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Les émotions ont toutes une fonction bien précise

Bonjour.

J’ai récemment lu un article de la journaliste et blogueuse Sandra Coutoux intitulé « L’art d’être triste« . Dans ce très intéressant billet (il y a aussi des commentaires bouleversants…), il était question de « laisser libre cours » à une tristesse lorsqu’elle nous envahit, afin de nous permettre d’aller dans une sorte d’acceptation libératrice.

A mes yeux, on ne peut qu’être d’accord avec l’idée qu’il ne sert à rien de mettre sa tristesse au fond de sa poche, avec un mouchoir par-dessus… Les émotions sont comme l’eau  – et encore plus lorsqu’il y a présence de larmes – en ceci qu’elles finissent toujours par ressurgir d’une manière ou d’une autre lorsqu’on tente maladroitement de les endiguer.

Accueillir nos émotions…

Nous avons donc tout intérêt à accueillir, accepter nos émotions, donc. Pas de souci là-dessus. En revanche, il me semble qu’il y a au moins deux types de circonstances où on est triste (pour rester sur l’exemple de la tristesse):

Le premier est lié à un deuil. Deuil au sens large, perte de quelqu’un ou de quelque-chose, fin d’une étape de notre vie, séparation, renoncement, etc. En pareil cas, il me paraît bénéfique pour soi de chercher à identifier l’origine de la tristesse. Ce n’est qu’à ce prix que les larmes peuvent donner naissance à quelque-chose de positif pour nous.

L’irremplaçable Elisabeth Kübler-Ross…

La célèbre psychologue Elisabeth Kübler-Ross (1926-2004) pionnière de l’approche des soins palliatifs pour les personnes en fin de vie, et également pour leurs proches, a très bien décrit les différentes étapes qui doivent être franchies pour opérer une véritable transmutation personnelle (révolution intérieure, dirait sans doute Sandra… ;-) ) en cas de deuil. Elle a travaillé quasi exclusivement sur des cas dramatiques impliquant la mort (la nôtre, ou celle d’un de nos proches), mais je fais partie des nombreuses personnes persuadées qu’on peut se nourrir avec profit des écrits d’Elisabeth Kübler-Ross dans des cas infiniment plus anodins (du moins en apparence…) dans lesquels intervient ne serait-ce qu’une « petite mort symbolique ». Sans compter que tout deuil vécu nous renvoie inéluctablement à nos deuils passés.

Ainsi, certaines personnes vont consulter un thérapeute au motif que « …ce n’est pas normal de pleurer la perte d’un animal de compagnie pendant si longtemps », et découvrent bien vite qu’en fait elles ne s’étaient pas autorisées à pleurer leur défunt mari trente années auparavant, au motif « …qu’il fallait bien trouver un moyen de nourrir les enfants et que ce n’était pas le moment de se laisser abattre »… A l’image des trains, un deuil peut très bien en cacher un autre…

Identifions donc la source de notre tristesse, et nous trouverons forcément un chemin… un chemin qui peut être long, douloureux, mais enfin un chemin.

Les états dépressifs

Le deuxième type de circonstance provoquant une tristesse est lié à… un état dépressif. Par exemple, nous avons dû faire face à plusieurs événements ayant provoqué une tristesse, et nous avons comme attrapé une « pathologie de la tristesse », si bien que nous avons acquis la faculté d’être « triste sans raison ». Bien entendu je schématise… Si je suis triste sans raison pendant quelques heures, c’est peut-être que je n’ai tout simplement pas identifié la véritable raison, et peut-être est-ce sans importance… Mais si je continue ainsi pendant plusieurs jours, semaines, voire plus, c’est peut-être – je dis bien peut-être – que j’ai « attrapé la tristesse » comme d’autres attrapent un rhume, et que j’ai besoin de consulter un spécialiste pour m’aider à m’en défaire.

A mes yeux, toutes les émotions ont une fonction bien particulière. Ainsi, la fonction de la tristesse est de nous aider à faire un deuil (au sens large). Cette émotion est donc « adaptée » lorsqu’il y a perte, séparation, renoncement (fût-ce à un rêve ou à une illusion…).

Histoires de contextes

Mais il me semble qu’il peut également exister des contextes où une émotion n’est PAS adaptée. Je ne sais pas si vous vous souvenez du film « Le grand chemin », et particulièrement de la scène où Richard Bohringer crie à Anémone « Mais ça fait des années que tu pleures… y’en a marre à la fin, tu dois bien y trouver ton compte d’une manière ou d’une autre ! ».

Pour qui se souvient du film, et des circonstances dans lesquelles ce couple avait toutes les raisons de pleurer, il est difficile d’imaginer qu’un « bar à larmes » (lieu de réconfort imaginé par Sandra dans son article) aurait été d’un quelconque secours à cette malheureuse femme… bien au contraire. Toujours ces histoires d’enfers pavés de bonnes intentions… Soyons-y attentifs !

Et si nous croisions les fonctions et les contextes ?

Ainsi, les émotions ont toutes une fonction bien précise. Et sont donc « appropriées » à chaque fois que cette fonction « a de quoi être remplie », autrement dit, lorsque le contexte s’y prête. Attention, cela n’a rien à voir avec ce qui est socialement admis ou pas. Je parle juste ici d’écologie personnelle (Qu’est-ce que j’y gagne… Qu’est-ce que j’y perds… Où cela mène-t-il ?). De la même façon, lorsque cette fonction n’est pas remplie, ayons le courage d’admettre que des émotions peuvent ne pas être adaptées au contexte, et que nous avons besoin de nous faire aider par une personne qui saura vraiment nous aider à « passer à autre chose ». Et si la bienveillance de nos proches n’y suffit pas, ayons le courage d’aller consulter un spécialiste (après tout, si ma voiture tombe en panne, je trouve normal d’aller la confier à un garagiste… ce qui ne veut pas dire « n’importe quel garagiste »… mais au-delà d’un certain stade, c’est nettement préférable au « copain qui s’y connait un peu en mécanique »…).

Tableau des émotions

Voici un tableau répertoriant quatre émotions. Ce sont les émotions dites « principales », celles qui sont considérées comme mères de toutes les autres par plusieurs auteurs… Mais il n’y a pas de limite, et vous pouvez vous essayer à compléter ce tableau à l’infini, en y rajoutant d’autres exemples de votre choix.

Encore une fois, il n’y a pas de « bonne » ou de « mauvaise » émotion en soi. Il en va des émotions comme il en va des attitudes (si une guêpe se pose sur mon bras, la passivité – eh oui, la passivité ! – sera probablement une attitude adaptée… de la même façon, il est le plus souvent salutaire pour soi et les autres de se montrer « psychorigide » lorsqu’on est arrêté par un feu rouge !).

De la même façon, une émotion peut très bien être adaptée (…ou pas !) par rapport au contexte, comme le montre le tableau suivant. En pareil cas, cette émotion a en général une fonction bien précise, qu’il peut être bon de connaître. En revanche, si vous avez une tendance marquée à ressentir de manière récurrente une de ces quatre émotions en l’absence de circonstances décrites dans la colonne « Contexte », c’est peut-être un signe plus alarmant… à vous de voir :

 

CONTEXTE
(adaptée lorsqu’il y a…)
FONCTION
(Ça sert à…)

Tristesse

Perte / Séparation / Renoncement (…à un rêve, une illusion…) Faire le deuil

Colère

Attaque dans nos valeurs / Injustice / Frustration Défendre nos valeurs, défendre notre intégrité, nous affirmer

Peur

Danger / Inconnu Se préparer, anticiper, fuir

Joie

Satisfaction / Plaisir / Amour / Harmonie Se relier, éprouver un sentiment d’appartenance

Les émotions toxiques

Il y a une chose qui me chagrine particulièrement, c’est de penser à toutes les personnes qui passent toute une vie en proie à une émotion « toxique » pour eux et/ou leur entourage.

insupportable...Ainsi, vivre toute une vie de tristesse est peut-être le signe d’état chronique dépressif. Vivre toute une vie de colère est peut-être le signe d’état chronique agressif. Vivre toute une vie de peur est peut-être un signe d’angoisse, ou pire d’anxiété pathologique. Quant à vivre toute une vie de joie, cela peut très bien être le signe que vous êtes un être exceptionnel ayant atteint le dernier degré de la sagesse… ou encore que vous êtes atteint du syndrome du « ravi de la crèche »…

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Toujours pareil… d’excellents auxiliaires peuvent faire de très mauvais maîtres !

Sachons donc écouter nos émotions, elles ont toujours quelque-chose d’utile à nous apprendre… sans jamais oublier que si les émotions constituent d’excellents auxiliaires (à écouter avec la plus grande attention), elles font toutefois de très mauvais maîtres !

Bien à vous,

Bernard

Le jeu «Avez-vous des questions ?» La pêche miraculeurse [ressource pédagogique]

5 questions pur des champoions - vue de la célèbre émission TV

La plus grande difficulté dans ce monde, ce n’est pas notre capacité à produire, mais notre réticence à partager.  [ Roy Lemon Smith]

Cet article a précédemment été publié par l’auteur, sous une forme légèrement différente, chez Joueb, puis chez WordPress.

Cinq questions pour des champions

Voici un fantastique jeu pédagogique auquel je me suis souvent livré auprès d’un public d’adultes en situation de formation. Il a été inventé par l’américain d’origine indienne Sivasailam Thiagarajan  (dont il a été plusieurs fois question sous ces lignes), alias Thiagi, génial découvreur du concept des « jeux cadres ».

Les français appellent le plus souvent ce jeu Question à foison», ou encore « Cinq questions pour des champions». En voici le principe.

« Le sujet que nous abordons aujourd’hui est ardu… J’ai peur que mes participants décrochent…»

Imaginez plutôt : Vous savez que vous devez effectuer une intervention de type  « cours magistral » sur un sujet plutôt ardu, abstrait, complexe. Et comme vous n’êtes pas du genre enseignant autiste (ne riez pas, j’en ai rencontré !), vous savez pertinemment que vos apprenants risquent fort de « décrocher » au bout d’une à deux heures…

…Et encore je suis optimiste (interrogez n’importe quel médecin sur les véritables facultés d’attention d’un adulte dans le temps, vous risquez d’être déçu). Vous supposez même que, la digestion aidant, votre sempiternelle demande : «…Avez-vous des questions? » fera un bide retentissant.

Si vous êtes persuadé que c’est ainsi… ou qu’on n’y peut rien. Voire qu’après tout ce n’est pas votre problème mais le leur, ou pire, que c’est bien meilleur d’apprendre dans la souffrance sous le simple prétexte que vous-même avez toujours fonctionné ainsi. Si tel était votre cas, je me permets de vous conseiller d’arrêter de lire ces lignes, la suite risquant fort de vous déplaire, enfin, vous voilà prévenu.

On peut amener sa sonnerie… c’est même conseillé

Par quoi commencer ? Arrangez-vous pour emporter avec vous le jour de l’intervention un objet qui fera entendre une sonnerie, grosso modo à l’heure que vous aurez jugée « fatidique ». Si vous êtes « high tech », utilisez les fonctionnalités de votre téléphone portable, si vous êtes de type plus rétro, un minuteur pour cocotte minute fera très bien l’affaire.

Comptez deux heures environ après le démarrage de votre cours. Prévenez l’assistance qu’une interruption inopinée surviendra à « telle heure environ  »… que le cours magistral s’interrompra donc, et qu’il sera procédé à une activité agréable et amusante destinée à favoriser en douceur la mémorisation de tout ce qui aura été abordé jusque-là.

Probablement, lorsque survient la sonnerie, vous serez le premier surpris, c’est normal (ceux qui se sentent une âme de fantaisiste pourront avec profit détendre l’atmosphère en se lançant dans une tirade du type « Ah mais non, je vous demande un peu, quel est l’outrecuidant qui ose interrompre mon auguste propos ? … Euh oui, effectivement, pardon, ce n’est que moi-même ! »).

Et c’est parti! Formez deux équipes

Demandez à l’assistance de bien vouloir se diviser en deux groupes de tailles à peu près égales. Ces groupes formeront deux équipes, que nous appellerons respectivement l’équipe A et l’équipe B.

Ensuite demandez à chaque équipe de s’entendre pour préparer cinq questions portant sur le contenu qui vient d’être abordé depuis… (ici, vous avez le choix : depuis aujourd’hui, depuis ce matin, depuis le début de la session… à vous de voir !). Les apprenants ont – bien entendu – parfaitement le droit de consulter leurs propres notes de cours (c’est même absolument fait exprès !). Précisez juste que ces questions seront bien entendu posées à l’équipe adverse.

Peut-être verrez très vite (aussi étrange que cela puisse paraître) l’ensemble des apprenants relire frénétiquement leurs notes en tous sens, en avec une avidité et une jubilation surprenantes. J’ai bien dit «l’ensemble». Certes, au début seuls les plus malicieux, les plus extravertis d’entre eux commenceront par se prendre au jeu. Mais je vous fiche mon billet qu’au bout d’un moment, il règnera une joyeuse ambiance de saine émulation, et que tout le monde s’y sera mis !

Comme vous pourrez le voir, ce sera à qui trouvera la question la plus tordue, le détail le plus pinailleur…

On a le droit de poser toutes sortes de questions, même les plus farfelues

Précisez bien qu’on a droit à toutes sortes de questions, même celles qui « détourneraient » le jeu (…ne pas hésiter à leur dire qu’on a parfaitement le droit de demander par exemple « Euh, c’est quand la pause ? »… en fait, pour ce qui me concerne, cela ne m’est jamais arrivé… peut-être justement parce que tout simplement les gens se sentaient vraiment libres de le faire !

Tenez, un conseil pratique : mettez donc à profit ces quelques minutes pour quitter la salle, vous détendre un moment, aller prendre un café, et constater au passage que votre présence dans la salle de cours n’a absolument rien d’indispensable pour une bonne acquisition des connaissances (…votre narcissisme dût-il en souffrir :- )  ).

Et voilà. Lorsque chaque groupe a réuni ses 5 questions (…et que vous êtes revenu :-) ), vous vous transformez illico en Maître Jaques, sorte d’animateur de jeu télévisé qui se contentera de compter les points.

Important : le (très sérieux) décompte des points

Pour ce faire, tracez donc au tableau deux colonnes intitulées A et B, chacune divisée en 5 lignes. Le jeu entre alors dans sa phase la plus vivante : l’équipe A pose sa première question, l’équipe B s’efforce d’y répondre (bien entendu, tout le monde est toujours autorisé à continuer de consulter ses notes, y compris pour y chercher des éléments de réponse, c’est toujours aussi « fait exprès » que tout à l’heure !).
Si l’équipe B répond de façon satisfaisante aux yeux de l’équipe A, elle marque un point, sinon zéro. Remarque importante : en aucun cas vous ne devez jouer le rôle d’un arbitre à ce stade-là, rappelez-vous que vous n’êtes qu’un « animateur qui se contente de compter les points » ! Seule l’équipe qui a posé la question est habilitée à juger de la recevabilité de la réponse obtenue.

En cas de besoin, indiquez clairement que vous vous tiendrez à la disposition du groupe une fois que l’activité présente sera terminée, mais que pour quelques minutes, vous renoncez volontairement à votre casquette de « celui qui détient le savoir » et que vos apprenants ne doivent rien voir d’autre en vous qu’un simple meneur de jeu.

Ensuite on enchaîne de manière toute bête…à son tour, l’équipe B pose sa « première question » à l’équipe A… puis l’équipe A pose sa 2e question à l’équipe B… l’équipe B pose sa 2e question à l’équipe A… et ainsi de suite, jusqu’à ce que les 10 questions (…2 fois 5) aient été posées, comme sur le tableau ci-dessous.

Ce qu'on écrit au tableau...

Ce qu’on écrit au tableau…

A la fin, il suffit de faire le total des points de chaque colonne pour savoir quelle est l’équipe gagnante. On peut aller jusqu’à s’amuser à proclamer le résultat de manière plus ou moins solennelle, ou encore humoristique (« Le gagnant est… The winner is… »).

Au fait, qu’est-ce qu’on gagne ?…

Bien entendu il n’y a absolument rien à gagner, mais vous verrez, cela n’empêche nullement les participants d’entrer dans le jeu et de vivre un moment plaisant.

Important : Comme je le précisais plus haut, à ce stade vous pouvez enfin traiter, le cas échéant, les précisions sur les éléments de cours éventuellement restés en suspens lors du déroulement du jeu.

Attention : ne les laissez pas repartir « comme ça »…

Pour clore cette activité, il est indispensable de procéder à un débriefing digne de ce nom. Je m’explique : Il ne faudrait pas que les apprenants repartent dans la nature en proclamant à qui veut l’entendre (voire à eux-mêmes)… « Ah, cette formation, on s’en souviendra, qu’est-ce qu’on a bien rigolé ! »… Si cela s’arrête là c’est pour le moins un peu court, et au pire dangereux.

En conséquence, ne manquez donc pas d’inviter vos apprenants à se poser franchement la question : « Est-ce que cela a été pour nous l’occasion de revoir – ou de clarifier – des choses qui seraient restées dans l’oubli sans cela ? ».

Non seulement ils vous répondront que oui, mais ce « oui » aura tout de enthousiaste, et rien du convenu. Vous pouvez même enfoncer le clou en ajoutant « Imaginez que pendant tout le temps que nous avons consacré au jeu je vous aie demandé de parcourir vos notes pour vérifier que tout est bien clair pour vous, pensez-vous que nous aurions été aussi efficaces ?… moins efficaces ?… plus efficaces ?… ».

Là encore, vous le verrez, il n’y a vraiment pas photo… Mais il est important que vos apprenants en prennent pleinement conscience.

Maintenant, si vous le voulez bien, voici deux des principaux enseignements que, pour ma part, j’ai tirés de cette histoire, et que j’aimerais beaucoup vous faire partager… certainement pas en tant que « donneur de leçons » (…beurk !), mais tout simplement en guise de témoignage à propos de ma façon de fonctionner, qui vaut ce qu’elle vaut… rien de plus, mais rien de moins :-)
Voici donc ces deux remarques, pour finir :

Et si on oubliait la théorie, juste pour un temps ?

Ma première remarque consistera à vous dire que je n’ai aucune, mais alors aucune envie de tirer des conclusions théoriques à partir de cette histoire. A mes yeux, les meilleurs enseignements que vous en tirerez vous-mêmes se feront… en la vivant, tout simplement.

Si vous avez le courage d’aller vers vos apprenants en laissant tomber tous les boucliers certes bien rassurants mais ô combien encombrants (« ah… oui, ici c’est à n’en point douter du socioconstructivisme… et là c’est clairement à la métacognition qu’il est fait référence ! »), vous serez récompensés de votre bienveillance et de votre simplicité.

Si d’aventure les oripeaux d’un « Professeur Diafoirus » vous sécurisent, prenez le risque de vous en défaire, ne serait-ce que pour un temps…  N’en doutez pas, les apprenants (…tout comme vous !) savent toujours, au fond d’eux-mêmes, à qui ils ont réellement affaire, d’une certaine façon. Il ne tient qu’à vous de décider si vous avez envie de vivre cela comme un enfer ou comme un paradis…

« Qui suis-je, moi, pour faire ainsi le pitre ? »

La deuxième remarque que je voudrais vous adresser est peut-être plus délicate, plus impliquante : En effet, il est possible que certains d’entre vous se demandent « Qui suis-je, moi, pour faire ainsi le pitre ? En ai-je vraiment envie ? », ou pire : « …En ai-je vraiment les moyens ? ».

C’est là qu’intervient une notion centrale, à mes yeux : celle de croyance portante (…ou limitante) pour soi-même et pour les autres (après avoir traité des croyances limitantes à plusieurs reprises dans ce blog, je traiterai des croyances portantes dans un prochain article…).

Pour ma part je me situe clairement dans un courant de pensée qui croit fondamentalement en l’homme, et en ses talents.

Tout le monde a du talent, d’une manière ou d’une autre. Il suffit à chacun d’entre nous d’aller chercher en lui-même ce qu’il aime, sait, et veut faire pour s’apercevoir de l’immensité de ses possibilités, lesquelles sont généralement bien supérieures à l’idée qu’on s’en fait.

Si vous êtes certain (j’ai bien dit certain) de ne pas y croire pour vous-même, alors renoncez définitivement à « faire passer » quoi que ce soit vers les autres, vous ne feriez que leur communiquer vos propres peurs. Ou pire, grossir les rangs de ceux, trop nombreux, qui commettent d’irréparables dégâts en s’ingénient à rendre ennuyeuses les choses les plus passionnantes.

Conclusion : une fois de plus, il suffit d’oser…

Osez donc utiliser vos propres talents pendant vos heures de cours, que diable ! Cela peut très bien passer par l’humour, bien sûr, mais aussi par mille autres choses. Il suffit de s’en persuader soi-même pour que cela commence à marcher. Parole !

Parce que seuls ceux qui ont fait preuve d’imagination et de créativité ont réellement fait avancer les choses en la matière… Nous le savons tous très bien au fond de nous-mêmes… Et pour ma part, une de mes croyances les plus ancrées est précisément que l’imagination est une chose qui est à la portée de tout le monde (1).

Il ne nous reste plus dans ces conditions qu’ oser nous jeter à l’eau… pour y découvrir un monde agréable et passionnant (je vous le garantis).

***


(1) …Imagine-t-on, en effet, un enfant invité à se joindre à ses camarades de jeu leur répondre quelque-chose du style « Euh, non, désolé, je manque cruellement d’imagination »… ???
…Alors, si tous les enfants peuvent le faire, tout ce qu’il vous reste à faire est de répondre à la question « L’enfant que j’ai été est-il encore présent en moi ? »… puis de le laisser vous donner la réponse :-)

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Construire et animer une session de formation


Cet article a été par la suite repris sous une forme légèrement différente dans un livre de conseils aux formateurs intitulé  « Construire et animer une session de formation » paru en juillet 2014 aux éditions DUNOD.

Rapports parents-enseignants-élèves : Lettre d’Abraham Lincoln au professeur de son fils

Les rapports entre parents, enseignants et élèves sont une chose qui ne va pas de soi. De plus en plus souvent, ils finissent par prendre la forme ce qu’on appelle un triangle dramatique. Force est de constater que de nos jours l’enseignement est de moins en moins sacralisé, et à plus forte raison les enseignants…

Sans nous en rendre compte, presque sans transition, nous nous sommes brutalement retrouvés plongés dans une époque singulière à bien des égards. Il n’est pas si loin de nous, ce temps où les parents d’élèves avaient pour habitude de « doubler le tarif » de la moindre sanction infligée à leur progéniture sans même prendre la peine de savoir de quoi il retournait, par un réflexe de solidarité sans faille envers l’instituteur, qui se retrouvait de ce fait investi de tous les pouvoirs.

Aujourd’hui, il semble que nous ayons basculé sur une toute autre planète. Ainsi que l’écrivait Jean-Paul Delevoye, le médiateur de la république dans son dernier rapport, «[…] nous sommes entrés dans de nouveaux rapports aux autresOn veut tout, tout de suite. On a du mal à se soumettre aux règles du collectif. Alors, des tensions binaires apparaissent partout :  magistrats-justiciables ; soignants-soignés… professeurs-élèves ».

Interrogé à plusieurs reprises sur ce dernier point,Jean-Paul Delevoye a déclaré en substance qu’ en tant que parents, notre vision de l’enseignement et le regard que nous portons sur les enseignants a tellement changé qu’aujourd’hui nous n’attendons plus nécessairement d’un enseignant qu’il soit pédagogue, mais plutôt qu’il « mette 20 sur 20 à notre enfant, afin que celui-ci soit mieux armé à affronter la dure vie qui l’attend »… Tout est dit.

Ainsi, ce pauvre enseignant est de plus en plus souvent considéré comme un simple prestataire de services, censé tenir le plus grand compte de la moindre de nos injonctions qu’il devrait appliquer sur le champ sans discussion possible. Ce n’est pas difficile de l’imaginer : certains d’entre eux reçoivent ainsi des courriers de parents contenant les requêtes les plus surréalistes qui soient.

Autres temps, autres mœurs… Maintenant, si vous le voulez bien, je vous propose un voyage dans le passé, un saut de plusieurs générations allant… jusqu’au XIXe siècle. Vous trouverez sous ces lignes la transcription d’une lettre qui aujourd’hui peut sembler étrange à bien des égards. Elle aurait été expédiée par Abraham Lincoln (1809-1965), 16e président des États Unis, à l’attention du professeur de son fils. Je vous laisse découvrir ça :

left_guillemet._transIl aura à apprendre, je sais, que les hommes ne sont pas tous justes, ne sont pas tous sincères.

Mais enseignez-lui aussi que pour chaque canaille il y a un héros; que pour chaque politicien égoïste, il y a un dirigeant dévoué…

Enseignez-lui que pour chaque ennemi il y a un ami.

Éloignez-le de l’envie, si vous pouvez, enseignez-lui le secret d’un rire apaisé.

Qu’il apprenne de bonne heure que les despotes sont les plus faciles à flatter…

Enseignez-lui, si vous pouvez, les merveilles des livres…

Mais laissez-lui un peu de temps libre pour considérer le mystère éternel des oiseaux dans le ciel, des abeilles au soleil, et des fleurs au flanc d’un coteau vert.

À l’école, enseignez-lui qu’il est bien plus honorable d’échouer que de tricher…

Apprenez-lui à avoir foi en ses propres idées, même si tout le monde lui dit qu’elles sont erronées…

Apprenez lui à être doux avec les doux, et dur avec les durs.

Essayez de donner à mon fils la force de ne pas suivre la foule quand tout le monde se laisse entraîner…

Apprenez-lui à écouter tous les hommes mais apprenez-lui aussi à filtrer tout ce qu’il entend à travers l’écran de la vérité, et à en recueillir seulement les bonnes choses qui passent à travers.

Apprenez-lui si vous pouvez, à rire quand il est triste…

Apprenez-lui qu’il n’est aucune honte à pleurer.

Apprenez-lui à se moquer des cyniques et à prendre garde devant une douceur excessive…

Apprenez-lui à vendre ses muscles et son cerveau au plus haut prix, mais à ne jamais fixer un prix à son cœur et à son âme.

Apprenez-lui à fermer les oreilles devant la foule qui hurle et à se tenir ferme et combattre s’il pense avoir raison.

Traitez-le doucement, mais ne le dorlotez pas, parce que seule l’épreuve du feu forme un acier fin.

Qu’il ait le courage d’être impatient et la patience d’être courageux.

Apprenez-lui toujours à avoir une immense confiance en lui-même, parce que dès lors, il aura une immense confiance envers l’Humanité.

C’est une grande exigence, mais voyez ce que vous pouvez faire…

Il est un si bon garçon, mon fils !right_guillemet_trans

Nous sommes tous des aveugles à l’intérieur d’une boîte noire

Le 12 janvier 2002, je démarrais un cursus de développement personnel qui allait durer deux années, lesquelles comptent encore aujourd’hui parmi les plus importantes de ma vie. Ce jour-là, nous étions une vingtaine d’inconnus réunis autour d’une animatrice qui nous expliquait (entre autres) que le développement personnel est une chose qui permet à chacun d’entre nous de devenir plus tolérant.

Ben tout de même, si j’avais besoin d’être plus tolérant, je m’en serais rendu compte, non …?

« Tolérant ? Quel besoin ai-je de devenir plus tolérant ? Je n’ai pour ma part aucun problème avec la tolérance. La preuve : lorsque je dépose un bulletin de vote dans une urne, je ne donne jamais mes suffrages aux candidats populistes ! »

…Voilà ce que je me souviens fort bien avoir pensé à ce moment-là, sans rire. Par la suite, les occasions de me remémorer cet épisode en étant rouge de confusion ont n’ont pas manqué. Elles ont été fort nombreuses et riches d’enseignements, je n’ai pas peur de l’avouer.

En effet, chacun d’entre nous estime le plus souvent être tout naturellement pourvu d’une espèce de « juste milieu » en matière de tolérance, comme il en va de même à propos de nombreux autres sujets. Oui, j’écris « juste milieu » parce que, n’est-ce pas, il ne faut pas exagérer non plus, pas vrai ?

« Ah, ces américains… »

Prenons un exemple de flagrant délit d’intolérance ordinaire : combien de fois n’ai-je pas entendu proférer de jugements définitifs et à l’emporte-pièce à propos des américains (comprenez « états-uniens ») ? En effet, il m’est arrivé d’entendre certaines personnes affirmer tranquillement et sans faire dans la dentelle que « Les américains sont ceci… les américains sont cela… ». Et quand je m’en étonne, en demandant « …Ah bon, TOUS les américains ? », mes interlocuteurs me regardent en général d’un air désolé, comme s’ils avaient affaire à un non comprenant, et admettent du bout des lèvres que certes, il « y en a des bien », mais que bon, ce n’est certes pas le cas de la majorité sinon « ça se saurait »

Le pire, c’est que ces tristes sires ne se rendent même pas compte qu’il suffirait de reprendre leurs propres paroles, sans en changer une virgule, sauf à troquer « américains » par un bon nombre d’autres nationalités ou ethnies pour les faire hurler au loup, et les propulser derechef dans une forme d’activisme contre l’intolérance et l’étroitesse d’esprit qui, décidément, gangrènent de plus en plus les esprits par les temps qui courent, ma pauvre dame…

Ah… si seulement vous connaissiez le mien…

Will

Le plus drôle c’est qu’il se trouve que j’ai précisément en stock (…que l’intéressé veuille bien me pardonner cette affectueuse familiarité) un américain qui se trouve justement être une des personnes les plus tolérantes de ma connaissance. Mieux : ce garçon fait souvent preuve d’un rare mélange d’intelligence, de sensibilité et de hauteur de vue qui force le respect. Et je ne vous dis rien de sa gentillesse.

Permettez-moi de vous présenter Will, donc. Will est un retraité américain qui a exercé la profession de sociologue pensant sa vie active. Il vit aujourd’hui en France, à Toulouse, depuis déjà pas mal d’années. Il consacre une grande partie de ses loisirs à l’entretien et au pilotage d’un avion minuscule absolument hallucinant (genre de « voiture sans permis » des airs, si vous voulez). Il passe également beaucoup de temps dans diverses lectures, ainsi que sur le net, où il se documente sur tout un tas de sujets (dont la moitié m’échappe totalement :-) ).

Une newsletter qui est aussi une pépite

Régulièrement, Will expédie à une brochette de compatriotes avec lesquels il a gardé le contact un mail (sorte de newsletter, si on veut) dans lequel il note ses propres impressions sur divers sujets concernant notre pays, nos mœurs, l’actualité internationale, ou encore d’une manière générale tout ce qui est dans l’air du temps ou lui vient à l’esprit…

Et il se trouve qu’à ma demande Will m’a fait l’amitié de me compter parmi les destinataires de sa newsletter, dont j’apprécie beaucoup chaque livraison, et qui à mes yeux donne un éclairage souvent révélateur sur un grand nombre de nos travers, petits et grands. J’aimerais tellement que cette newsletter se transforme un jour en blog, afin qu’elle puisse être lue par une audience beaucoup plus large… mais pour l’instant l’intéressé (à qui j’ai timidement suggéré de le faire) se trouve très bien ainsi (que pouvons-nous y faire ? A mon avis, pas grand-chose… tant pis pour nous, donc !).

Le tout dernier numéro est un collector !

La dernière livraison de Will m’a particulièrement frappé. Car c’est tout simplement une perle du genre, à tel point que je n’ai pas pu résister au plaisir d’en faire une traduction en français, pour pouvoir la faire figurer au milieu de ces lignes et vous en faire ainsi profiter. Ayant obtenu son accord, je propose donc sans plus attendre que nous lui laissions la parole.


Le texte de Will :

Bonjour. Il y a quelques mois lors d’une fête d’anniversaire donnée à Paris pour une cousine par alliance, j’ai fait la connaissance d’un universitaire aveugle. J’ai apprécié de rencontrer Jacques parce qu’il a fait des recherches considérables dans l’action non violente en Europe et ailleurs. J’ai aussi appris qu’il a eu une activité de chercheur post doctoral avec un groupe associé à Gene Sharp, à Harvard.

Je possède toute une collection de livres de Gene, avec qui j’ai échangé plusieurs e-mails. J’ai même encouragé son Institution Albert Einstein. Son site Web, plusieurs publications et ateliers proposent des conseils pratiques sur les tactiques et les stratégies de l’action non violente à destination de nombreuses organisations à travers le monde, et plus particulièrement les soulèvements en Europe de l’Est après la chute de l’Union Soviétique et les printemps arabes, mais aussi pour des groupes comme « occupy ».

Le voyage de Jacques à travers la cécité

Depuis cette soirée, j’ai acheté l’autobiographie de Jacques, dans laquelle il détaille son voyage à travers la cécité. Il a en effet appris dès l’adolescence que sa vue baissait au point qu’il deviendrait aveugle un jour, mais on ne savait pas combien de temps le processus durerait. En tant qu’universitaire, Jacques se mit à réfléchir sur ce qui se passait pour lui au fil des années. Il avait la fin de la trentaine quand il a fini par perdre complètement la vue.

Au milieu du livre, Jacques déclare qu’il n’aime pas le mot « handicapé ». Comme il le souligne, c’est un terme assez vide de sens quand il est employé en dehors d’un contexte précis. En effet, nous sommes tous « handicapés » d’une manière ou d’une autre à différents moments. Pour ma part, j’étais – par exemple – très handicapé au niveau de la langue française à mon arrivée en France.

Où il est question d’une boîte noire…

Plus loin dans le livre, Jacques décrit sa cécité croissante en expliquant que c’est un peu comme « vivre dans une boîte ». Comme il ne peut pas voir, il ne sait souvent pas ce qui existe de l’autre côté des murs noirs et vides qui l’entourent. Des choses aussi simples que le fait de voir les gestes du corps des gens et leurs expressions faciales, lesquelles nous donnent autant d’indices pour déterminer le véritable sens d’une parole, sont comme « en dehors de la boîte » pour Jacques.

C’est pareil pour nous !

Alors que je repensais à la situation de Jacques, j’ai pris conscience de ceci : d’une certaine façon, ce que Jacques vit et décrit se vérifie bel et bien pour chacun d’entre nous tous dans un grand nombre de circonstances. Le parcours et le penchant, disons « académique » de Jacques lui procurent d’une certaine manière une conscience accrue de l’expérience et de ses implications, par rapport à la plupart d’entre nous. J’ai été enchanté de découvrir à la fin du livre que Jacques fait un lien entre son expérience progressive de la cécité et l’expérience consistant à vivre dans une nouvelle culture (mon expérience, en fait).

Nous vivons tous dans des boîtes culturelles qui nous empêchent de voir les pans entiers de la réalité qui nous entoure, mais la plupart d’entre nous ne sommes jamais conscients de l’existence même de ces boîtes. Nous ne savons pour ainsi dire jamais à quel point la simple capacité de voir nous rend pour ainsi dire « aveugles » à d’autres types d’expériences. Il en va de même pour la manière dont la cécité permet d’ouvrir les portes à d’autres aspects de la réalité : les odeurs, les sons et le toucher constituent tout autant de moyens d’augmenter notre perception et notre mémoire. De la même façon, le fait de découvrir une autre culture permet de prendre conscience d’un certain nombre de « boîtes culturelles » et ouvre les portes à d’autres façons de voir, d’entendre et de sentir.

Devenir français…

Tout comme Jacques a beaucoup appris de son expérience en devenant aveugle, j’ai de mon côté beaucoup appris de l’expérience consistant à « devenir français ». Jacques est devenu plus conscient des boîtes qui limitent toutes nos perceptions, et, dans sa prise de conscience, il s’est trouvé en mesure de repousser les murs de certains de ces boîtes. C’est l’avantage d’une vie consacrée à la réflexion.

Faut-il être stupide, égoïste et muet pour être heureux ?

On entend parfois dire qu’être « stupide, égoïste et muet » résume les trois conditions essentielles au bonheur, ou encore que « l’ignorance est une bénédiction », mais le monde et la vie ont beaucoup plus à offrir à ceux qui, comme Jacques, prennent conscience de leurs propres limites et travaillent à repousser les bords de leurs propres boîtes. Nous ne pourrons jamais échapper aux boîtes, mais nous pouvons jeter un coup d’œil sur les bords et tâcher d’en repousser les murs.

Profitez des merveilles de vos boîtes, mais jetez aussi un œil sur les bords de temps en temps, et, ce faisant, devenez un peu plus conscients de l’infinie beauté de l’univers.

Le formateur en contexte B to B : un véritable homme (…ou femme) orchestre !

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Il y a deux sortes de chefs d’orchestre : ceux qui ont la partition dans la tête et ceux qui ont la tête dans la partition. Pour les formateurs, c’est exactement pareil…

Vous vous souvenez peut-être que depuis quelques semaines je suis en train d’user mes fonds d’e-culottes sur les e-bancs du mooc eLearn²… On nous y encourage notamment à analyser nos propres pratiques pédagogiques à la lumière des enseignements qui nous sont apportés, et pour ma part je bénis cette nouvelle occasion d’apprendre (oui, je sais, de ce côté-là je suis indécrottable).

Bien entendu, j’ai particulièrement à cœur de « jouer le jeu » autant que faire se peut, tant le sujet me passionne. Mais force m’est de constater qu’il y a pour ce qui me concerne une difficulté de taille : dans ma pratique professionnelle je n’ai en effet pas affaire à des « étudiants », mais à des adultes en formation continue, et qui plus est dans un contexte « B to B », ce qui change pas mal la donne.

Vous avez bien dit « Comment vais-je vérifier… » ?

Dans le Slideshare qui accompagne une discussion filmée (avec Christophe Batier) dans le cadre de ce mooc, Marcel Lebrun prend bien la précaution de différencier les trois univers que sont l’enseignement, l’apprentissage et la formation.

Or, dans de nombreux contextes de formation, il est assez ardu de poser les choses dans des termes tels que décrits ci-dessous (j’ai juste rajouté le point d’interrogation) :

L'enseignement aligné est-il adapté à la formation des adultes ?

En effet, un formateur n’est pas toujours en situation de vérifier lui-même ce que ses apprenants sont capables de faire à l’issue du dispositif. Cet aspect-là reste souvent de leur entière responsabilité, même si cette responsabilité-là n’est pas toujours très clairement établie, et qu’elle s’en trouve parfois « diluée » dans les arcanes de l’organisation  à laquelle appartient l’apprenant (parfois, c’est même carrément les oubliettes !). Ainsi il m’est arrivé plusieurs fois de retrouver une même personne assistant au même cours à quelques mois d’intervalle. A mes débuts je trouvais cela très inquiétant… pour moi ! Mais l’expérience m’a appris qu’il s’agit la plupart du temps de personnes « qu’on avait envoyées suivre cette formation »… mais « …qui n’ont pas eu l’opportunité de la mettre en pratique », et ceci pour des raisons diverses et variées. Dans certains cas c’est leur hiérarchie qui leur a donné trop d’autres tâches à abattre pour permettre à la formation de porter ses fruits, dans d’autres c’est l’apprenant a usé de son propre « pouvoir d’inertie » pour éviter soigneusement de changer ses propres pratiques… la liste est immense. De quoi parle notre actualité en ce moment ? De réforme de la formation professionnelle ?…. Ben tiens, tu m’étonnes…

Ainsi, lorsque dans une session de formation je lance une activité de type travaux pratiques, ou études de cas, je laisse chacun de mes apprenants entièrement libre de communiquer ou non au groupe le fruit de ses grattages de tête. Dans le cas contraire ce serait là une manière de les infantiliser, et même une maladresse, du moins à mes yeux.

Curieusement, cette pédagogie si particulière est « forcément » centrée sur l’apprenant…

Quand on pense à une « pédagogie centrée sur l’apprenant », c’est ainsi qu’ mes yeux les choses se passent déjà le plus souvent, je dirais « par la force des choses », dans le contexte la formation continue sur le secteur marchand, B to B, dans les cas (somme toute assez fréquents) où il n’existe pas ce qu’il faut bien appeler des moyens de « coercition du haut vers le bas », de type examen, certification, homologation, etc.

Mis en examen

Car on dira ce qu’on voudra, mais même en y mettant toute la bienveillance du monde, un examen sera peu ou prou forcément vécu par ceux qui le passent comme un moyen de coercition, qu’on le veuille ou non. Dans tout ce bel élan de partage et d’apprentissage collectif, il y en a bien un (l’enseignant) qui se retrouve du côté du manche (…pour les apprenants plus jeunes, cela alimente notamment les situations de friction avec les parents d’élèves, par exemple). Qui dit examen dit qu’il y en a un qui « examine » et un autre qui « se fait examiner », c’est ainsi.

Or, nous sommes de très nombreux formateurs à œuvrer dans les étranges soutes d’un tout autre navire, que ce soit en tant que salariés, ou travailleurs indépendants (aaah, ce merveilleux statut d’autoentrepreneur…).

Dans notre contexte de travail, nous avons rarement d’autre choix que de « tout centrer sur l’apprenant« , justement, sous peine de graves déconvenues, souvent immédiates et sans appel. Dès 1973,  Bertrand Schwartz déclarait d’ailleurs ceci à propos des adultes: (dans son célèbre « théorème ») :

Un adulte ne se formera que s’il trouve dans la formation une réponse à SES problèmes, dans SA situation.

Je puis témoigner sans réserve qu’à la moindre occasion, les adultes me le rappellent sans détour, ce qui peut être une excellente chose, on ne peut plus « formatrice » pour les formateurs :-) … Ainsi, la formation continue en entreprise se distingue de la formation initiale (y compris universitaire) sur plusieurs points :

Bien souvent, pour ce qui concerne les systèmes de formation dits « en salle » (mais pas uniquement), la mission telle qu’elle est assignée au formateur consiste à maintenir un public en haleine, à le faire participer, et à faire en sorte qu’à la fin de la session, ce public se déclare globalement satisfait, avec si possible l’impression d’avoir appris quelque chose.

Beaucoup de monde sur le pont

N’allez pas imaginer que pour mener à bien cette périlleuse mission, le formateur soit nécessairement en possession de tous les éléments d’information nécessaires en amont… et ceci pour une raison très simple : entre lui et ses participants, il y a parfois un grand nombre d’intermédiaires, comme le montre l’illustration qui suit :

 Les deux extrémités d’un « U » qui se réunissent…

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Dans cet exemple, participant et formateur sont réunis dans une unité de temps et de lieu à l’occasion d’une session de formation. Mais pour que cette session existe, il a fallu que plusieurs personnes entrent en jeu.

Prenons un exemple :

  • Le participant est employé dans une entreprise de taille moyenne. Constatant qu’il ressent un manque pour mener à bien sa mission… par exemple pour s’adapter à l’évolution de son poste de travail (mais il peut en exister beaucoup d’autres), il en réfère à son supérieur direct, que nous appellerons « Intermédiaire 1 » ;
  • L’intermédiaire 1 prend bonne note de la demande de son subordonné, et, n’ayant aucune raison de s’y opposer, va en référer à une personne de son organisation en charge des ressources humaines (Intermédiaire 2) ;
  • L’intermédiaire 2 instruit un dossier qu’il transmet à une personne de son service plus particulièrement chargée des questions de formation (Intermédiaire 3) ;
  • L’intermédiaire 3, après s’être assuré que la demande est recevable et conforme à la politique de formation de son organisation, valide la demande, se met en demeure de trouver parmi le personnel d’autres participants apparemment concernés par la même problématique, puis en réfère à une autre personne qui jouera le rôle de commanditaire (Intermédiaire 4) ;
  • L’intermédiaire 4 (ici le commanditaire) va se mettre en quête d’un organisme de formation susceptible de fournir la prestation souhaitée, puis d’identifier une personne qui sera son interlocuteur dans cette affaire (Intermédiaire 5) ;
  • L’intermédiaire 5 traite la demande…
  • Quelques intermédiaires plus loin, nous retrouvons une personne, que nous appellerons « Intermédiaire N », et dont la mission consistera à missionner le formateur tout en lui donnant les éléments dont il dispose afin que celui-ci puisse préparer sa session ;

Le formateur est enfin saisi du dossier, il peut commencer à se mettre au travail.

Vous pouvez faire varier le nombre de ces intermédiaires à l’infini, rajouter ou supprimer des couches à tous les étages selon les cas de figure, mais une chose est certaine : entre vous et vos participants, il y aura toujours eu en amont « du monde sur le pont »… et il y aura encore en aval. C’est mathématique.

Dans certains cas (mais pas toujours), le formateur peut tenter de remonter la chaîne avant le début de la session en prenant contact avec certains des intermédiaires (voire le participant lui-même) pour recueillir des informations qu’il juge nécessaires. Mais quand bien-même c’est techniquement possible, et qu’on l’y autorise (ce qui est loin d’être toujours le cas), il est aisé de constater que plus vous augmentez le nombre de participants (lesquels n’ont pas forcément des profils semblables, et n’appartiennent pas nécessairement à la même organisation) pour une même session de formation, plus la tâche sera ardue. Sans parler du participant qui vous annonce tout de go en arrivant « Euh, moi je remplace Madame Untel parce qu’elle a eu un empêchement de dernière minute »

Homme-orchestre, dites-vous ? Et pourquoi donc ?

C’est pour cette raison que pour ma part je n’entre jamais « dans le vif » d’une session de formation sans avoir entamé un bref échange avec l’ensemble des personnes présentes (nous y reviendrons dans un prochain billet). En tout cas, il est facile de constater que tout formateur plongé dans un session en contexte « B to B » est le plus souvent mis dans une situation qu’on pourra qualifier d’obligation de résultat, étant entendu qu’il doit faire avec les moyens du bord tout en faisant son affaire personnelle de la manière dont il s’y prendra pour mener à bien sa mission, et que par la suite, nombreux sont ceux qui, à tort ou à raison, s’estimeront en situation de lui demander des comptes…

Ici, c’est plutôt le formateur qui est continuellement « mis en examen »…

Du coup, un tel formateur développe le plus souvent ses aptitudes pédagogiques à la manière du cowboy qui apprend à danser quand le méchant du saloon lui tire dans le pattes en s’esclaffant « Allez, danse, coyote ! ». C’est une sorte d’épreuve du feu permanente dont le moins qu’on puisse dire est qu’elle forge le caractère… En plus, dans mon cas, à cette époque-là je sortais à peine de l’Education Nationale… Vous voyez un peu le tableau ! En général y’a pas photo, ça passe ou ça casse…

Un homme-orchestre, je vous dis !

(Cet article a été par la suite repris dans un ouvrage de conseils aux formateurs, paru en juillet 2014 aux éditions DUNOD).

Pour en savoir plus, on consultera avec profit cet Article et infographie de Nicole Legault (community manager de la compagnie de e-learning Articulate), à propos de la spécificité de l’apprentissage des adultes.
Vous y (re)trouverez beaucoup de points en accord avec l’esprit qui souffle sur notre mooc, mais aussi des éclairages qui m’ont paru originaux et dignes d’intérêt…