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Glander, une philosophie de vie (éloge du glandeur)

montage glandeurs et lagaffe

Bonjour. Il se trouve qu'avec quelques e-amis, nous nous sommes tout récemment retrouvés embringués dans un MOOC (cours en ligne) intitulé "La Pensée Design". Le mooc devrait durer jusqu'au 13 juin.

Quand les mouches vont au marché, les glandeurs vont au mooc

Au départ, mes propres motivations pour m'inscrire à ce MOOC peuvent se résumer ainsi : "Eh m'sieur l'juge, j'vous jur' j'voulais pas y aller au début, et puis c'est mes potes y m'ont dit zyva viens avec nous y'a un radiateur au fond on s'met tous là…"

Sans même attendre que le cursus soit démarré, j'ai donc entrepris de créer (avec l'aide de quelques camarades de front) un collectif de travail qui devait à l'origine s'intituler "Les gros nazes du fond", mais au bout de 1641867812549991 tours de scrutin nous nous sommes mis d'accord sur un titre nettement plus approprié, et qui fait désormais consensus

Nom de ce fameux groupe (sur Facebook) : "Les glandeurs du radiateur du fond" (Frédéric, si tu nous regardes, merci du fond du cœur). Par ailleurs, le fruit de nos travaux peut être consulté ici.

Ce fut un régal… ça l'est toujours à l'heure où j'écris ces lignes ! Mais il m'a hélas fallu très vite constater une chose : la notion de glandeur demeure assez floue pour beaucoup de gens, et à les lire, il m'arrive parfois de ressentir un symptôme de "glandeur et décadence".

Ainsi ai-je pu lire sous la plume de plus d'un, quelques remarques, voire quelques réserves, exprimées le plus souvent sur le mode "Houlà, vous êtes bien actifs, pour des glandeurs !"… sans compter les allégations de "vrai glandeur", "faux glandeur", voire "vrai faux glandeur" qui ont commencé à fuser ici et là, et que certains de mes amis ont commencé à se lancer à la figure à mon grand désarroi (en bon glandeur qui se respecte, je ne supporte pas le gaspillage d'énergie).

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J'ai donc éprouvé le besoin d'écrire ici ce petit billet en forme de mise au point. Il aurait très bien pu s'intituler "Qu'est-ce qu'un glandeur, au juste ?"…

C'est vrai ça, "Qu'est-ce qu'un glandeur, au juste ?"…

Tentons d'apporter quelques éléments de réponse à cette épineuse question. Chacun ayant sa propre idée, son propre point de vue quant à la question et au statut exact du glandeur, du glandeur, je ne vois pas au nom de quoi je me gênerais pour vous exposer le mien, qui vaut ce qu'il vaut, et vice versa.

D'abord, il ne faudrait surtout pas prendre les glandeurs pour des imbéciles :

Un glandeur est quelqu'un qui a conscience d'être naturellement décalé, en quelque sorte, et qui s'en fiche. D'ailleurs il se fiche d'énormément de choses…

les glandeurs - appli pour smartphones et tablettes

Une appli pour smartphones et tablettes est en cours d'élaboration (...authentique !)

Un imbécile, quant à lui, ne peut absolument pas s'empêcher d'être tout le temps en décalage. C'est hors de son contrôle, et contrairement au glandeur, il a aucune conscience de cet état de fait (d'où la célèbre réplique des "Tontons flingueurs" : Les cons ça ose tout, c'est même à ça qu'on les reconnaît !"...

Seul le sot est capable de prendre un glandeur pour un imbécile. Pas fou, le glandeur ne fera rien pour l'en dissuader. La raison en est ultra simple : il se fiche de ça aussi !

Didier, roi des glandeurs

Un exemple d'attitude archétypale de glandeur : Didier, un ami d'enfance, le jour où notre professeur annonça solennellement les résultats du bac devant notre classe pétrifiée d'angoisse, s'entendit dire... qu'il était le seul de la classe à ne pas avoir été reçu.

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Croyez-vous qu'il se soit démonté ? Pas du tout ! Il s'est contenté d'ouvrir son sac à bandoulière, d'en extraire un énorme sandwich, et de mordre dedans à pleine dents tout en s'exclamant d'un air bonhomme : "Oh, c'est pas grave ! Quand l'appétit va, tout va !".

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on est bien c'est la fête

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Là où un cancre serait devenu soit tout rouge, soit carrément agressif, Didier ne s'est absolument pas démonté, et savoura à leur juste valeur (en même temps que sa roborative pitance) les éclats de rire de toute la classe, professeur compris. C'est ça qui est très fort.

Finalement, il me semble bien que Didier a décroché son bac de justesse, en septembre, à la session dite "de rattrapage". Car en toutes choses le glandeur possède mieux que personne l'art instinctif de doser l'effort, une faculté que lui envient moultes besogneux et autres non comprenants…

Finalement, un glandeur est toujours plus ou moins débordé…

Un glandeur est toujours débordé : même quand il ne fait rien, il est en plein processus de créativité. C'est le Shadok azimuté au milieu des Gibis conformistes. C'est la cigale qui ne se soucie même pas de l'existence de la fourmi, mais qui s'en porte tout aussi bien, en ne récoltant pas forcément le courroux des cieux. C'est Isaac Newton faisant la sieste au pied d'un arbre, et découvrant incidemment les lois de la gravitation universelle en se prenant une pomme sur la tête. C'est Gaston Lagaffe faisant le désespoir de tout son bureau à coup de siestes volées à ses honnêtes collègues bureaucrates, mais travaillant sans relâche pendant des temps forcément gigantesques à d'improbables prototypes (...clin d'œil à mes camarades moockitoes). Si ça c'est pas du boulot…

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glandeurs facétieux (balançant de l'eau)

Le glandeur a donc perpétuellement quelque-chose en tête. Il est souvent espiègle, et fondamentalement passionné. Mais il a horreur qu'on cherche à lui imposer ses centres d'intérêt. A titre d'exemple, faites-lui visiter un musée à l'occasion de vacances à l'étranger, il ne va pas forcément parcourir avec son groupe l'ensemble des salles au pas de charge avec une avidité aussi douloureuse que préoccupée. Si ça se trouve, il va s'arrêter au bout du deuxième tableau, et entrer dans une discussion interminable avec le gardien ou la gardienne qui se trouve là.

Quand les autres, fourbus, de retour de leur étrange marathon, vont le retrouver, ils l'admonesteront sans doute avec condescendance, sur l'air de "Mais où étais-tu ? On t'a cherché partout ! Ah là là, celui-là alors, il est impayable. Heureusement qu'on l'aime bien, tiens !"

Bien entendu, le glandeur se fiche aussi de ça, et les laisse croire qu'ils ont appris beaucoup plus de choses que lui…

Bien à vous,

Bernard

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couv vignette parution le 2 juillet

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7 commentaires
  1. Salut Bernard

    belle prestation, comme d’hab’ … sur le concept de « glande » !??

    il me semble, mais çà n’engage que moi, qu’il en va de glander comme de travailler … c’est un truc à plein temps ! (toutes mes excuses aux besogneux)

    il faut être ingénieux : toujours savoir comment s’économiser,
    comment obtenir un rendement incroyable rapport à l’énergie engagée
    comment produire un maximum en investissant un minimum
    un glandeur est un penseur … un être réfléchi … un intellect sans doute supérieur qui va à l’essentiel sans se perdre, avec efficacité
    etc …
    sinon tu as raison, ce n’est pas un glandeur … un naze tout au mieux ! une feignasse au pire ! il me semble que ce sont les résultats qui permettent de catégoriser !
    LOL
    Sylvie DS

    PS : ce petit billet m’a été d’autant plus facile à écrire que je ne crois pas faire partie de cette confrérie … à mon plus grand regret !!! j’adoooooooooooooorerai

    • Mille mercis Sylvie… j’ai pu, depuis, récolter quelques billes suppélmentaires sur la question (bricolées à partir de Wikipédia et quelques autres sources).

      Ainsi, il apparaît qu’une idée fait plutôt consensus chez de nombreux auteurs : celle selon laquelle le glandeur est une sorte d’oisif. L’idée d’oisiveté étant quant à elle rattachée depuis l’antiquité romaine à l’otium, lequel est aussi défini comme l’inaction, le désœuvrement, la paix, le calme, la tranquillité, le temps libre, le repos honorable, la retraite, le loisir studieux, la méditation, opposés à l’exercice de la politique, aux affaires, à l’étude contrainte, aux hostilités, au negotium.

      A partir du XIIIe siècle, elle a également pour synonymes l’inaction, le désœuvrement, le loisir, mais non la paix, le calme, la tranquillité, le repos, la retraite, la méditation. Viennent s’ajouter au contraire l’indolence, la paresse, la badauderie, la fainéantise, le farniente, l’inactivité, l’inoccupation. Cette différence se retrouve dans l’étymologie des termes dont elle dérive.

      Décidément, on n’est pas couchés ! :-)))

  2. Cher Bernard,
    Merci pour ce petit billet à une époque où les maîtres mots sont vitesse, visible et consommation.

    Il n’y a jamais plus efficace qu’un glandeur qui passe à l’action « visible » donc physique et il est capable de faire vite et bien, et bizzarement souvent il est capable de se concentrer sur une activité très longtemps t !!!
    Comment fonctionne t-il ? sur le plan cognitif ne vous y trompez pas ça chauffe là haut (son cortex préfrontal est bien en action, c’est d’ailleurs pour cela que les circuits qui commande le psychomoteur sont moux!!!)…. Il bouillonne, il infuse, bref il est en pleine activité même si le corps a du mal à se mouvoir, … D’accord mais cela sert à quoi ? A imaginer, à résoudre des conflits intérieurs, à résoudre des problèmes complexes (pour info : bcp de grands joueurs d’échecs sont des « glandeurs » en dehors des parties), à faire des choix, à inventer, à apprendre, à relativiser, à nuancer, à se projeter ailleurs.
    Par contre, en effet, si pour lui pas de sens donnée à l’action demandée, difficile de le mettre à l’action, il fonctionne bcp sur ses motivations intrinsèques…

    Alors attention aux confusions, aux classements et surtout aux jugements. Il me semble que glander c’est juste un besoin naturel, un bon régulateur d’énergie et c’est bon pour la santé !.. Et à mon avis toute personne équilibrée le fait au moins de temps en temps (peut être pour cela que je suis pour le repos dominical :-)… mais certains peuvent l’assumer et d’autres pas (Image sociale, croyances limitantes).

    Regarder autour de vous et vous verrez que de nombreuses petites activités sont des prétextes pour glander et ralentir le rythme…

    Et pour ceux qui ont laissé la clés en enfance, je vous recommande un très bon livre pour ré-apprendre sur ce sujet et tester la posture du glandeur même occasionnel : « Eloge de la lenteur »…Carl Honoré

    Samuëlle D.

    • Mille mercis. « […] ceux qui ont laissé les clés en enfance ». Rien que ça je prends ! Y’a pas à dire, lire la prose de Samuëlle, au début ça décoiffe, après… aussi ! 😉

Laissez-nous donc un commentaire :-)

A propos de l’auteur

Bernard Lamailloux

Auteur, consultant, formateur passionné par tout ce qui touche à l’ingénierie de formation, je suis également musicien, théâtreux, phonéographe, bon vivant, et je vous réserve encore bien d’autres surprises !

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