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Vous avez une mémoire extraordinaire !

Cet article (sur la mémoire) est le troisième paru dans le dossier « Apprendre mieux ? » publié sur ce blog. Pour un accès aux articles précédents, voir les liens ci-dessous :

Apprendre mieux ? (découverte de la grande galaxie du Mieux-Apprendre)
Apprendre mieux ? Épisode 2 : Les grands principes


Une mémoire extraordinaire qui se joue des obstacles...

 

"Notre peur la plus profonde n'est pas que nous ne soyons pas à la hauteur.
Notre peur la plus profonde est que nous sommes puissants au-delà de toute limite.
Nous nous posons la question "Qui suis-je moi, pour être brillant, radieux, talentueux et merveilleux ?". En fait, qui êtes-vous pour ne pas l'être ?"

Marianne Williamson, écrivaine américaine
(paroles reprises par Nelson Mandela lors de son célèbre discours d'investiture. Texte complet ici)

Bonjour,

Les capacités d’apprentissage

Dans l’article précédent, je vous faisais part des principes et préceptes du mieux-apprendre. En tout premier lieu, celui-ci : « Les capacités d'un être humain sont bien supérieures à ce que l'on considère habituellement comme normales. Ceci est particulièrement vérifiable pour ce qui concerne nos capacités à apprendre ».

Cependant, loin de moi l’idée de trancher ici le débat sur la question des capacités. Sont-elles égales pour tous ou différentes d’un individu à l’autre? En fait, cette question fait depuis longtemps l’objet de « querelles d’experts » qui ne feront pas nécessairement progresser nos pratiques d’un pouce.

En revanche, il y a un point sur lequel j’aimerais aujourd’hui retenir votre attention: Il s’agit du passage qui stipule « […] bien supérieures à ce que l'on considère habituellement comme normales ».

Les croyances limitantes : rappel

Il se trouve qu'un principe du mieux-apprendre nous rappelle aussi que la mémoire et l’intelligence sont absolument déterminantes dans tout acte d’apprentissage. En fait il s'agit plutôt l’idée qu’on se fait de nos propres capacités sur ces points-là. Vous avez peut-être remarqué que dans l’article précédent il était également question du principe portant sur les croyances limitantes. Nous avons insisté sur un fait important : Les « croyances limitantes » empêchent tout le reste de fonctionner correctement.
Ainsi, comme je vous l’expliquais, vous pouvez très bien investir dans le meilleur équipement de plomberie, installé par les meilleurs spécialistes. N'empêche : si un caillou bouche le tuyau, l’eau ne coulera pas ! Remarque : dans la majorité des cas, les croyances les plus limitantes (à propos de soi) tournent le plus souvent autour de l’intelligence et de la mémoire. Du moins pour ce qui concerne nos capacités d'apprentissage.

Le cas (épineux) de la mémoire...

Que ce soit en salle de classe ou en stage de formation adultes, combien de fois n’ai-je pas entendu ceci : « De toute façon, même si par extraordinaire je comprenais tout ce que vous allez nous expliquer, je sais que ne retiendrai rien, et pour une raison très simple : Je n’ai pas de mémoire ».

Malheureusement, cette prophétie auto-réalisatrice, tout en ne reposant sur rien de concret, a pour effet d’être imparable et de fonctionner à merveille. Nous sommes en effet tous suffisamment retors pour nous fabriquer du « Tiens ! Je l’avais bien dit » quand il s’agit de l’appliquer à des croyances négatives sur nous-mêmes. Ainsi, la boucle est bouclée, si l’on peut dire, et nous pouvons retourner tranquillement à nos petites compulsions… souvent pour le pire, et rarement pour le meilleur :-)

Contrairement à ce que vous croyez peut-être, vous avez tous une mémoire extraordinaire, et je vous le prouve…

Stagiaire masque à gaz protégeant sa mémoire extraordinaire...N’importe quel pédagogue de terrain vous le dira : C'est un plaisir de tordre le cou à une croyance limitante chez nos apprenants. C’est d'abord un peu une manière de les aider à  « d’enlever un caillou », pour reprendre la métaphore plombière évoquée plus haut :-). Aussi je serais très heureux d’apprendre que j’ai pu vous transmettre quelque-chose dans ce goût-là…

Une expérience très simple à réaliser… et une ressource à diffuser largement autour de vous !

Vous allez découvrir sous ces lignes le détail d’une séquence pédagogique comme vous n’en avez peut-être pas vécues jusqu’à ce jour. Elle vise tout simplement à prouver (oui… je sais, je m’expose, mais je persiste et signe, j’ai bien dit prouver !) à chacun des apprenants présents en face de vous (…ou même en vidéo conférence, nous y reviendrons) que ses capacités de mémorisation sont bien supérieures à tout ce qu’il imaginait jusqu’alors.

Attention, ne commettez pas la même erreur de jeunesse que moi : à mes débuts, j’étais en effet tellement transporté par un désir Don-Quichottesque. Celui de venir en aide (et à tout prix) au monde entier.  Ainsi, au commencement de la séquence, j’introduisais systématiquement l'atelier par une affirmation à gros sabots. Du style « Vous allez tous y arriver, je vous le promets ! ». Grave erreur ! Car la personne dont la croyance limitante est la plus « alambiquée » du groupe vous rétorquera probablement quelque-chose du style « Non ! Cela marchera peut-être pour tous les autres, mais je sais déjà que cela ne marchera pas pour moi ! ». Soyez-en certains, cette obscure manœuvre n’a pas d’autre but que de fabriquer (pour soi et pour le groupe) un « Vous voyez, je vous l’avais bien dit » négatif… qui (hélas) marche à tous les coups ! Ce qu'on peut être alambiqué, tout de même, quand on s'y met...

labyrinthe vers le bonheur. Facile à retenir. Pas besoin d'une mémoire extraordinaire...

Restons zen...

A la place, restez complètement zen, ne pensez surtout pas à je ne sais quels moulins à vent :-), et faites tout tranquillement au groupe cette simple déclaration. L’expérience marche dans la plupart des cas, mais que si dans la salle une personne est persuadée – attention, vraiment persuadée, hein ? – qu’elle-même n’y arrivera pas, eh bien sa prédiction sera vérifiée ! Tandis que si cette même personne ressent en même temps une petite lueur de l'ordre du « si ça se trouve, c’est possible… »), eh bien cela rendra par là-même la chose... possible ! En fait, le plus simple est d'arrêter de se poser des questions, et de se lancer (...comme toujours !)

La ressource

(Remarque : j’ai déjà publié cette ressource, sous une forme légèrement différente, dans un billet de blog qui date de 2005).

Voici une technique originale vous permettant de développer votre mémoire en utilisant les associations d’idées. Il s’agit en particulier d’utiliser ici la technique dite des tables de rappel.

Regardez ces chiffres attentivement.

Mémoire extraordinaire... (chiffre animé)

Le 1 fait penser à un piquet, ou à un pieu que l'on peut enfoncer dans le sol à l'aide d'un marteau.

Mémoire extraordinaire... (chiffre animé)

Le 2 fait penser à un cygne...

Mémoire extraordinaire... (chiffre animé)

Le 3 fait penser à une femme à la forte poitrine...

Mémoire extraordinaire... (chiffre animé)

Le 4 fait penser à un bateau à voile...

Mémoire extraordinaire... (chiffre animé)

Le 5 fait penser à une femme enceinte...

Mémoire extraordinaire... (chiffre animé)

Le 6 fait penser à un fumeur de pipe...

Mémoire extraordinaire... (chiffre animé)

Le 7 fait penser à une falaise en surplomb...

Mémoire extraordinaire... (chiffre animé)

Le 8 fait penser à un bonhomme de neige...

Mémoire extraordinaire... (chiffre animé)

Le 9 fait penser à un appareil à faire des bulles de savon...

Mémoire extraordinaire... (chiffre animé)

Le 10 fait penser à deux personnes, l'une très maigre, l'autre très enveloppée (par exemple Laurel et Hardy, ou encore Astérix et Obélix...).

...Mais comment retenir tous ces exemples ?

Pour retenir tous ces exemples, il vous suffit de revenir ici et de regarder tranquillement les animations ci-dessus... vous verrez qu'il est très simple de s'en souvenir, sans produire le moindre effort que ce soit.

Ce moyen mnémotechnique pour retenir des chiffres n’est certes pas le premier à avoir été découvert, il en existe de nombreux. Mais celui-ci a ma préférence parce qu’en cas de doute, si on a peur de confondre deux chiffres, par exemple, il est très facile de les départager, puisqu’on se réfère toujours à leur forme. Ainsi, il est très difficile d’imaginer qu’on puisse confondre le 5 (qui a la forme d’une femme enceinte) et le 1 (qui a la forme d’un pieu). Au bout d’un moment, grâce à leur forme (que vous connaissez forcément), les chiffres parlent pour ainsi dire d’eux-mêmes !

Tiens, essayez dès à présent de retrouver les images animées équivalentes à tous les chiffres, je suis sûr que vous les connaissez déjà ! Dans le cas contraire, retournez cependant y faire un tour, tranquillement, sans vous mettre la pression, sans martel en tête... Au contraire, tâchez de rester tout à la fois attentif et détaché, le sourire en coin... Et oubliez toutes les sottises qu'on vous a racontées sur l'écrasante  obligation de faire des efforts.

Un cas pratique (...c'est du vécu !)

Maintenant, imaginez que vous devez retenir une liste de courses de 10 articles.

Dans l'exemple qui suit, nous utiliserons une liste que j'ai demandée à ma nièce Mayra (10 ans à l’époque) de bien vouloir inventer.

Voici ce qu'elle m'a répondu :

1 - Des tomates

2 - Des carottes

3 - Du papier toilettes

4 - Des assiettes

5 - Des bananes

6 - Des yaourts

7 - Du fromage

8 - Du sucre

9 - De l'eau minérale

10 - De la viande

Ma fille Alice (10 ans à l’époque, également) connaît bien cette technique (...aujourd'hui elle est en fac :-) ).  Aussi, elle a immédiatement pu réciter sans une hésitation la liste, dans l'ordre, puis dans l'ordre inverse, puis dans le désordre, en répondant aux questions du type "Qu'y a-t-il en 5e position ? ... Puis en 3e... ?" etc.

Comment cela a-t-il été possible ? C'est très simple.

D'abord, il faut avoir bien en tête à quelle image animée correspond chaque chiffre (voir plus haut).

Ensuite, à chaque fois qu’une personne vous annonce un élément de sa liste, faites-vous bien préciser le numéro, et inventez en direct dans votre tête une petite scène gaguesque, style BD, ou dessin animé, mettant en relation les deux éléments. Par exemple, pour le 1 (le pieu), ma nièce avait choisi « des tomates ». Ma fille a donc imaginé en une fraction de seconde qu’elle voyait dans notre jardin potager des tomates qui poussaient autour d’un pieu. Si nous n’avions pas eu de jardin, elle aurait pu imaginer un pieu qui s’enfonce dans des tomates... avec pour résultat des tomates partout, du jus, de la pulpe, bref l’horreur ! En fait n’importe quelle scène peut très bien faire l’affaire... il faut juste avoir un tout petit peu confiance en soi, et en nos capacités d’imagination.

L’essentiel est de faire appel à des images mentales qui soient toujours...

  • Dynamiques
  • Colorées
  • Exagérées

Qu’entendons-nous par cela ?

Dynamiques : Qui sont en mouvement, qui bougent...

Colorées : Riches en perceptions visuelles... mais pas seulement ! Utilisez aussi vos facultés auditives, kinesthésiques (le toucher), gustatives, olfactives...

Exagérées : Tout ceci se passe dans notre tête... alors il n’y a aucune raison de faire des économies d’imagination ! Plus les choses seront marquantes, incongrues et exagérées, plus nous augmenterons nos chances de les retenir !

Tableau complet des associations d'idées

Maintenant, voici le tableau complet représentant la façon dont ma fille a mémorisé la liste de courses :

On peut aussi imaginer un pieu qui s’enfonce dans quelque chose… avec le bruit, ou les dégâts que cela occasionne… ou utiliser les volutes de fumées pour y mettre une forme……de sucre en poudre ! On peut aussi utiliser les accessoires courants (nez en forme de carotte, écharpe, boutons..) pour y accrocher ce qu’on veut… voire incorporer un accessoire supplémentaire !Jouer notamment sur le contraste entre le gros et le maigre…

Image animée Article choisi  Association d’idées  Commentaires
1 Piquet, pieu… Des tomates Tomates qui poussent autour d’un pieu (tuteur).
2 Cygne Des carottes Donner des carottes à un cygne. On peut toujours imaginer un cygne qui glisse majestueusement sur un étang, ou un lac, ou dans un parc… Il peut prendre un objet dans son bec, ou encore le mettre sur son dos…
3 Grosse poitrine Du papier toilette Une femme coince (pour rire) un gros rouleau de papier toilette parfumé entre ses seins. C’est pratique, une grosse poitrine : on peut toujours poser quelque chose au milieu, glisser quelque chose dedans…(Remarque : Il faut savoir que tout ce qui est un tant soit peu « osé » se retient facilement. Que ce soit par les hommes ou par les femmes (si!). À chacun d’entre nous de définir où se situent ses propres limites :-)
4 Bateau Des assiettes Pique-nique en pleine mer… Trouver quelque chose qui se passe sur le bateau… sur le pont, dans la cabine, dans la mer à proximité… sur un quai… on a l’embarras du choix !
5 Femme enceinte Des bananes Une femme enceinte mange une banane avec l’idée que son enfant aimera cela plus tard… Trouver quelque chose avec le gros ventre… ou le avec bébé dedans…
6 Pipe Des yaourts Le vieux fumeur tousse, alors il mange un yaourt pour s’adoucir la gorge On pouvait aussi inventer une pipe rudimentaire et « pour de rire » faite d’une paille et d’un pot de yaourt…
7 Falaise en surplomb Du fromage Un alpiniste qui a de la nourriture énergétique sur lui... Entre autres un vieux morceau de fromage… Pour la falaise, ne pas hésiter à mettre en scène le personnage qui grimpe… ou encore ce qu’il trouvera une fois arrivé en haut…
8 Bonhomme de neige Du sucre J’ai vu un bonhomme de neige et je me suis aperçue qu’en fait il était fait…
9 Bulles de savon De l’eau minérale Il y avait une panne d’eau courante, pour nos bulles, alors… Le 6 est un 9 à l’envers… Correspondance entre la pipe (orientée vers le bas) et l’objet à faire les bulles de savon (les bulles montent…).
10 Laurel et Hardy De la viande Hardy est gros parce qu’il mange trop de viande…

Comment ça "difficile" ?...

La première fois que vous utilisez cette technique, cela vous paraîtra peut-être un peu difficile au début. Mais croyez-moi, avec un peu d’entraînement, vous vous étonnerez très vite vous-même, et vous pourrez facilement épater vos amis !

Vous pouvez également établir une liste de 20, 30 voire 100 mots : ça marche presque aussi facilement ("11" = deux pieux... "12"= un pieu et un cygne...). Ce qui compte, c’est de s’attacher à visualiser les scènes. Mais à partir de 10, il est préférable d'appliquer "le Grand Système". Pour cela, je vous suggère de vous reporter à l'article suivant. On peut aussi se reporter auxouvrages de Tony Buzan (avec son "grand système", qui marche de 0 à l'infini...), ou de Bruno FURST, pour de plus amples explications.

Accueillons l’idée que l’échec est possible... mais que le succès l'est aussi !

Voilà. Le plus étonnant, c’est que pour ma part, dès que j’ai compris qu’il fallait prendre certaines précautions avant de commencer (en précisant juste « […] si dans la salle une personne est persuadée – attention, vraiment persuadée, hein ? – qu’elle-même n’y arrivera pas, eh bien sa prédiction sera vérifiée »), je vous assure que je n’ai plus jamais entendu de Schtroumpf grognon de mauvais augure !!! Non pas qu’ils aient disparu, certes ! Tout simplement, j'accueille par avance l’idée que l’échec est possible. Cela nous permet d'ouvrir ensemble la porte à toutes les possibilités. Et ceci sans en exclure aucune !

Mémoire extraordinaire : pour une meilleure image de soi...

Bien entendu, on l’aura compris, les personnes les plus douées pour réaliser ce genre d’expériences sont d'abord... les enfants. Les études sont formelles (...et ma modeste expérience vous confirme ce point). Partant, ce n’est tout de même  pas une raison pour ne pas essayer si vous êtes adulte. J'ai renouvelé l'expérience maintes fois, notamment avec des groupes d'adultes, cela marche très bien. Beaucoup d'entre eux, en fait, sont vraiment émus. En constatant qu'ils ont bien plus de capacités que ce qu'ils imaginaient au départ. Mais aussi en réalisant que dès leur plus jeune âge ils s'étaient fourrés (avec ou sans l'aide d'autrui) de drôles d'idées dans le crâne sur ce sujet.

En tout cas, cela nous prouve une chose (si besoin était) :

Les enfants ont encore beaucoup de choses à nous apprendre !

« [...] Un enfant peut toujours enseigner trois choses à un adulte :

- être content sans raison
- s'occuper toujours à quelque chose
- et savoir exiger - de toutes ses forces - ce qu'il désire. »

(Paulo Coelho, "La cinquième montagne").

En conclusion, pour de plus amples détails et informations, on se référera avec profit aux travaux de Tony Buzan (abondamment distribués et commentés sur le net), ou de Bruno Furst. En fait, ce dernier est nettement moins connu, mais il a rapporté un système étonnant dont je vous parlerai peut-être une autre fois.

N'hésitez pas non plus à me poser toutes les questions que vous voulez, dans la partie "commentaires". J'y répondrai de mon mieux.

La prochaine fois, nous parlerons notamment de développement personnel (car je ne sais pas si vous l'avez remarqué, mais il y a un rapport). J'en vois quelques-uns, là, dans le fond, qui sortent déjà leurs gousses d'ail et leurs crucifix :-). Qu'ils soient rassurés, ce n'est pas la peine...

Bien à vous,

Bernard

À la mémoire d’Édouard Philippe, formateur exceptionnel qui m’a enseigné l’utilité des images « dynamiques, colorées et exagérées ». Par conséquent, pour cette raison et pour mille autres, je n’oublierai jamais le respect que m’a inspiré cet homme si étonnant. C'est lui qui m’a transmis l’habitude de répondre « de mieux en mieux » à chaque fois qu’on me demande comment je vais. Essayez donc, vous serez surpris des réactions !
 
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Post-scriptum  : J'ai écrit un autre article permettant de retenir non pas dix, mais cent éléments ! On peut y accéder par le bouton ci-dessous...
La suite : Comment retenir non pas 10 mais 100 mots !
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Construire et animer une session de formation. Un livre écrit par Bernard Lamailloux


Cet article a été par la suite repris sous une forme légèrement différente dans un livre de conseils aux formateurs. « Construire et animer une session de formation » paru aux éditions DUNOD.


 

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Accelerative learning épisode 2 : Les grands principes

balayeur de blablas

  • Le mental vit dans un cercle vicieux. Il créé lui-même les problèmes et essaie ensuite de les résoudre

(Swami Prajnanpad)

Bonjour,

Dans un article précédent, je vous ai présenté le phénomène de l'accelerative learning. Je vais tenter aujourd'hui de vous donner une description plus détaillée de ce dont il s'agit.

Rappelons simplement que le but visé part de l'idée toute simple qu’on n’apprend jamais aussi bien que lorsqu’on ne s’aperçoit pas qu’on apprend.

Qu'il me soit permis de citer d'emblée le rôle essentiel joué par Bruno Hourst, sans qui je n'aurais jamais pu prendre connaissance de toutes ces choses-là (...et encore moins les appliquer !).

Bruno Hourst : une histoire étonnante

J’ai découvert (un peu par hasard, en 1998) que cet auteur avait une biographie étonnante : il s’engage tout d’abord dans la marine, et enseigne la navigation astronomique à l'École Navale, où il se passionne pour la pédagogie. Il est ensuite détaché auprès de l’Éducation Nationale en tant que professeur de mathématiques dans un lycée. Reprenant du service, il voyage sur de nombreux navires, puis devient pilote d’avion et d’hélicoptère tout en enseignant l'astronomie (une de ses nombreuses passions).

Après bien des péripéties (chacun sait que le meilleur des romans n’est qu’une pâle imitation de la vraie vie, pour peu qu’on sache la débusquer), il se met en tête de faire un tour du monde des pratiques pédagogiques innovantes (…rien de moins !). Il se lance donc dans des recherches sur des modes d'apprentissages originaux, à l'efficacité parfois inimaginable (réclamez-moi des exemples !), qui l'emmènent successivement en Australie, aux États-Unis, au Québec, au Tchad et dans plusieurs autres pays.

En collectant toutes ces informations, il a ainsi fait œuvre de « passeur » en permettant par exemple à un concept connu outre-Atlantique sous le nom d’Accelerative learning de traverser l’océan, puis d'être largement diffusé en Europe. Après y avoir apporté des aménagements et enrichissements de son cru, il lui donnera le nom de « mieux-apprendre » (ainsi l’idée de qualité prend le pas sur celle de rapidité, manière peut-être plus « européenne » de mettre en avant ce qui est efficace ? Toujours est-il que le point commun est qu'on fait plus, mieux, et en moins de temps. À chacun de déterminer l'expression qu'il préférera :-)

Il publie pour la première fois les résultats de ses recherches dans un ouvrage désormais célèbre, intitulé Au bon plaisir d'apprendre en 1998, ouvrage qui donne un aperçu de nombreuses techniques et de leurs incontestables bénéfices. Aujourd'hui cet ouvrage reste un incontournable de la question. Après plus de 10 000 exemplaires vendus au total, "Au bon plaisir d'apprendre" (4ème édition) a en effet vu le jour en 2015.

Euh... j'ai droit à une touche personnelle ?

Permettez-moi ici de glisser une touche plus personnelle, en précisant que la découverte de ce livre (réédité de nombreuses fois depuis lors) a radicalement changé ma vie de formateur. Le fait de trouver dans un livre, publié chez un éditeur reconnu, les principes sur lesquels j'appuyais ma pratique pédagogique (qui, à l’époque, s’était construite  100% « à l’instinct ») m'a libéré de l’île déserte que j’avais l’impression d’habiter (...comme beaucoup d'entre nous, apparemment, si l'on en juge par exemple d'après le mouvement suscité récemment par l'annonce du MOOC ITyPA...).

En effet, je me suis complètement reconnu dans cette manière de voir et de fonctionner, à tel point que je n’ai eu de cesse que de rencontrer ce personnage si surprenant... Ce que Bruno Hourst a non seulement accepté très simplement et très gentiment, mais il a fait bien plus que cela, en me faisant l’amitié de me faire partager en grande partie le fruit de ses recherches, et en acceptant spontanément de me venir en aide (je pataugeais à l’époque dans la préparation laborieuse d’une séquence de formation de formateurs), alors que c’est paré du seul titre de simple « soutier » de la formation que je m’étais permis de prendre contact avec lui.

Non seulement il m'a très favorablement accueilli, mais il m’a fait l’honneur de me transmettre une grande partie de ses connaissances, allant jusqu’à m’inviter à suivre plusieurs de ses séminaires en tant qu’auditeur libre, tout ceci sans jamais me demander la moindre contrepartie que ce soit ! Par la suite j’ai même animé moi-même plusieurs de ces séminaires-là, toujours sous la houlette débonnaire de ce monsieur hors du commun dont j’apprécie aujourd’hui encore la compétence, la gentillesse et surtout la simplicité. De son côté, Bruno a publié depuis de nombreux autres ouvrages :

Bibliographie de Bruno Hourst

  • Au bon plaisir d'apprendre. Bruno Hourst. InterEditions, 1997-2008. ISBN 978-2729609382
  • Former sans ennuyer : Concevoir et réaliser des projets de formation et d'enseignement. Bruno Hourst. Editions d'Organisation, (2007). ISBN 978-2-212-53937-0
  • Modèles de jeux de formation : Les jeux-cadres de Thiagi. Bruno Hourst et S.Thiagarajan. Editions d'Organisation, (2007). ISBN 978-2-212-53937-0
  • À l'école des intelligences multiples. Bruno Hourst. Hachette Education, juillet 2006. ISBN 978-2-01-170898-4
  • J'aide mon enfant à mieux apprendre. Bruno Hourst. Eyrolles, janvier 2008. ISBN 978-2-212-54038-3
  • Management et intelligences multiples : La théorie de Gardner appliquée à l'entreprise. Bruno Hourst et Denis Plan. Dunod, octobre 2008. ISBN 978-2-10-052158-6

Il serait dommage de refermer cette notice bibliographique sans souligner un paradoxe qui, bien que j'y sois habitué, n'en reste pas moins curieux : Tous ces ouvrages sont largement diffusés dans toutes le bonnes librairies, et font de Bruno Hourst un auteur qui a aujourd'hui bien plus qu'un succès d'estime. Ce succès (largement mérité à mes yeux) fait de lui un auteur incontournable pour des milliers de lecteurs, qu'ils soient simples curieux, ou encore issus du monde de l'entreprise, de la formation professionnelle, de l'éducation...

...En revanche, ces mêmes ouvrages sont totalement négligés par la plupart de ceux qui disent habituellement la messe en matière de pédagogie ! Pour en avoir une illustration, recherchez l'expression "littérature grise" (qui m'avait fait – qui me fait toujours – bondir) dans mon article précédent.

Les grands principes (ou idées force) de l'accelerative learning

Ah, tout de même, ces fameux principes, en quoi consistent-ils donc, va-t-il encore nous faire languir longtemps, celui-là ? ... vous entend-je piaffer  :-)

Précisons tout d'abord qu'ils ne doivent en aucun cas être considérés comme je ne sais quel dogme, catéchisme, bible, ou que sais-je encore... Il ne s'agit que d'idées générales, mais toujours en prise avec le concret, agrégées au fil du temps (...et toujours avec le sourire) par toute une galaxie de personnes séduites par l'idée que le concept d'open source ne devait pas être réservé au seul monde du logiciel (...des connectivistes avant l'heure, si on voudra :-) ).

Autre précision importante : tous ces principes traversent chaque jour l'épreuve des faits ! Si jamais en lisant ceci vous éprouvez un ressenti de l'ordre de "Cela ne pourrait jamais s'appliquer à mon domaine d'enseignement" ou encore "C'est toujours pareil, ils sont marrants, eux, ils ne connaissent pas l'enfer de ma situation de travail", dites-vous bien que je vous comprends, que vous n'êtes pas le premier ou la première à réagir ainsi. En pareil cas, n'hésitez pas à me faire connaître vos éventuels agacements dans vos commentaires, je serai heureux d'y répondre dans la mesure de mes compétences.

Il n'en reste pas moins que ces principes-là (injustement méconnus, pour beaucoup d'entre eux, même si la "bonne parole" :-) a tendance à se répandre, lentement mais sûrement) sont en effet appliqués quotidiennement, avec succès, que ce soit dans des stages en entreprise, ou dans l'enseignement dit "initial", de l'école maternelle à l'université, un peu partout dans le monde. Ils ne font certes pas de miracle, mais sont en général plus que bénéfiques pour quiconque ose franchir le pas, et tout en étant diablement efficaces, rendent de surcroît la vie beaucoup plus agréable à tous, enseignants/formateurs, mais aussi apprenants ! Les voici en résumé :

  • Nous avons tous des capacités spectaculaires
    Les capacités d'un être humain sont bien supérieures à ce que l'on considère habituellement comme normales. Ceci est particulièrement vérifiable pour ce qui concerne nos « capacités à apprendre ». Tout apprentissage doit tenir compte des opinions restrictives des apprenants sur leurs propres capacités, et aussi de celles des enseignants/formateurs sur les capacités de leurs apprenants
  • Tout ce qui ne fait pas sens « ressort par l’autre oreille »
    On apprend mieux lorsque ce que l'on apprend a un sens pour nous, et encore mieux lorsque l'on prend plaisir à apprendre.
  • Attention, la question des « efforts » doit être manipulée avec de longues pincettes !
    Il est très important de distinguer l’effort volontaire (parce que justement porteur de sens, voir ci-dessus) de l’effort imposé par des contingences extérieures. La célèbre sentence « Doit faire des efforts » n’en tient en général aucun compte, et ne fait qu’accroître les inégalités (nous y reviendrons).
  • Il faut remettre le bon sens au centre de la pédagogie :-)
    Ce n'est pas en se "réfugiant dans l'analyse" que pédagogues et formateurs trouveront des solutions concrètes aux problèmes qu'ils rencontrent tous les jours dans l'exercice de leur profession. Et ce n'est pas en non plus appliquant à la lettre les méthodes assénées par des professeurs Diafoirus (qui ne sont plus allés "au charbon" depuis des lustres… voire qui ont fui ledit charbon… ou ne l'ont même jamais connu) que nous avancerons d'un pouce. Certes, la théorie a droit de cité, mais il est grand temps de la remettre à sa juste place. Les principes du Mieux Apprendre, quant à eux, relèvent pour la plupart d'un simple bon sens trop souvent oublié. Vous voulez un exemple de ce que j'appelle le bon sens en pédagogie ? Allez donc lire ce passionnant article de Thiagi (le génial concepteur des "Jeux-Cadres"...
  • Les « croyances limitantes » empêchent tout le reste de fonctionner correctement
    Si je ne suis pas persuadé d’avoir « tout ce qu’il faut en stock », dans ma p’tite tête, pour apprendre, je n’apprendrai rien. Vous pouvez investir dans le meilleur équipement de plomberie, installé par les meilleurs spécialistes, il n’en reste pas moins vrai que si un caillou bouche le tuyau, l’eau ne coulera pas ! Remarque : dans une énorme proportion, ce « tout ce qu’il faut » tourne autour des croyances limitantes que l’apprenant a sur ce qu’il appelle « son intelligence » et « sa mémoire » (enfants et adultes, tous dans le même bateau, ces croyances-là ont la vie dure, croyez-moi !).
  • Quand on va apprendre quelque-chose, on ne laisse pas notre personnalité à l’extérieur, sur un porte-manteau
    Apprendre est un processus qui met en œuvre l'ensemble de la personne, en particulier le conscient et l'inconscient, le corps, les émotions. Ainsi, l'environnement d'apprentissage (Remarque : il ne s’agit pas ici du grand totem d’Environnement Personnel d’Apprentissage qui a fait couler beaucoup « d’encre à clavier :-) , si l’on peut dire» ces derniers temps, mais plus largement d’environnement physique, émotionnel, social, mental). Cet environnement-là  joue un rôle important dans la qualité de l'apprentissage ; et ceci quels que soient les moyens utilisés pour mesurer ladite qualité.
  • Le Q.I. c’est de l’arnaque !
    Il n'y a pas d'intelligence absolue qui serve d’étalon ou de référence (à travers des tests) pour mesurer l'intelligence d'un être humain ; on peut considérer l'intelligence de chaque personne comme formée d'un faisceau d'intelligences qui lui est propre (Cf. les travaux d’Howard Garner sur les intelligences multiples).
  • Le « rendement » d’un apprentissage est souvent comparable à celui d’un bon jeu vidéo.
    On apprend mieux lorsque l'on est dans un état de détente concentrée ; ce "juste milieu" entre les deux extrêmes que sont stress d'un côté, et ennui de l'autre. Les concepteurs de jeux vidéo appellent ça le « flow ».
  • Merci les neurosciences !
    Une meilleure connaissance du fonctionnement du cerveau permet d'améliorer la qualité d'un apprentissage. Ainsi, les neurologues défrichent de jour en jour des pans entiers de la manière dont fonctionne le cerveau humain en situation d’apprentissage. Ils nous (ré)apprennent notamment que les émotions (notamment l'humour), le travail en coopération, le mouvement (en particulier les mouvements croisés), les arts (et tout particulièrement la musique) jouent un rôle essentiel dans tout apprentissage, comme source d'énergie et de motivation , et – qui plus est – favorisent la mémoire à long terme.
  • Apprendre, c’est pour tout le monde...
    Tout le monde peut avoir accès au savoir, quel que soit son âge, son origine, son milieu social... Les choses qui comptent avant tout sont la motivation, la curiosité, un climat favorable et un minimum de confiance en soi de la part de l’apprenant… mais aussi de l’enseignant/formateur !
  • …Mais « tout le monde est différent :-) »
    Chaque personne a un mode préférentiel d'apprentissage, qu'il est important de prendre en compte (…mais si, c’est possible !). Ainsi, dans les situations d'apprentissage, tout ce qui permet de "faire mouche" à tous les coups en "balayant large" au niveau des perceptions sensorielles et neurologiques est bon à prendre. Un excellent exemple : le mind mapping.

Bien entendu, je développerai plusieurs des paragraphes exposés ci-dessus dans les prochains articles à paraître sur ce blog.

Voilà. Comme vous avez pu le constater, il n'y a là rien de bien méchant, et tout ceci n'est après tout qu'une question de bon sens (...je vous avais prévenus ! :-)). Si d'aventure vous vous exclamez "C'est tout ? ...Ils n'ont rien inventé, moi je fais ça couramment !", eh bien tant mieux pour vous, j'en suis très sincèrement heureux ! En même temps, il faut bien voir que tout cela suppose un grand coup de balai sur pas mal d'idées reçues qui ont aujourd'hui encore la vie dure. Avec, pour commencer, celle selon laquelle les êtres humains seraient faits non seulement pour enfanter dans la douleur (?!), mais aussi pour apprendre dans la douleur, voire d'atroces souffrances (...re-!?). Autre idée reçue à laquelle je me fais un plaisir de tordre le coup à chaque fois que l'occasion s'en fait ressentir : Ce qui fonctionne (ce qui fait ses preuves, si on veut) doit nécessairement être complexe... Ben voyons ! :-)

Un exemple concret

J'avais promis de donner ici des exemples concrets de séquences utilisant les principes de l'accelerative learning, directement exploitables en situation d'apprentissage. Commençons dès aujourd'hui, si vous voulez bien. Il s'agit d'un jeu pédagogique  que j'appelle "Cinq questions pour des champions". Il est issu d'un "Jeu -Cadre" de Thiagi (j'y reviendrai). Je vous assure que je l'ai utilisé (et vu utiliser) dans des tas de circonstances d'apprentissage très différentes les unes des autres. Pour que cela fonctionne, il suffit d'un chose... cette petite chose, c'est beaucoup et c'est bien peu, comme disait le chanteur. Et cette chose c'est...

...O-ser ! :-)

Voilà. Le lien se trouve ici, dans un article que j'avais publié il y a quelque temps. Soyez rassurés, je ne compte pas m'en tenir là, il y aura d'autres ressources à l'avenir. Lesquelles ? Eh bien cela dépendra pour une large part de la teneur de vos commentaires ! A vos claviers, donc... Ma souris et moi vous attendons de pied ferme, avec plaisir.

Bien à vous,

Bernard

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Construire et animer une session de formation


Cet article a été par la suite repris sous une forme légèrement différente dans un livre de conseils aux formateurs intitulé  « Construire et animer une session de formation » paru en juillet 2014 aux éditions DUNOD.

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ITyPA sympa ce MOOC ? (épisodes 4 à 10)

mooc bonnet d'âne

Si vous avez raté le début... (rappel des épisodes précédents)

Jeudi 4 octobre dernier fut le jour de l'ouverture de "ITyPA, première séance du tout premier  MOOC francophone de toute l'histoire de l'humanité.

La partie, disons "émergée" de l'iceberg, consiste en une série de 10 hangouts vidéo, espacés d'une semaine et retransmis à chaque fois en direct sur Youtube selon un calendrier bien établi (voir le site d'ITyPA). J'avais pris pour habitude de donner ici mon sentiment après chacune des trois premières séances.

Je quitte "la partie émergée" du Mooc...

Hélas je suis obligé de vous avouer bien "penaudement" que depuis lors je suis en train de prendre une semi-tangente par rapport à ces séances-là, du moins pour ce qui concerne leur diffusion en direct. Me voilà désormais quasiment ravalé au rang de "décrocheur" :-)

Pour ma part j'ai décidé, donc, de décrocher des séances MOOC ITyPA en direct, pour ne les visionner qu'après coup (mais pas forcément toutes, et pas forcément en entier). Les raisons n'ont pas grande importance, je préfère donc ne pas les évoquer, par égard pour les animateurs, pour le mal qu'ils se donnent, et aussi pour ne pas prendre le risque de décourager tous "ceux qui restent".

Surtout qu'il y a dans l'air comme un petit quelque chose qui me dit que ce Mooc, malgré ses inévitables limites et imperfections, c'est un peu comme le bon vin, il y a des tas de choses qui "décanteront" après coup !

...Mais pas la partie immergée !

Comme je l'ai déclaré à maintes reprises ici ou là, l'existence même de ce dispositif m'a permis (...et me permettra encore, à n'en point douter) d'apprendre énormément de choses (...et même d'apprendre plus qu'avec que "ce qui dépasse de l'iceberg"... sans doute au motif que je ne fais pas vraiment partie du "coeur de cible"). Cela m'a également permis de nouer des tas de contacts passionnants ! Et puis mine de rien, le site du Mooc s'enrichit de jour en jour de mille ressources agrégées, venues d'un peu partout sur la toile, et que les explorer restera un plaisir (chronophage, comme beaucoup de plaisirs, d'ailleurs).

C'est donc bien volontiers que je continuerai à discuter avec vous de ces sujets, ici et dans nos blogs respectifs, ou n'importe où ailleurs.

Mais à partir de maintenant je ne commenterai plus les séances elles-mêmes, vu qu'au mieux  je n'en verrai que des morceaux.

Ce que je compte faire à la place

En lieu et place, je compte me consacrer avec la dernière énergie au dossier (à ma série d'articles, si vous voulez) que je consacre depuis peu à un sujet qui me passionne, à savoir le "Mieux-Apprendre", ou encore comment faire pour apprendre plus, mieux, sans prise de tête, dans une ambiance du tonnerre, et surtout sans jamais s'ennuyer (...on y rit beaucoup...), et – cerise sur le gâteau – sans même s'apercevoir qu'on apprend... Idéal pour les décrocheurs de tout poil, donc, mais pas seulement...

Si jamais cela vous intéresse, suivez ce lien (...qui pointe sur le présent blog, avec un filtre par catégorie, d'ailleurs si certains veulent savoir comment procéder, qu'ils écrivent donc un commentaire, je me tiens à leur disposition :-) ).

Voilà !

Bien à vous,

Bernard

Incroyable ! Un participant du Mooc ITyPA se coiffe lui-même d'un bonnet d'âne...

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Découverte de la grande galaxie de l’accelerative learning

Que sait-il de l'amour, ton cerveau, pauvre Luis ? Rien. Il sait, par ouï-dire, que l'amour existe mais il ne sait pas le goûter. Que sait-il d'une pomme ? Son poids, sa couleur, sa chimie. La formule chimique d'une pomme nourrit-elle ? Non, mais le cerveau s'en moque. Il ne se nourrit pas de pommes, il se nourrit d'informations. Il les stocke, il les accumule, il les empile, il les interprète, il s'en bâtit des systèmes, des romans, des euphories et des angoisses. Il ne vit pas, il fonctionne. (Henri GOUGAUD : "Les sept plumes de l'aigle".)

Bonjour,

Cet article est le tout premier d'une série consacrée au phénomène de l'accelerative learning, également connu sous le vocable de mieux-apprendre.

Quand on s’intéresse aux grands courants de la pédagogie, on a coutume de citer le cognitivisme, constructivisme, le socio constructivisme, le behaviorisme... que sais-je encore ?

Ces différents courants sont dûment répertoriés, homologués, labellisés et étiquetés… mais par qui ?

…Eh bien, c'est simple : par de doctes personnes dont la principale mission consiste à répertorier, homologuer, labelliser et étiqueter des choses. Or, pendant ce temps-là, le monde bouge, évolue, et tout un pan de la réalité de situations d’apprentissage se développe, croît et existe tout tranquillement en parallèle, à côté du reste. Dans un certain nombre de cas, cela se produit sans que nos chers répertorieurs-homologueurs-labelliseurs-étiqueteurs ne paraissent le moins du monde concernés !

Littérature grise...

Lorsqu’il m’est arrivé d’en croiser (essentiellement à la fac) et de leur montrer des ouvrages portant sur ces sujets-là et expliquant ce qui s’y passe, la très grande majorité  de mes professeurs m’opposaient en général une fin de non-recevoir, sans même daigner jeter le moindre regard là-dessus, au motif que cela appartenait à ce qu’ils appelaient très joliment de la « littérature grise » !

Pour les non-initiés, je précise que la littérature grise, dans la bouche des répertorieurs-homologueurs-labelliseurs-étiqueteurs, désigne tout ce qui se publie en-dehors des revues universitaires. Voilà en effet une manière plutôt cavalière, mais fort commode, de laisser dans l’ombre une bonne part du réel, tout en permettant de rester dans l’entre-soi de tous ceux qui – certes – ont compris tout l’intérêt qu’il peut y avoir à se réfugier dans la réflexion… parfois même jusqu’à aller se retrancher le plus loin possible de l’action.

De bien tristes prestidigitateurs

Bien entendu, je ne parle pas ici de l'ensemble des professeurs d'université, loin s'en faut, mais tout de même d'une bonne partie d'entre eux qui (hélas) tient le plus souvent "le haut du pavé", comme on dit. Ces personnes-là ont une fâcheuse tendance à repousser d'un revers de main, et sans aucun état d'âme, tous les faits qui ne concordent pas avec leur sacro-sainte "validité scientifique" du moment. Le fameux classement de Shanghaï (sur les universités dans le monde) les place-t-il dans une position délicate, au motif que notre pays - pourtant inventeur de l'université ! - est en train de tomber en chute libre dans ce classement  ? Que nenni, il suffit de déclarer que les critères de ce classement ne sont pas appropriés, et hop, le tour est joué !

Au procès de Galilée, ils étaient déjà là, pour déclarer sans rire "...que les météorites ne peuvent pas être des pierres qui tombent du ciel, puisqu'il n'y a pas de pierres dans le ciel".

Tous les jours, en pédagogie des adultes notamment (oui, je sais, il faudrait théoriquement que j’emploie le terme « andragogie », mais voyez-vous comme c’est bête, il est important pour moi de me faire comprendre du plus grand nombre, quitte à prendre le risque de chagriner tous les Diafoirus du moment…) Tous les jours, disais-je, ces concepts sont utilisés par des centaines de milliers de personnes. Pour vous en persuader, rendez-vous chez votre libraire préféré.. quittez le rayon "Pédagogie" et approchez-vous des rayons intitulés "Entreprise", "Vie pratique", voire "Développement personnel" (Remarque : si d'aventure un ou plusieurs de ces mots vous donne des boutons, aucun souci, retournez donc vous réfugier bien au chaud dans vos bonnes vieilles habitudes :-)

Je vais vous confier une chose toute bête : Quand j’ouvre un livre traitant de pédagogie, et que ça jargonne du début à la fin (alors même qu’aujourd’hui j’ai assimilé une grande partie de ce jargon), je ne peux pas m’empêcher de me dire que – de l’auteur ou du lecteur – l’un des deux au moins a un gros problème. Et devinez pour qui je tranche, en général, mmmmh ?

Alors c’est vrai, le courant pédagogique dans lequel je me reconnais et m’épanouis le plus passe le plus souvent à la trappe et, du coup, se retrouve injustement ignoré des nombreuses personnes de bonne volonté désireuses de s’intéresser aux choses de la pédagogie, lesquelles passent nécessairement par le prisme quasi obligé de la doxa (mais oui, vous savez, les « milieux autorisés », comme disait Coluche, qui avait compris bien des choses) ! Fort heureusement, aujourd'hui internet est là, pour le meilleur et pour le pire, et il contribue dans bien des domaines à fissurer quelques édifices, et à faire parfois bouger les choses (Dieu merci, je ne suis certes pas le premier blogueur à parler de ces choses-là !).

Pour ma part, l'accelerative learning est ce qui m’anime et m’aide à faire de tous mes face-à-face pédagogiques de purs moments de bonheur, pour moi et (je l’espère !) pour mes apprenants.

Ce que, faute de mieux, nous appellerons "ce courant" part du principe tout bête qu’on n’apprend jamais aussi bien que lorsqu’on ne s’aperçoit pas qu’on apprend, et qu’à l’instar de Bergson, « Il n’y a pas d’idée (philosophique ou non), si profonde ou si subtile soit-elle, qui ne puisse et ne doive s’exprimer dans la langue de tout le monde. » Son plus grand ennemi est également celui de plein de générations d’enfants. Il s’appelle l’ennui.

Courant ou galaxie ?

L'accelerative learning est maintenant très largement utilisé dans le milieu des entreprises et de la formation personnelle (mais toujours plus ou moins marginalisé par l’université !).

Les fans de l'accelerative learning n’ont en général pas le sentiment de faire partie d’une école, d’une chapelle, et encore moins d’une approche théorique, et ceci pour une raison bien simple : ils s'intéressent bien plus à des notions telles que le bon sens ou l'humour (vecteurs d'apprentissage extrêmement puissants, comme on le verra dans le prochain article).

En général, ils préfèrent dire qu’ils font partie d’une « galaxie », vous savez, cette structure en spirale tournant autour d’un noyau dur, lequel n’est jamais plus qu’un objectif vers lequel on tend...

Ainsi, l'accelerative learning ne passe pas par les fourches caudines de notre belle Université, pour le simple motif que toute cette galaxie « pas vraiment orthodoxe » n’hésite pas à « picorer » ici et là de nombreuses techniques ou méthodes qui n’ont pas forcément droit de cité chez nos doctes chercheurs. Cela n’empêche pas toutes ces petites « planètes » d’être réutilisées avec succès un peu partout dans le monde, tout simplement par les millions de petites (et moins petites) mains qui vivent dans le cambouis du réel, aussi bien dans le milieu de l’entreprise (formation professionnelle, mais aussi brainstorming, techniques de résolution de problèmes, ou plus généralement ressources humaines), de l’enseignement, de l’éducation des jeunes enfants (allez donc voir du côté des pédagogies dites "décalées") … jusqu’aux nombreux parents qui de par le monde s’intéressent à la manière dont ils peuvent efficacement venir en aide à leurs enfants pour les devoirs à la maison !

L'exemple du Mind Mapping

Un exemple de ces galaxies ? Le Mind Mapping, mais oui, amis connectivistes, vous avez bien lu ! Le Mind Mapping popularisé par les ouvrages de Tony Buzan, est depuis de nombreuses années largement utilisé, promu, encouragé par les fans du mieux-apprendre. L'époque où il fut à son tour utilisé, repris, et même (...parfois exagérément)  encensé par les "pédagogues patentés" est beaucoup plus récente. Qu'importe, c'est avec bonheur que j'ai vu tant de personnes, blogs, méthodes pédagogiques s'approprier et diffuser cette technique (propriétaire de personne, faut-il le rappeler ?)... technique qui (pour ma part) m'a été enseignée il y a déjà fort longtemps !

Si le terme « Mind Mapping » ne vous dit rien, voici la liste des synonymes les plus couramment employés :

      • Arbre de connaissance
      • Carte Cognitive
      • Carte Conceptuelle
      • Carte euristique
      • Carte heuristique
      • Carte mentale
      • Carte sémantique
      • Constellation d'idées
      • FlowChart
      • Learning Map
      • Mind Map
      • Mind Mapping
      • MindChart
      • MindCluster
      • Mindmapping.
      • Mindscape
      • Schéma euristique
      • Schéma heuristique
      • Topogramme.

La longueur de cette liste vous surprend ? Eh bien, dites-vous bien que cela peut être aussi un signe de bonne santé pour le mind mapping, qui par nature a du mal à se laisser classifier, étiqueter, etc... La liberté est parfois à ce prix :-)

Ressources sur l'accelerative learning : comment s'y retrouver dans cet univers "open source" ?

Je reparlerai plus en détail du mind mapping prochainement. Pour ce qui concerne l'accelerative learning, voici quelques premiers jalons, bons points de départ pour ceux qui seraient en recherche de ressources. Il suffit en effet de googler la plupart des noms apparaissant ci-dessous pour se faire une première idée, tout en gardant bien à l'esprit que les noms cités ici désignent parfois des contributeurs... bien involontaires ! En effet, non seulement l'accelerative learning est une galaxie, mais c'est aussi un gigantesque Lego dans lequel chacun peut venir puiser à sa guise, ce qui ne nuit aucunement à son efficacité, bien au contraire... tenez, pensez donc à ce qu'est Linux pour le monde des informaticiens :-)

Quelques noms Commentaires, explications, champs de recherche ou d’application
Tony Buzan Né en 1942, c’est un psychologue anglais connu pour être le créateur du concept de carte heuristique, mas également plusieurs techniques dites de mémorisation totale (SEM3 et « Grand système »)
Georgi Lozanov Médecin et psychothérapeute bulgare (1926-2012). Considéré comme un des pères fondateurs, il est décédé depuis peu. Travaux sur la mémoire et les différents facteurs « facilitateurs » d’apprentissages. Voir http://dr-lozanov.com/
Roger Sperry, Paul Mc Lean et tous les spécialistes des neurosciences. Tout ce que les neurosciences peuvent nous apprendre sur la manière dont se font les acquisitions fait bien entendu le miel des fans de l'accelerative learning, qui s’efforcent d’utiliser toutes ces découvertes dans des applications bien concrètes.
Howard Gardner Né en 1943, Gardner  travaillait à l'origine sur les lésions cérébrales et leurs conséquences. il est aujourd’hui le père de la théorie des intelligences multiples. Il enseigne à l'université de Harvard
Edward de Bono né en1933 à Malte, psychologue et médecin spécialiste en sciences cognitives. Il est connu pour avoir promu la notion de « Pensée latérale ».
Bruno Fürst Bruno Fürst (1891-1965) fut le plus créatif, imaginatif, inventif et fabuleux des facilitateurs  mnémotechniques. Le mieux est d’aller voir cet exemple... (cherchez le titre "La ressource")
Sivasailam Thiagarajan, alias Thiagi Inventeur génial et pétillant du concept des « Jeux-Cadres » (qui, du moins à mes yeux, ont un lien de parenté criant avec les serious games), Thiagi est aujourd’hui mondialement reconnu.

Voilà. Dans un prochain billet, je me propose de vous parler de Bruno Hourst (qui est le meilleur vulgarisateur, au meilleur sens du terme, de toutes ces notions pour un public francophone). Je vous ferai également partager quelques principes et exemples de ce qu'est l'accelerative learning, très concrètement.

À bientôt !

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Non, l’ennui n’est pas une fatalité…

Ah là là, que d'émotions...

Dans mon dernier billet je vous faisais part de mes sentiments mitigés après trois séances MOOC ITyPA.

J’y évoquais ce qu’il faut bien appeler l’ennui que je ressentais de plus en plus lors du visionnage des dernières séances, après l’enthousiasme des débuts. Plusieurs personnes ont eu la gentillesse de me faire part de leurs propres réactions, sur ce blog ou ailleurs, en me suggérant parfois de mettre un peu d’eau dans mon vin, au motif que, bah, quand on assiste à un cours on s’ennuie forcément un peu, que si on s’ennuie il faut s’occuper utilement en prenant des notes, et qu’après tout il faut bien « faire avec » parce que… parce que c’est un peu la loi du genre.

Aussi j’aimerais aujourd’hui vous raconter une histoire... vraie .

 

Histoire d’un vieux monsieur

Un vieux monsieur s’installe à une table de conférence, face à un parterre de chercheurs en intelligence artificielle. Il parle pendant une heure. Il est filmé par une caméra fixe. Pas vraiment générateur d’engouement comme dispositif. Et pourtant…

…Pourtant un silence religieux se fait immédiatement, dans un climat d’attention bienveillante et détendue. Et le vieux monsieur parle toujours, très simplement, avec des mots de tous les jours, bien que s’adressant à un public averti. Et moi, pauvre clampin derrière son petit PC, je ne peux m’empêcher de penser à cette phrase amusante de l’écrivain norvégien Gunnar Staalesen : « Les tableaux aux murs, tous dans des cadres dorés, étaient dus à des peintres si renommés que même moi j`arrivais à les reconnaître. »

Mais revenons à notre vieux monsieur. Sans jamais se départir d’un sourire lumineux (parce qu’authentique), il nous donne de précieux éclairages sur un sujet qui le passionne, et qui me passionne également, à tel point que j’ai pris l’habitude de visionner régulièrement cette conférence, que je connais presque par cœur maintenant, et bénis ceux qui ont eu le bon goût de l’enregistrer, puis de la mettre à disposition sur YouTube.

Les premières fois j’étais tout simplement scotché à mon fauteuil par la poussée gravitationnelle. Space Mountain à côté, c’est de la bibine. C’est émouvant de se sentir ainsi tiré vers le haut. Émouvant parce qu’il est somme toute assez rare de ressentir avec une telle jubilation le plaisir d’apprendre et de comprendre.

Aucune envie de zapper sur d’autres onglets de mon navigateur… Aucune envie de prendre des notes non plus, enfin, la première fois du moins. Quelque-chose me dit que même ceux qui ont en général la bougeotte en pareil cas se comporteraient tout autrement ici… Allez, je prends le pari que même Christine Vaufrey, qui a eu la gentillesse de confier ici qu’elle était sujette à ce virus, ne bougerait pas un cil ;-)

Le vieux monsieur continue de parler. Il présente simplement le plan de son intervention, chaque « chapitre » a droit à son introduction, son développement, sa conclusion en bonne et due forme, et même une petite phrase qui fait impeccablement le lien entre ce qui précède et ce qui va suivre. Il y a là un vrai souci de nous prendre par la main, en douceur, de ne jamais nous perdre, sans avoir l’air d’y toucher. Vous savez, un peu comme le si rassurant petit rond bleu « Vous êtes ici » qu’on voit parfois sur les plans de ville affichés dans la rue… Pourtant, pas une seule fois on ne voit le monsieur consulter ses notes !

Ah, les notes, parlons-en : les autres fois, en re-visionnant la conférence, je n’ai pas pu résister à la tentation d’en prendre, des notes, histoire de pouvoir m’en repasser quand même une petite couche pendant les moments où je dispose de moins de temps. À toutes fins utiles, j’ai mis ça dans un dossier public sur un bout de cloud, si ça vous intéresse servez-vous.

Voilà. C’est terminé. Le vieux monsieur a fini de parler. Toute la salle l’applaudit, longtemps, debout. Lui regarde tous ces gens avec émotion et gentillesse, un peu gêné, tout en dodelinant doucement de la tête pour les remercier de leur attention. À ce moment précis, ce n’est plus un vieux monsieur, c’est un tout jeune homme.

Cela se passe en décembre 2007, pour les 40 ans de l’INRIA. La conférence s’intitule « Les nouvelles technologies, révolution culturelle et cognitive ».

Le monsieur s’appelle Michel Serres.

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