé une devinette : Quelle est la différence entre "concerné" et "impliqué" ?

La réponse est très simple : Quand on fait une omelette aux lardons, cela suppose qu'il y a eu une poule pour pondre les œufs et un cochon pour qu'on puisse faire du lard.

Eh bien à l'arrivée, une fois l'omelette achevée les modalités de "participation" de ces deux animaux, et partant, leurs sorts respectifs, sont bien distincts :

La poule est concernée par le projet… en ceci que ses œufs ont contribué activement à son succès, y prenant même une très large part.

Le cochon, quant à lui, s'est retrouvé complètement impliqué.

 

Quel sort préférez-vous ?

 

 

 

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Le mythe des tests standardisés

Le concombre masqué s'interroge...

 

Pourquoi ces tests ne vous disent pas ce que vous croyez...

Les experts, les politiciens, les chefs d'entreprise ainsi que de nombreux leaders d'opinion vantent continuellement les mérites de ces tests standardisés et autres QCM...

Il en résulte que dans les faits, les mérites de ces tests sont en définitive rarement contestés, tant ils sont en phase avec la croyance populaire, et également avec certaines théories sur la psychologie de la motivation humaine. Mais la plus grande partie de ce que ces leaders d'opinion disent, et également ce que le public croit – à propos des tests standardisés – est tout simplement infondée.

Dans le grand public, ou encore parmi les personnes concernées par les tests (voire leurs parents, selon les cas), rares sont ceux qui disposent de suffisamment de temps ou de connaissances pour arriver à suivre les récentes conclusions des spécialistes, experts en tests, psychomotriciens, et autres chercheurs.

C'est là que le livre " The Myths of Standardized Tests" entre en jeu. Dans un langage simple et accessible, Phillip Harris,  Bruce M. Smith et Joan Harris exposent les hypothèses sous-jacentes des tests standardisés, en faisant la part des choses entre ce ces tests peuvent réellement mesurer et ce qui relève tout simplement du mythe. Non seulement ils démystifient de nombreuses hypothèses communément admises, mais ils proposent de surcroît de meilleures alternatives nous permettant de juger du succès de tel ou tel enseignement dont on prétend mesurer l'efficacité ou les acquis à l'aide de ces fameux tests.

Les auteurs nous proposent également quelques suggestions en vue de nous permettre d'alléger quelque peu le fardeau que ces tests font peser sur nous, ou sur nos enfants.

Voici à titre indicatif quelques exemples de qualités et aptitudes très difficilement mesurables à l'aide de ces tests :

 

▪          la créativité

▪         la pensée critique

▪         la résilience

▪         la motivation

▪         la persévérance

▪         la curiosité

▪         l'art de poser des questions

▪         l'humour

▪         l'endurance

▪         la fiabilité

▪         l'enthousiasme

▪         le civisme

▪         la conscience de soi

▪         l'auto-discipline

▪         l'empathie

▪         le leadership

▪         la compassion

▪         le courage

▪         le sens de la beauté

▪         le sens de l'émerveillement

▪        la débrouillardise

▪         l'honnêteté

▪         l'intégrité

▪         la spontanéité

▪         l'humilité.

Source : http://themythsofstandardizedtests.com/index.php

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Le syndrome de la grenouille

grenouille rigolote

Prenez une grenouille vivante. Jetez-la dans une casserole d'eau bouillante. Elle réagira tout de suite, se débattra et en ressortira immédiatement.

Prenez la même grenouille vivante, et jetez-la dans une casserole pleine d'eau tiède. Faites chauffer tout doucement. Que croyez-vous qu'il adviendra ? Elle va cuire à petit feu et quand elle comprendra son sort, elle sera incapable de réagir, de sauter par-dessus la casserole. Lire plus

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Un rôle bien particulier…

Attends-moi, cher dauphin, j'arrive !

J'avais le trac, tout simplement. Comme toutes les formes de nervosité exacerbée, il naît d'une appréhension irrationnelle commune à tous les êtres humains, en particulier les adultes : celle d'être "démasqué", de trahir par quelques mots mal choisis l'intrinsèque supercherie de sa position d'autorité, de révéler au monde entier que l'on ne croit pas soi-même une minute à ce que l'on prétend être.

J'ai fermé les yeux une seconde en me disant que je devais continuer à tenir mon rôle sur scène, coûte que coûte, puis je me suis retournée pour faire face à ma classe.

— Bien, commençons.

Douglas Kennedy, "Quitter le monde", 2009, Belfond, p. 209

 

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Mes salutations les plus… municipales ?


Un village,
C´est la grande famille
Où les garçons, les filles
Se marient à vingt ans
Un village,
C´est chacun, sa chacune
Car, à la pleine lune
Le lit est bien trop grand...


Ah, les élections municipales... c'est toujours un événement de taille dans mon village. Un peu plus de 4000 habitants, situé en région PACA, tout près de la "frontière" de quatre départements (04, 13, 13 et 84), côté Bouches du Rhône. Mon village n'a rien de bien particulier, si ce n'est la douceur de vivre que je ressens depuis le fond de ma petite pinède. Après avoir pas mal bourlingué sous des cieux moins cléments, sentir la caresse du soleil et respirer l'odeur des pins suffit amplement à mon bonheur.

Un village,
C´est la pauvresse en cloque,
Les sourires équivoques
De tout´s les "braves" gens
Un village,
C´est une fausse légende
Racontée par les grandes
Aux tout petits enfants...

Depuis 25 ans que je vis ici, je ne me suis jamais impliqué dans la vie locale de ce lieu qui revêt bien des aspects du célèbre "petit village gaulois" d'Astérix... La seule fois où j'ai vaguement essayé, peu après mon emménagement, un gars du cru m'a refroidi en deux phrases. La première était du style "Ah oui, mais avec vous c'est toujours pareil, vous ne faites jamais rien comme il faut…". La deuxième est venue tout de suite après, alors que je m'étonnais de ce que mon commensal me donne soudain du "vous", alors qu'habituellement on se disait tu. Il a alors eu cette phrase magnifique, véritable cri du cœur : "Oui, vous, les… aixois !".

Cela m'a fait sourire, enfin, sourire un peu jaune, moi qui suis né à Alger, ai grandi à Marseille, puis vécu à Paris, puis Rouen (...les hasards de la vie m'ont en effet amené à porter successivement mes valises "aux quatre coins de l'hexagone", expression d'ailleurs attribuée à un homme politique méridional), et même dans la plaine des Vosges ! Vu d'ici, Aix-en-Provence n'est que… disons la ville moyenne la plus proche. En y réfléchissant je me suis souvenu que j'y avais effectivement bien passé les trois premières années de ma vie d'étudiant, au milieu des années 1970… Mais jusqu'alors j'ignorais que cela avait laissé de telles traces !

Un village,
C´est le curé en chaire,
Le docteur et le maire
"Qui sont pas fiers pourtant"
Un village,
C´est la guerre et la haine,
Entre Albert et Eugène,
Pour un lopin de champ...

Aux débuts de ma vie de néo-rural, j'avais également été frappé par un dessin d'humour, trouvé dans une feuille de chou locale, tenue (...déjà !) par une équipe d'opposition municipale, et qui faisait dialoguer deux vieux ossements qui venaient censément d'être exhumés par des archéologues aux abords du village. Le premier os déclarait "Je viens de subir une datation au carbone 14, je sais maintenant que je suis vieux de 4 millions d'années". Et le second lui répondait à peu près "Ah, c'est bien, désormais on peut dire que vous êtes presque d'ici, alors !"

Ces petits événements (avec quelques autres) m'ont bien vite convaincu de suivre le conseil que Raimu prodiguait à son fils dans la célèbre pagnolade Fanny, lorsqu'il lui écrivait "Quand tu vas commencer à mesurer le fond des océans, fais bien attention de ne pas trop te pencher, et de ne pas tomber par dessus bord et là où ça sera trop profond. Laisse un peu se pencher les autres". D'une certaine façon, j'ai moi-même pris le parti de "laisser se pencher les autres" pour ce qui concerne les questions de citoyenneté locale.

Un village,
N´en déplaise à Pagnol
Qui s´est payé not´ fiole
Avec son grand talent
Un village,
C´est Marius en vitrine,
C´est Fanny aux cuisines
Avec tous les enfants...

Bien m'en a pris ! La toute récente élection municipale a en effet vu s'opposer deux listes :

La première de ces listes est elle de l'équipe  sortante. Appuyée par ce qu'on pourrait appeler des féodalités locales qui savent depuis des lustres "veiller au grain" avec une ardeur consommée, elle fait notamment un tabac auprès du troisième âge… elle n'est installée que depuis une mandature, mais elle a succédé à une autre liste du même tonneau, qui elle-même... et ainsi de suite, depuis des temps qu'on devine immémoriaux. Les conseillers de feu le président Georges Pompidou avait inventé en leur temps une expression censée permettre à leur patron d'incarner ce phénomène aux yeux de son électorat :  "Le changement dans la continuité". Eh bien chez moi, nous y sommes encore : les têtes de liste changent, mais on sent très nettement que dans la durée, les mêmes trois ou quatre baronnies locales (que tout le monde connaît) continuent à tenir solidement les rênes, dans ce joli coin de "Douce France", à l'image de ce qui se passe dans tant d'autres petits bouts de paradis tricolore.

La deuxième liste, quant à elle,  est en majorité composée de personnes plus nouvellement implantées ici (un peu comme moi), et qui représentent une catégorie de population qui progresse (...en nombre, s'entend) lentement mais sûrement au fil des ans. C'est d'une certaine façon la n-ième vague de tentative de poussée de sang neuf, à l'image de ces fameuses colonies de champignons qui naissent après la pluie, prenant soudain une place étonnamment grande (bien que souvent éphémère) dans la forêt... une histoire toute simple et toute prévisible de biodiversité sociologique, en quelque sorte. Il n'y a rien d'étonnant à cela. Personnellement, je connais bien évidemment des personnes dans l'une et l'autre de ces listes, et suis bien placé pour savoir que dans chacune d'elles il existe des gens tout à fait estimables et dignes de foi, côtoyant d'autres individus dont les incisives me semblent avoir une fâcheuse propension à rayer systématiquement les revêtements de sol les plus résistants…
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Mon impression sur la gestion de la commune  par ces équipes successives depuis que je suis là ? Eh bien là aussi je serais bien incapable de trancher. Au vu de leurs réalisations (...ou de ce que j'en perçois), j'ai un peu le sentiment que le pire y côtoie le meilleur. Pour ne citer que le meilleur, j'ai par exemple vu sortir de terre en 1998 une magnifique bibliothèque municipale. Pendant toute la durée des travaux, j'étais persuadé que des martiens se poseraient sur son toit le jour de l'inauguration, et en repartiraient formels en déclarant qu'il ne pourrait y avoir là aucune forme de vie...

Eh bien la suite m'a donné tort, puisque l'endroit en question est à mes yeux un des lieux les plus magiques, agréables et enrichissants que j'ai connus dans ma (déjà longue) vie. Qui plus est, cette bibliothèque est animée par une équipe composée de personnes plus que compétentes, et au cœur gros comme ça…

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Un village,
C´est ces fêtes espagnoles
De violence et d´alcool
Pour les adolescents
Un village,
C´est les futures milices
Des chasseurs qui ratissent
Les lièvres et les gitans...

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insolite - avions au-dessus d'un nuage issu d'une tasse 506x507Ces toutes dernières élections municipales ont pourtant donné lieu à un de ces événements qui me manquent jamais de me déconcerter, et dont j'ai beaucoup de mal à savoir s'il faut en rire ou en pleurer : Il faut d'abord savoir que l'équipe sortante a remporté l'élection dès le premier tour. Apparemment, donc, le temps de mai 68 n'est pas encore arrivé jusque par chez nous, décalage horaire oblige. A franchement parler j'ignore ce que cela aurait donné. J'imagine simplement que ce sera pour une autre fois et que ce genre de relève est inéluctable. Juste une question de temps. Ici, la nature a tout son temps, justement... J'imagine également que l'équipe sortante (et – donc – reconduite) a dignement fêté sa victoire. Chez certains partisans, la nuit a dû être longue, voire passablement arrosée (Quelqu'un connaît-il la chanson "Chasse, pêche et tire-bouchon", de mon amie Flavia Perez ? ...).

C'est là que ça se passe : le lendemain je me suis aperçu de ce que quelques-uns de ces intrépides militants avaient eu une drôle d'idée… En effet, à l'image de beaucoup de mes concitoyens, j'ai eu la surprise de découvrir, dès le fameux "lendemain de la victoire", une espèce de guirlande composée de vieux vêtements accrochés à des cintres, guirlande stratégiquement implantée bien en face de la mairie, contre le monument aux morts. Inratable. De loin, j'ai trouvé l'idée excellente, me disant "Tiens, une espèce de happening, d'installation artistique, annonçant sûrement un quelconque événement culturel ...(exposition, pièce de théâtre… que sais-je encore ?)"._

 

Quel naïf indécrottable je fais ! La vérité était beaucoup moins drôle, figurez-vous qu'il s'agissait juste d'une mise en scène au goût douteux, destinée uniquement à faire enrager les perdants au vu et au su de tous. L'idée aurait pu m'être sympathique… si elle n'avait été traitée de manière aussi... disons pesante. Imaginez : sur nombre de ces vêtements, nos joyeux animateurs de noces et banquets n'avaient pas trouvé mieux que d'accrocher des pancartes pour railler chacun des membres de la liste battue qui venait, donc, de "prendre une veste", en inventant à chaque fois une blague oiseuse à partir de… son nom ! Comme dans les cours de récréation, on cherchait à l'évidence à atteindre (plus ou  moins consciemment) l'autre là où ça le touche le plus, c'est-à-dire au niveau de son identité… _


Un village,
C'est ce bloc unanime
A tirer grise mine
A l´étranger au clan,
Un village,
C´est l´idiot, que lapident
Les notaires placides
Qui passent en ricanant...

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On croyait rêver… mais sur un mode très nettement  "Very bad trip"… Je n'ai pas pu m'empêcher alors de penser à l'aphorisme attribué à Albert Einstein : "Il n’y a que deux choses qui soient infinies: l’univers et la bêtise humaine. Et encore, pour l’univers, je ne suis pas sûr". Ne possédant pas les connaissances de cet illustre monsieur, j'ignore totalement pour ma part si la bêtise humaine est infinie ou pas... En revanche, quelque-chose me dit qu'elle est beaucoup plus insondable que les fonds des océans cités plus haut... Si j'avais eu les "auteurs" de cette pantomime en face de moi, je leur aurais peut-être fait part de ma consternation… et à la réflexion peut-être pas, tant j'aurais craint de m'entendre rétorquer… que je manque d'humour !

Depuis lors, j'ai appris que des comportements tout aussi affligeants s'étaient produits un peu partout dans d'autres communes, ici et là. Certains d'entre eux sont infiniment plus préoccupants que celui que je viens de rapporter ici, et d'une certaine façon je me réjouis (si l'on peut dire), disons "en creux", du côté "potache" et somme toute relativement inoffensif de cette blagounette aux allures de canular pour amateurs de noces et banquets. À la réflexion, je me demande carrément s'il en existe des municipalités ayant échappé à ce genre de manifestations si peu glorieuses…

Un village,
Pas plus qu´une ville,
N´est cet îlot tranquille
Que je croyais pourtant
Un village,
C´est, grossi à la loupe
Une harde ou un groupe
De petits commerçants...

Allons, ne soyons pas trop pessimistes. De plus en plus, un peu partout, dans le monde, des voix s'élèvent pour faire la promotion des comportements inspirés par la bienveillance et la coopération, et pour tenter de nous ouvrir les yeux sur l'inanité des comportements ayant pour base la malveillance et l'esprit de compétition (lorsque celle-ci prend tous les aspects d'une lutte à mort), en pointant du doigt ce qu'elles ont de plus délétère, tant pour les personnes visées, que pour les auteurs de ces comportements eux-mêmes, et pour finir pour l'humanité tout entière, à bien y réfléchir.

Mais bon... le moins qu'on puisse dire, c'est qu'il y a encore du boulot, vous ne trouvez pas  ?

Tiens, je vous laisse admirer la magnifique photo de campagne publiée il y a peu par… l'équipe en place, donc.

conseil municipal posant pour une photo de classe (enfin, si l'on peut dire)

Le conseil municipal de mon village posant pour une photo de classe (si l'on peut dire)

Pour ce qui me concerne, j'assume parfaitement n'être qu'un vieux gamin, surtout après l'avoir tant de fois clamé haut et fort dans ces lignes. En même temps, force m'est de constater avec désarroi qu'on ne peut être jeune qu'une fois… mais immature toute sa vie.

Bien à vous,

Bernard

PS : Les incises sont extraites de la chanson "Un village" d'Henri Tachan, dont on peut lire l'intégralité des paroles ici et entendre la musique . Merci à Omer Sainte, ami de longue date sans qui je ne connaitrais pas ce morceau...

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Nous sommes tous obnubilés par le désir d’arranger les choses…

Douglas Kennedy - Quitter le monde

left_guillemet._transNous sommes tous obnubilés par le désir d'arranger les choses, au point de nous persuader que nous sommes capables de rectifier le cours de la vie. "Jeter des ponts", "tendre la main", "arrondir les angles" : le lexique de l'Amérique moderne est hanté par le besoin de réconciliation, car nous sommes "le pays où tout est possible", pas vrai ?

Nous nous faisons fort d'esquiver la tragédie, de combler l'abîme insurmontable qui se creuse si souvent entre les êtres humains, de comprendre l'incompréhension... Le point faible de cet optimisme entêté, c'est le refus de reconnaître qu'il existe en effet des divergences insolubles, des tensions insolubles, d'accepter que malgré toute notre bonne volonté nous ne pouvons pas corriger tout ce qui a mal tourné, terriblement mal tourné...right_guillemet_trans

Douglas Kennedy, "Quitter le monde", 2009, Belfond, p. 287

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Les émotions ont toutes une fonction bien précise

Bonjour.

J'ai récemment lu un article de la journaliste et blogueuse Sandra Coutoux intitulé L'art d'être triste". Dans ce très intéressant billet (il y a aussi des commentaires bouleversants...), il était question de "laisser libre cours" à une tristesse lorsqu'elle nous envahit, afin de nous permettre d'aller dans une sorte d'acceptation libératrice.

A mes yeux, on ne peut qu'être d'accord avec l'idée qu'il ne sert à rien de mettre sa tristesse au fond de sa poche, avec un mouchoir par-dessus… Les émotions sont comme l'eau  – et encore plus lorsqu'il y a présence de larmes – en ceci qu'elles finissent toujours par ressurgir d'une manière ou d'une autre lorsqu'on tente maladroitement de les endiguer.

Accueillir nos émotions...

Nous avons donc tout intérêt à accueillir, accepter nos émotions, donc. Pas de souci là-dessus. En revanche, il me semble qu'il y a au moins deux types de circonstances où on est triste (pour rester sur l'exemple de la tristesse):

Le premier est lié à un deuil. Deuil au sens large, perte de quelqu'un ou de quelque-chose, fin d'une étape de notre vie, séparation, renoncement, etc. En pareil cas, il me paraît bénéfique pour soi de chercher à identifier l'origine de la tristesse. Ce n'est qu'à ce prix que les larmes peuvent donner naissance à quelque-chose de positif pour nous.

L'irremplaçable Elisabeth Kübler-Ross...

La célèbre psychologue Elisabeth Kübler-Ross (1926-2004) pionnière de l'approche des soins palliatifs pour les personnes en fin de vie, et également pour leurs proches, a très bien décrit les différentes étapes qui doivent être franchies pour opérer une véritable transmutation personnelle (révolution intérieure, dirait sans doute Sandra... 😉 ) en cas de deuil. Elle a travaillé quasi exclusivement sur des cas dramatiques impliquant la mort (la nôtre, ou celle d'un de nos proches), mais je fais partie des nombreuses personnes persuadées qu'on peut se nourrir avec profit des écrits d'Elisabeth Kübler-Ross dans des cas infiniment plus anodins (du moins en apparence…) dans lesquels intervient ne serait-ce qu'une "petite mort symbolique". Sans compter que tout deuil vécu nous renvoie inéluctablement à nos deuils passés.

Ainsi, certaines personnes vont consulter un thérapeute au motif que "…ce n'est pas normal de pleurer la perte d'un animal de compagnie pendant si longtemps", et découvrent bien vite qu'en fait elles ne s'étaient pas autorisées à pleurer leur défunt mari trente années auparavant, au motif "…qu'il fallait bien trouver un moyen de nourrir les enfants et que ce n'était pas le moment de se laisser abattre"… A l'image des trains, un deuil peut très bien en cacher un autre…

Identifions donc la source de notre tristesse, et nous trouverons forcément un chemin… un chemin qui peut être long, douloureux, mais enfin un chemin.

Les états dépressifs

Le deuxième type de circonstance provoquant une tristesse est lié à… un état dépressif. Par exemple, nous avons dû faire face à plusieurs événements ayant provoqué une tristesse, et nous avons comme attrapé une "pathologie de la tristesse", si bien que nous avons acquis la faculté d'être "triste sans raison". Bien entendu je schématise… Si je suis triste sans raison pendant quelques heures, c'est peut-être que je n'ai tout simplement pas identifié la véritable raison, et peut-être est-ce sans importance… Mais si je continue ainsi pendant plusieurs jours, semaines, voire plus, c'est peut-être – je dis bien peut-être – que j'ai "attrapé la tristesse" comme d'autres attrapent un rhume, et que j'ai besoin de consulter un spécialiste pour m'aider à m'en défaire.

A mes yeux, toutes les émotions ont une fonction bien particulière. Ainsi, la fonction de la tristesse est de nous aider à faire un deuil (au sens large). Cette émotion est donc "adaptée" lorsqu'il y a perte, séparation, renoncement (fût-ce à un rêve ou à une illusion…).

Histoires de contextes

Mais il me semble qu'il peut également exister des contextes où une émotion n'est PAS adaptée. Je ne sais pas si vous vous souvenez du film "Le grand chemin", et particulièrement de la scène où Richard Bohringer crie à Anémone "Mais ça fait des années que tu pleures… y'en a marre à la fin, tu dois bien y trouver ton compte d'une manière ou d'une autre !".

Pour qui se souvient du film, et des circonstances dans lesquelles ce couple avait toutes les raisons de pleurer, il est difficile d'imaginer qu'un "bar à larmes" (lieu de réconfort imaginé par Sandra dans son article) aurait été d'un quelconque secours à cette malheureuse femme… bien au contraire. Toujours ces histoires d'enfers pavés de bonnes intentions... Soyons-y attentifs !

Et si nous croisions les fonctions et les contextes ?

Ainsi, les émotions ont toutes une fonction bien précise. Et sont donc "appropriées" à chaque fois que cette fonction "a de quoi être remplie", autrement dit, lorsque le contexte s'y prête. Attention, cela n'a rien à voir avec ce qui est socialement admis ou pas. Je parle juste ici d'écologie personnelle (Qu'est-ce que j'y gagne… Qu'est-ce que j'y perds… Où cela mène-t-il ?). De la même façon, lorsque cette fonction n'est pas remplie, ayons le courage d'admettre que des émotions peuvent ne pas être adaptées au contexte, et que nous avons besoin de nous faire aider par une personne qui saura vraiment nous aider à "passer à autre chose". Et si la bienveillance de nos proches n'y suffit pas, ayons le courage d'aller consulter un spécialiste (après tout, si ma voiture tombe en panne, je trouve normal d'aller la confier à un garagiste... ce qui ne veut pas dire "n'importe quel garagiste"... mais au-delà d'un certain stade, c'est nettement préférable au "copain qui s'y connait un peu en mécanique"...).

Tableau des émotions

Voici un tableau répertoriant quatre émotions. Ce sont les émotions dites "principales", celles qui sont considérées comme mères de toutes les autres par plusieurs auteurs… Mais il n'y a pas de limite, et vous pouvez vous essayer à compléter ce tableau à l'infini, en y rajoutant d'autres exemples de votre choix.

Encore une fois, il n’y a pas de « bonne » ou de « mauvaise » émotion en soi. Il en va des émotions comme il en va des attitudes (si une guêpe se pose sur mon bras, la passivité – eh oui, la passivité ! – sera probablement une attitude adaptée... de la même façon, il est le plus souvent salutaire pour soi et les autres de se montrer "psychorigide" lorsqu'on est arrêté par un feu rouge !).

De la même façon, une émotion peut très bien être adaptée (...ou pas !) par rapport au contexte, comme le montre le tableau suivant. En pareil cas, cette émotion a en général une fonction bien précise, qu'il peut être bon de connaître. En revanche, si vous avez une tendance marquée à ressentir de manière récurrente une de ces quatre émotions en l’absence de circonstances décrites dans la colonne "Contexte", c’est peut-être un signe plus alarmant... Tout est expliqué dans le document ci-dessous. à vous de voir :

Tableau des émotions - Cliquez pour agrandir

Cliquez sur l'image pour l'agrandir

Les émotions toxiques

Il y a une chose qui me chagrine particulièrement, c'est de penser à toutes les personnes qui passent toute une vie en proie à une émotion "toxique" pour eux et/ou leur entourage.

insupportable...Ainsi, vivre toute une vie de tristesse est peut-être le signe d'état chronique dépressif. Vivre toute une vie de colère est peut-être le signe d'état chronique agressif. Vivre toute une vie de peur est peut-être un signe d'angoisse, ou pire d'anxiété pathologique. Quant à vivre toute une vie de joie, cela peut très bien être le signe que vous êtes un être exceptionnel ayant atteint le dernier degré de la sagesse… ou encore que vous êtes atteint du syndrome du "ravi de la crèche"…

émotions 6 masques 547 x 432

Toujours pareil... d'excellents auxiliaires peuvent faire de très mauvais maîtres !

Sachons donc écouter nos émotions, elles ont toujours quelque-chose d'utile à nous apprendre… sans jamais oublier que si les émotions constituent d'excellents auxiliaires (à écouter avec la plus grande attention), elles font toutefois de très mauvais maîtres !

Bien à vous,

Bernard

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Le jeu «Avez-vous des questions ?» La pêche miraculeurse [ressource pédagogique]

5 questions pur des champoions - vue de la célèbre émission TV

La plus grande difficulté dans ce monde, ce n’est pas notre capacité à produire, mais notre réticence à partager.  [ Roy Lemon Smith]

Cet article a précédemment été publié par l'auteur, sous une forme légèrement différente, chez Joueb, puis chez WordPress.

Cinq questions pour des champions

Voici un fantastique jeu pédagogique auquel je me suis souvent livré auprès d’un public d’adultes en situation de formation. Il a été inventé par l’américain d’origine indienne Sivasailam Thiagarajan  (dont il a été plusieurs fois question sous ces lignes), alias Thiagi, génial découvreur du concept des « jeux cadres ».

Les français appellent le plus souvent ce jeu Question à foison», ou encore « Cinq questions pour des champions». En voici le principe. Lire plus

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Rapports parents-enseignants-élèves : Lettre d’Abraham Lincoln au professeur de son fils

Les rapports entre parents, enseignants et élèves sont une chose qui ne va pas de soi. De plus en plus souvent, ils finissent par prendre la forme ce qu'on appelle un triangle dramatique. Force est de constater que de nos jours l'enseignement est de moins en moins sacralisé, et à plus forte raison les enseignants...

Sans nous en rendre compte, presque sans transition, nous nous sommes brutalement retrouvés plongés dans une époque singulière à bien des égards. Il n'est pas si loin de nous, ce temps où les parents d'élèves avaient pour habitude de "doubler le tarif" de la moindre sanction infligée à leur progéniture sans même prendre la peine de savoir de quoi il retournait, par un réflexe de solidarité sans faille envers l'instituteur, qui se retrouvait de ce fait investi de tous les pouvoirs.

Aujourd'hui, il semble que nous ayons basculé sur une toute autre planète. Ainsi que l'écrivait Jean-Paul Delevoye, le médiateur de la république dans son dernier rapport, «[...] nous sommes entrés dans de nouveaux rapports aux autresOn veut tout, tout de suite. On a du mal à se soumettre aux règles du collectif. Alors, des tensions binaires apparaissent partout :  magistrats-justiciables ; soignants-soignés... professeurs-élèves ».

Interrogé à plusieurs reprises sur ce dernier point,Jean-Paul Delevoye a déclaré en substance qu' en tant que parents, notre vision de l'enseignement et le regard que nous portons sur les enseignants a tellement changé qu'aujourd'hui nous n'attendons plus nécessairement d'un enseignant qu'il soit pédagogue, mais plutôt qu'il "mette 20 sur 20 à notre enfant, afin que celui-ci soit mieux armé à affronter la dure vie qui l'attend"... Tout est dit.

Ainsi, ce pauvre enseignant est de plus en plus souvent considéré comme un simple prestataire de services, censé tenir le plus grand compte de la moindre de nos injonctions qu'il devrait appliquer sur le champ sans discussion possible. Ce n'est pas difficile de l'imaginer : certains d'entre eux reçoivent ainsi des courriers de parents contenant les requêtes les plus surréalistes qui soient.

Autres temps, autres mœurs... Maintenant, si vous le voulez bien, je vous propose un voyage dans le passé, un saut de plusieurs générations allant... jusqu'au XIXe siècle. Vous trouverez sous ces lignes la transcription d'une lettre qui aujourd'hui peut sembler étrange à bien des égards. Elle aurait été expédiée par Abraham Lincoln (1809-1965), 16e président des États Unis, à l'attention du professeur de son fils. Je vous laisse découvrir ça :

left_guillemet._transIl aura à apprendre, je sais, que les hommes ne sont pas tous justes, ne sont pas tous sincères.

Mais enseignez-lui aussi que pour chaque canaille il y a un héros; que pour chaque politicien égoïste, il y a un dirigeant dévoué…

Enseignez-lui que pour chaque ennemi il y a un ami.

Éloignez-le de l'envie, si vous pouvez, enseignez-lui le secret d'un rire apaisé.

Qu’il apprenne de bonne heure que les despotes sont les plus faciles à flatter…

Enseignez-lui, si vous pouvez, les merveilles des livres…

Mais laissez-lui un peu de temps libre pour considérer le mystère éternel des oiseaux dans le ciel, des abeilles au soleil, et des fleurs au flanc d’un coteau vert.

À l'école, enseignez-lui qu’il est bien plus honorable d'échouer que de tricher…

Apprenez-lui à avoir foi en ses propres idées, même si tout le monde lui dit qu’elles sont erronées…

Apprenez lui à être doux avec les doux, et dur avec les durs.

Essayez de donner à mon fils la force de ne pas suivre la foule quand tout le monde se laisse entraîner…

Apprenez-lui à écouter tous les hommes mais apprenez-lui aussi à filtrer tout ce qu'il entend à travers l’écran de la vérité, et à en recueillir seulement les bonnes choses qui passent à travers.

Apprenez-lui si vous pouvez, à rire quand il est triste…

Apprenez-lui qu’il n'est aucune honte à pleurer.

Apprenez-lui à se moquer des cyniques et à prendre garde devant une douceur excessive…

Apprenez-lui à vendre ses muscles et son cerveau au plus haut prix, mais à ne jamais fixer un prix à son cœur et à son âme.

Apprenez-lui à fermer les oreilles devant la foule qui hurle et à se tenir ferme et combattre s'il pense avoir raison.

Traitez-le doucement, mais ne le dorlotez pas, parce que seule l’épreuve du feu forme un acier fin.

Qu’il ait le courage d'être impatient et la patience d’être courageux.

Apprenez-lui toujours à avoir une immense confiance en lui-même, parce que dès lors, il aura une immense confiance envers l'Humanité.

C'est une grande exigence, mais voyez ce que vous pouvez faire…

Il est un si bon garçon, mon fils !right_guillemet_trans

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Nous sommes tous des aveugles à l’intérieur d’une boîte noire

Le 12 janvier 2002, je démarrais un cursus de développement personnel qui allait durer deux années, lesquelles comptent encore aujourd'hui parmi les plus importantes de ma vie. Ce jour-là, nous étions une vingtaine d'inconnus réunis autour d'une animatrice qui nous expliquait (entre autres) que le développement personnel est une chose qui permet à chacun d'entre nous de devenir plus tolérant.

Ben tout de même, si j'avais besoin d'être plus tolérant, je m'en serais rendu compte, non …?

"Tolérant ? Quel besoin ai-je de devenir plus tolérant ? Je n'ai pour ma part aucun problème avec la tolérance. La preuve : lorsque je dépose un bulletin de vote dans une urne, je ne donne jamais mes suffrages aux candidats populistes !"

…Voilà ce que je me souviens fort bien avoir pensé à ce moment-là, sans rire. Par la suite, les occasions de me remémorer cet épisode en étant rouge de confusion ont n'ont pas manqué. Elles ont été fort nombreuses et riches d'enseignements, je n'ai pas peur de l'avouer.

En effet, chacun d'entre nous estime le plus souvent être tout naturellement pourvu d'une espèce de "juste milieu" en matière de tolérance, comme il en va de même à propos de nombreux autres sujets. Oui, j'écris "juste milieu" parce que, n'est-ce pas, il ne faut pas exagérer non plus, pas vrai ?

"Ah, ces américains…"

Prenons un exemple de flagrant délit d'intolérance ordinaire : combien de fois n'ai-je pas entendu proférer de jugements définitifs et à l'emporte-pièce à propos des américains (comprenez "états-uniens") ? En effet, il m'est arrivé d'entendre certaines personnes affirmer tranquillement et sans faire dans la dentelle que "Les américains sont ceci… les américains sont cela…". Et quand je m'en étonne, en demandant "...Ah bon, TOUS les américains ?", mes interlocuteurs me regardent en général d'un air désolé, comme s'ils avaient affaire à un non comprenant, et admettent du bout des lèvres que certes, il "y en a des bien", mais que bon, ce n'est certes pas le cas de la majorité sinon "ça se saurait"

Le pire, c'est que ces tristes sires ne se rendent même pas compte qu'il suffirait de reprendre leurs propres paroles, sans en changer une virgule, sauf à troquer "américains" par un bon nombre d'autres nationalités ou ethnies pour les faire hurler au loup, et les propulser derechef dans une forme d'activisme contre l'intolérance et l'étroitesse d'esprit qui, décidément, gangrènent de plus en plus les esprits par les temps qui courent, ma pauvre dame…

Ah… si seulement vous connaissiez le mien…

Will

Le plus drôle c'est qu'il se trouve que j'ai précisément en stock (…que l'intéressé veuille bien me pardonner cette affectueuse familiarité) un américain qui se trouve justement être une des personnes les plus tolérantes de ma connaissance. Mieux : ce garçon fait souvent preuve d'un rare mélange d'intelligence, de sensibilité et de hauteur de vue qui force le respect. Et je ne vous dis rien de sa gentillesse.

Permettez-moi de vous présenter Will, donc. Will est un retraité américain qui a exercé la profession de sociologue pensant sa vie active. Il vit aujourd'hui en France, à Toulouse, depuis déjà pas mal d'années. Il consacre une grande partie de ses loisirs à l'entretien et au pilotage d'un avion minuscule absolument hallucinant (genre de "voiture sans permis" des airs, si vous voulez). Il passe également beaucoup de temps dans diverses lectures, ainsi que sur le net, où il se documente sur tout un tas de sujets (dont la moitié m'échappe totalement 🙂 ).

Une newsletter qui est aussi une pépite

Régulièrement, Will expédie à une brochette de compatriotes avec lesquels il a gardé le contact un mail (sorte de newsletter, si on veut) dans lequel il note ses propres impressions sur divers sujets concernant notre pays, nos mœurs, l'actualité internationale, ou encore d'une manière générale tout ce qui est dans l'air du temps ou lui vient à l'esprit…

Et il se trouve qu'à ma demande Will m'a fait l'amitié de me compter parmi les destinataires de sa newsletter, dont j'apprécie beaucoup chaque livraison, et qui à mes yeux donne un éclairage souvent révélateur sur un grand nombre de nos travers, petits et grands. J'aimerais tellement que cette newsletter se transforme un jour en blog, afin qu'elle puisse être lue par une audience beaucoup plus large… mais pour l'instant l'intéressé (à qui j'ai timidement suggéré de le faire) se trouve très bien ainsi (que pouvons-nous y faire ? A mon avis, pas grand-chose… tant pis pour nous, donc !).

Le tout dernier numéro est un collector !

La dernière livraison de Will m'a particulièrement frappé. Car c'est tout simplement une perle du genre, à tel point que je n'ai pas pu résister au plaisir d'en faire une traduction en français, pour pouvoir la faire figurer au milieu de ces lignes et vous en faire ainsi profiter. Ayant obtenu son accord, je propose donc sans plus attendre que nous lui laissions la parole.


Le texte de Will :

Bonjour. Il y a quelques mois lors d'une fête d'anniversaire donnée à Paris pour une cousine par alliance, j'ai fait la connaissance d'un universitaire aveugle. J'ai apprécié de rencontrer Jacques parce qu'il a fait des recherches considérables dans l'action non violente en Europe et ailleurs. J'ai aussi appris qu'il a eu une activité de chercheur post doctoral avec un groupe associé à Gene Sharp, à Harvard.

Je possède toute une collection de livres de Gene, avec qui j'ai échangé plusieurs e-mails. J'ai même encouragé son Institution Albert Einstein. Son site Web, plusieurs publications et ateliers proposent des conseils pratiques sur les tactiques et les stratégies de l'action non violente à destination de nombreuses organisations à travers le monde, et plus particulièrement les soulèvements en Europe de l'Est après la chute de l'Union Soviétique et les printemps arabes, mais aussi pour des groupes comme "occupy".

Le voyage de Jacques à travers la cécité

Depuis cette soirée, j'ai acheté l'autobiographie de Jacques, dans laquelle il détaille son voyage à travers la cécité. Il a en effet appris dès l'adolescence que sa vue baissait au point qu'il deviendrait aveugle un jour, mais on ne savait pas combien de temps le processus durerait. En tant qu'universitaire, Jacques se mit à réfléchir sur ce qui se passait pour lui au fil des années. Il avait la fin de la trentaine quand il a fini par perdre complètement la vue.

Au milieu du livre, Jacques déclare qu'il n'aime pas le mot "handicapé". Comme il le souligne, c'est un terme assez vide de sens quand il est employé en dehors d'un contexte précis. En effet, nous sommes tous "handicapés" d'une manière ou d'une autre à différents moments. Pour ma part, j'étais – par exemple – très handicapé au niveau de la langue française à mon arrivée en France.

Où il est question d'une boîte noire…

Plus loin dans le livre, Jacques décrit sa cécité croissante en expliquant que c'est un peu comme "vivre dans une boîte". Comme il ne peut pas voir, il ne sait souvent pas ce qui existe de l'autre côté des murs noirs et vides qui l'entourent. Des choses aussi simples que le fait de voir les gestes du corps des gens et leurs expressions faciales, lesquelles nous donnent autant d'indices pour déterminer le véritable sens d'une parole, sont comme "en dehors de la boîte" pour Jacques.

C'est pareil pour nous !

Alors que je repensais à la situation de Jacques, j'ai pris conscience de ceci : d'une certaine façon, ce que Jacques vit et décrit se vérifie bel et bien pour chacun d'entre nous tous dans un grand nombre de circonstances. Le parcours et le penchant, disons "académique" de Jacques lui procurent d'une certaine manière une conscience accrue de l'expérience et de ses implications, par rapport à la plupart d'entre nous. J'ai été enchanté de découvrir à la fin du livre que Jacques fait un lien entre son expérience progressive de la cécité et l'expérience consistant à vivre dans une nouvelle culture (mon expérience, en fait).

Nous vivons tous dans des boîtes culturelles qui nous empêchent de voir les pans entiers de la réalité qui nous entoure, mais la plupart d'entre nous ne sommes jamais conscients de l'existence même de ces boîtes. Nous ne savons pour ainsi dire jamais à quel point la simple capacité de voir nous rend pour ainsi dire "aveugles" à d'autres types d'expériences. Il en va de même pour la manière dont la cécité permet d'ouvrir les portes à d'autres aspects de la réalité : les odeurs, les sons et le toucher constituent tout autant de moyens d'augmenter notre perception et notre mémoire. De la même façon, le fait de découvrir une autre culture permet de prendre conscience d'un certain nombre de "boîtes culturelles" et ouvre les portes à d'autres façons de voir, d'entendre et de sentir.

Devenir français…

Tout comme Jacques a beaucoup appris de son expérience en devenant aveugle, j'ai de mon côté beaucoup appris de l'expérience consistant à "devenir français". Jacques est devenu plus conscient des boîtes qui limitent toutes nos perceptions, et, dans sa prise de conscience, il s'est trouvé en mesure de repousser les murs de certains de ces boîtes. C'est l'avantage d'une vie consacrée à la réflexion.

Faut-il être stupide, égoïste et muet pour être heureux ?

On entend parfois dire qu'être "stupide, égoïste et muet" résume les trois conditions essentielles au bonheur, ou encore que "l'ignorance est une bénédiction", mais le monde et la vie ont beaucoup plus à offrir à ceux qui, comme Jacques, prennent conscience de leurs propres limites et travaillent à repousser les bords de leurs propres boîtes. Nous ne pourrons jamais échapper aux boîtes, mais nous pouvons jeter un coup d'œil sur les bords et tâcher d'en repousser les murs.

Profitez des merveilles de vos boîtes, mais jetez aussi un œil sur les bords de temps en temps, et, ce faisant, devenez un peu plus conscients de l'infinie beauté de l'univers.

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