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Un regard très particulier sur le respect dû aux anciens

Lîle du jour davant (Umberto Eco)

L'île du jour d'avant (Umberto Eco)

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Le philosophe doit avoir le courage de critiquer tous les enseignements mensongers qui nous ont été inculqués, et d'entre ceux-là il y a l'absurde respect pour la vieillesse, comme si la jeunesse n'était pas le plus grand des biens et la plus grande des vertus. En conscience, quand un homme jeune est en force d'imaginer, de juger et d'exécuter, n'est-il pas plus capable de gouverner une famille qu'un sexagénaire hébété dont la neige sur le chef a glacé l'imagination? Ce que nous honorons comme prudence en nos aînés, n'est qu'une appréhension panique de l'action. Voudriez-vous vous soumettre a eux, quand la paresse a débilité leurs muscles, durci leurs artères, évaporé leurs esprits, et sucé la moelle de leurs os? Si vous adorez une femme, n'est-ce pas peut-être à cause de sa beauté? Continuez-vous donc vos génuflexions après que la vieillesse a fait de ce corps un fantôme, bon désormais à vous rappeler l'imminence de la mort? Et si vous vous comportez de sorte avec vos amantes, pourquoi ne devriez-vous pas faire de même avec vos vieillards? Vous me direz que ce vieillard est votre père et que le Ciel vous promet longue vie si vous l'honorez. Qui l'a dit? Des vieillards juifs comprenant qu'ils ne pouvaient survivre au désert s'ils ne faisaient fructifier le fruit de .leurs reins. Si vous croyez que le Ciel vous donnera un seul jour de vie en plus à cause que vous avez été la brebis de votre père, vous vous trompez. Vous croyez qu'un salut révérencieux qui fait frôler les pieds de votre père de la plume de votre chapeau puisse crever un abcès malin, ou cicatriser la marque d'une estocade, ou vous délivrer d'une pierre dans la vessie? Si cela était, les médecins n'ordonneraient pas leurs potions immondes, mais pour vous libérer du mal italien ils vous prescriraient quatre révérences avant le repas à Monsieur votre père et un baiser à Madame votre mère avant que de vous endormir. Vous me répliquerez que sans votre père vous ne seriez pas, ni lui sans le sien et ainsi de suite jusques à Melchisédech. Mais c'est lui qui vous est obligé, et non point le contraire: vous payez de bien années de larmes un sien moment de plaisant chatouillement.

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Umberto Eco - L’île du jour d’avant, 1994, Grasset (p.80 & suiv.)


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5 commentaires
  1. Salut Bernard,

    Comme dit le proverbe africain, l’expérience est une lanterne qui éclaire le chemin parcouru. Ceci écrit, ce qui me plait dans le mot expérience c’est sa racine. Dans expérience, il y a péril. Une personne expérimentée est une personne qui a connu des périls …et qui en a réchappé. Cela n’a donc rien à voir avec l’âge quoi qu’il y ait plus de chances d’avoir connu le péril en ayant vécu davantage.
    Pour finir j’ai connu autant de jeunes cons que de vieux. En ce qui me concerne j’ai l’impression d’être un peu moins con en vieillissant mais je suis aussi conscient que je n’aurais pas écrit la même chose il y a 20 ans en arrière.

    A bientôt, Denis

  2. Cher Bernard,

    Rappelons le vieil adage anglo-saxon « you don’t teach an old monkey new tricks ».
    Alors ne nous soumettons pas à eux, mais dans ce cas-là soyons prêts à l’affrontement.
    Ou à l’éloignement, la distanciation, jusqu’à l’oubli?
    Ce que les Italiens se refuseraient à faire?
    Par simple souci de confort, par tradition ou parce que l’ascendant des parents, des anciens ne peut être vaincu?
    Excellente phrase finale qui me va droit à l’hémisphère gauche ou droit, bref celui qui fait plaurer quand on lui parle.

  3. Bonjour Bernard !
    Et que dire quand ces pères lèguent à leurs fils un héritage technologico-industriel lourd à assumer …
    Sans aller jusqu’au Ravage décrit par Barjavel, certains pourront alors expliquer
    « Pourquoi j’ai mangé mon père », voir ce lien :
    http://fr.wikipedia.org/wiki/Pourquoi_j%27ai_mang%C3%A9_mon_p%C3%A8re
    Amitiés, bises (virus free) à tous les 5,
    Hervé

  4. Mais où et quand commence et se termine la jeunesse, demande Monsieur Copain palpant d’un air inquiet le sommet de son haut de forme?

    Bises Bernard !

  5. A ben tiens, vl’à aut’chose… Le manque de respect ne date décidément pas d’hier, la preuve :

    « [Certains vieux] s’abaissent aux façons des jeunes gens et se montrent plein d’enjouement et de bel esprit, imitant les jeunes de peur de passer pour ennuyeux et despotiques » (Platon, La République, Livre VIII)

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A propos de l’auteur

Bernard Lamailloux

Auteur, consultant, formateur passionné par tout ce qui touche à l’ingénierie de formation, je suis également musicien, théâtreux, phonéographe, bon vivant, et je vous réserve encore bien d’autres surprises !

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