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Les critères

Si l’on se fie à la définition du dictionnaire, un critère est "...ce sur quoi on se fonde pour porter un jugement".

Je me souviens de l'exemple de ce monsieur, à l'allure tout à fait classique, qui disait à qui voulait l'entendre qu'il se sentait volontiers triste parce qu'il "…manquait d'élégance". Son entourage en était très étonné, puisque ce monsieur n'avait, ni de près ni de loin, que ce soit dans son comportement, son accoutrement, sa manière de parler ou d'agir, rien qui ne fasse penser a priori à un manque d'élégance.

Or, il advint qu'un jour ce monsieur livra le fond de sa pensée à une personne particulièrement curieuse, en donnant la clé de l'explication : "Je manque singulièrement d'élégance parce que je ne sais pas danser. Pire : à chaque fois que je m'y essaie, je marche immanquablement sur les pieds de mes cavalières!". Voilà en substance ce qu'il déclara.

Subjectivité

On voit par là que le critère est le royaume de la subjectivité. En effet, pour l'entourage de ce monsieur, personne n'aurait pu imaginer (sauf à le voir danser – et encore –) en quoi il pouvait manquer d'élégance, avant qu'il ne confie précisément à autrui ce sur quoi il se fondait pour porter un tel jugement.

Il est déjà parfois complexe de comprendre les jugements des autres, car ils ne possèdent pas forcément les mêmes croyances, ni les mêmes valeurs que nous (ce qui est la source de bien des différents et malentendus). C'est d'ailleurs la raison pour laquelle, lorsque j'entends prononcer ces deux mots ("Le jugement") je me plais à imaginer qu'il y en a en fait trois ("Le… juge… ment").

Mais si de surcroît on prend en compte la notion de critère, cela ajoute encore à la difficulté que nous pouvons avoir à communiquer. En effet, deux personnes peuvent très bien partager les mêmes valeurs et les mêmes croyances, mais se fonder sur des critères totalement différents pour porter tel ou tel jugement. Je ne vous raconte pas les malentendus…

Un exemple flagrant : le "séchoir à châtaignes"...

Il y a quelques jours, alors que je séjournais dans l'Île de Beauté (qui à mes yeux porte très bien son nom) j'ai été invité à découvrir un restaurant particulièrement pittoresque, situé au fin fond d'un des villages les plus hauts de la région montagneuse qu'on appelle la Casinca.

Situé en plein cœur du Parc Régional Naturel de Corse, ce village s'appelle Loreto di Casinca, et le restaurant en question s'appelle quant à lui "U Rataghju", ce qui signifie littéralement "Le séchoir à châtaignes".

Un établissement difficile à trouver

C'était en plein mois d'août, il était environ 13 heures, ma compagne était déjà venue auparavant, mais avait oublié la configuration des rues. Si bien que nous avons erré dans le village comme deux âmes en peine, bientôt suivis par un autre couple de touristes aussi perdus que nous, lesquels nous apprirent bientôt qu'ils cherchaient à se rendre au même endroit. Pas un chat dans les rues à cette heure-ci, un vague parcours plus ou moins fléché qui nous a perdus à plusieurs reprises (car il s'interrompait plusieurs fois, pour de mystérieuses raisons). Jusqu'au dernier moment, nous doutions vraiment d'y arriver. D'un autre côté, je suis certain que ce fut pour nous l'occasion de parcourir des artères de Loreto di Casinca qui nous seraient restées totalement inconnues sans cela. Il faut préciser que le cheminement tient des montagnes russes, comprenant de nombreuses ruelles escarpées, ainsi que quelques escaliers. Et que la vue qui s'offrait à nous au détour d'un chemin était parfois à couper le souffle.

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Un accueil en famille

Arrivés enfin sur place, nous découvrîmes un lieu très discret, qui aurait pu passer pour la demeure de n'importe quel villageois alentour. Seul, un vague écriteau de bois était là pour nous détromper. La grand-mère qui se tenait dans l'entrée nous a fort aimablement accueillis tous les quatre avec un sourire tellement chaleureux qu'il aurait fait s'envoler en fumée la moindre frustration liée au temps passé à errer dans les ruelles à la recherche du lieu. J'avais d'ailleurs vaguement préparé une phrase du genre "Eh bien dites-donc, il n'est pas facile à trouver votre établissement, enfin moi je dis ça juste dans votre intérêt, hein?...". Et puis allez savoir pourquoi, en apercevant la vénérable grand-mère, je m'en suis abstenu.

Et quand j'écris "Grand-mère", c'est à prendre au pied de la lettre : Nous apprîmes bientôt que le cuisinier n'était autre que le fils de la dame, et le serveur… son petit-fils!

Un menu imposé, comme à la cantine

La question un peu inquiète ("Vous venez bien pour le menu Corse?") du jeune homme nous conforta dans l'idée que le restaurant servait un menu unique. De fait, aucune carte ne nous fut présentée. Quand on est dans de l'authentique à 200 pour 100, on ne va tout de même pas se mettre à chipoter… et la vérité m'oblige à préciser que j'étais prévenu. L'endroit est petit (j'ai compté qu'on pouvait servir une trentaine de couverts dans la salle où nous étions) et plus que convivial.

De la vaisselle de tous les jours

La vaisselle style "Arcopal acheva de nous donner le sentiment de déjeuner en quelque sorte chez l'habitant, en toute simplicité. Nous nous y sommes sentis parfaitement à l'aise.

Des plats traditionnels

Servis en quantité généreuse, les plats étaient succulents à mon goût. Ils étaient tous faits maison, avec talent et je dirais même amour. J'ai été particulièrement impressionné par une assiette de charcuterie traditionnelle accompagnée de beignets à base de fromage de brebis. Il y avait aussi une sorte de bœuf en daube avec une sauce à tomber par terre, des lasagnes (faits maison comme tout le reste) et une énorme prune, de la taille d'une pêche, servie avec d'autres fruits du verger pour le dessert.

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Mon sentiment

J'ai écrit plus haut que les plats avaient été cuisinés avec talent et même amour. C'est la première fois de ma vie que je ressens cet amour lors d'un repas faisant l'objet d'une tractation. J'ose le dire : mon ravissement était à son comble, et j'ai été plus d'une fois au bord des larmes. Et je ne vous parle pas de la bouteille de vin rouge posée avec autorité mais sans façons sur le coin de notre table… C'était pour mon palais un des meilleurs crus qu'il soit. Bref, ce fut le menu d'un jour béni.

Petite précision : ce repas aussi copieux que délicieux nous a été servi pour la modique somme de 30 euros par personne, vin et café compris. Et la délicieuse "goutte" (un alcool de myrte, me semble-t-il) était bien entendu offerte…

 

Quant au décor, il était à l'avenant. Mais en la matière, une photo vaut bien mieux qu'un long discours…

 

 

Le jugement de quelques autres

Lorsque nous ressortîmes, repus, heureux et comblés, ma compagne me fit une révélation qui m'a complètement chamboulé l'entendement : Il y avait sur un site consacré à la critique gastronomique plusieurs avis de consommateurs disant en substance que [!...] la nourriture et la vaisselle manquaient de raffinement, que le service laissait à désirer, et que l'établissement ne méritait en rien le vocable de "restaurant".

Conclusion

Cet établissement se situe clairement en dehors des circuits touristiques, et n'est pas forcément répertorié dans tous les guides gastronomiques (exception notable : le Guide du Routard). Il faut préciser que les propriétaires ne font aucune publicité, et que la dimension marketing est à l'évidence totalement absente de leur univers.

Cette expérience fut pour moi une bien belle occasion de toucher encore une fois du doigt la notion de critère, justement. Précisément, il s'est trouvé qu'en l'espèce, tout ce qui avait provoqué mon plaisir, mon émotion et mon enthousiasme a été précisément source de désagrément pour d'autres…

Un établissement difficile à trouver, un accueil en famille, un menu imposé comme à la cantine, des plats traditionnels servis dans de la vaisselle de tous les jours, tout cela semble avoir fortement déplu à certains…

Ainsi va la vie, tâchons de rester philosophes.

Que la force me soit donnée de supporter ce qui ne peut être changé et le courage de changer ce qui peut l`être mais aussi la sagesse de distinguer l’un de l’autre

Citation attribuée à Marc Aurèle, et/ou à Konrad Zacharias Lorenz (Zoologiste autrichien [1903-1989] et prix Nobel)

 

 

 


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A propos de l’auteur

Bernard Lamailloux

Auteur, consultant, formateur passionné par tout ce qui touche à l’ingénierie de formation, je suis également musicien, théâtreux, phonéographe, bon vivant, et je vous réserve encore bien d’autres surprises !

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